Covid-19 : on vous explique pourquoi la situation au Royaume-Uni inquiète en Europe

Après l'Allemagne, qui a annoncé restreindre ses échanges avec ce pays, la France pourrait prendre des mesures "intermédiaires" pour freiner la progression du variant B.1.617.2 identifié en Inde, a fait savoir Jean-Yves Le Drian.

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Des dizaines de personnes patientent devant un centre temporaire de vaccination ouvert à Bolton, dans le nord-ouest de l'Angleterre, le 17 mai 2021. (OLI SCARFF / AFP)

La situation se détériore outre-Manche sous les yeux effrayés des autorités européennes de santé. Selon l'institut allemand de veille sanitaire Robert Koch* (PDF), le Royaume-Uni est redevenu une zone à haut risque sanitaire, au même titre que 11 pays d'Asie, d'Afrique et d'Amérique. Et ce, en raison de la forte progression du variant doublement mutant B.1.617.2, considéré comme particulièrement contagieux et en partie responsable de la deuxième vague épidémique très meurtrière qui a balayé l'Inde.

L'Allemagne a donc décidé de restreindre ses échanges dès dimanche 23 mai avec le pays. Les compagnies aériennes, de bus et de train ne sont désormais autorisées à transporter vers l'Allemagne que des citoyens allemands ou des personnes vivant dans le pays, et tous les voyageurs en provenance du Royaume-Uni sont soumis à une quarantaine obligatoire de deux semaines. La France pourrait elle aussi décider de "mesures un peu plus fortes" que celles actuellement en vigueur, a déclaré dimanche Jean-Yves Le Drian. "Nous sommes vigilants sur ce point", assure le ministre des Affaires étrangères. Car "le variant indien au Royaume-Uni est en train de poser des problèmes", a-t-il déclaré sur RTL.

Parce que le variant B.1.617.2 progresse de manière fulgurante outre-Manche…

Le nombre de contaminations à ce variant a explosé outre-Manche, augmentant de 160% au cours de la semaine écoulée, rapporte le Guardian*. L'agence sanitaire Public Health England a comptabilisé 3 424 cas confirmés, contre 1 313 cas confirmés le jeudi précédent. De quoi interroger puisque le Royaume-Uni est le pays européen le plus vacciné (au 21 mai, 55,7% de sa population avait reçu une première dose de vaccin contre le Covid-19, contre 33,48% en France, selon les données de Our World in Data*). 

D'autant plus que ces chiffres alarmants sont susceptibles d'être sous-estimés, précise l'agence sanitaire, en raison d'un "décalage entre la collecte des échantillons et la révélation du variant identifié dans les tests positifs". Ces cas confirmés pourraient donc dater d'environ 10 à 14 jours. Et ce, même si le Royaume-Uni est l'un des pays qui disposent du meilleur système de séquençage

Face à ces chiffres, le gouvernement britannique est accusé d'avoir tardé à prendre des mesures pour restreindre l'arrivée de personnes en provenance d'Inde. La décision de placer ce pays sur la liste rouge des destinations date en effet du 23 avril, alors que le Pakistan et le Bangladesh y figuraient depuis le 9 avril, rapporte la BBC*. La France soumet quant à elle les voyageurs venant d'Inde à une quarantaine depuis le 24 avril.

… sur l'ensemble du territoire

Le variant B.1.617.2 a été identifié dans au moins 86 endroits différents du pays, dont à Glasgow, en Ecosse, rapporte la BBC*Selon le Public Health England, "des groupes de cas dans tout le pays" ont été enregistrés. Encore plus préoccupant, ce variant est en passe de devenir majoritaire sur le territoire et évolue particulièrement chez les plus jeunes, alerte Eric Feigl-Ding, un épidémiologiste américain. Ce scientifique s'est inquiété, comme plusieurs de ses confrères, des retards du gouvernement britannique dans la publication des données épidémiologiques relatives aux écoles. Ce délai a été pointé du doigt par le Guardian* au cours du week-end, et alimente les critiques faites à l'encontre du Premier ministre Boris Johnson, accusé de vouloir "dissimuler" l'ampleur de l'épidémie.

Car quelques jours plus tôt, l'équivalent du Conseil scientifique français, le Sage (Scientific Advisory Group for Emergencies), avançait dans un rapport* (PDF), qu'il était "tout à fait possible que ce nouveau variant B.1.617.2 soit 50% plus transmissible que le B.1.1.7", le variant identifié en Angleterre à l'origine de la deuxième vague qui a meurtri le pays. 

Il est à noter que le Royaume-Uni n'observe pas pour autant, du moins à ce jour, une augmentation fulgurante du nombre de nouveaux cas (tous variants confondus). Au 23 mai, le pays avait enregistré un nombre moyen de 2 254 cas par jour, contre 2 074 cas le 14 mai, selon le bilan de Reuters. Un nombre bien inférieur au pic atteint en janvier dernier. Mais la transmissibilité supposée de ce nouveau variant fait craindre une explosion rapide des cas.

Parce que cette progression pourrait remettre en cause la stratégie vaccinale du Royaume-Uni

Les causes de ce regain épidémique pourraient être plurielles, prévient Michèle Legeas, enseignante à l'Ecole des hautes études en santé publique et spécialiste de l'analyse et de la gestion des situations à risques. "Il se peut que les personnes respectent moins les gestes barrières dès la première dose [de vaccin]", prévient-elle, mais aussi "que le délai entre les doses, qui est important dans le cadre du vaccin d'AstraZeneca, ait aussi joué un rôle". 

Au sujet des vaccins, l’agence Public Health England a communiqué samedi 22 mai les premiers résultats* (prépublication) d’une étude menée depuis le 5 avril sur 12 675 cas positifs, dont 1 054 à ce variant B.1.617.2, relève Le Parisien. Premier enseignement : l'efficacité des vaccins à deux doses apparaît "similaire" après deux doses contre ce variant et contre le B.1.1.7, majoritaire dans de nombreux pays européens (dont la France).

Le vaccin d'AstraZeneca offrirait une protection contre les formes symptomatiques de la maladie de l'ordre de 60% après les deux doses pour le variant détecté en Inde (contre 66% pour le variant B.1.1.7). Le vaccin de Pfizer-BioNtech serait plus efficace, en évitant à 88% la survenue de formes symptomatiques liées à ce nouveau variant, et ce, deux semaines après la deuxième dose. Par ailleurs, la protection offerte par les deux vaccins après une seule dose serait réduite à 33% trois semaines après la première injection pour le variant B.1.617.2, contre environ 50% pour le variant B.1.1.7

Mais, comme le souligne sur Twitter Trisha Greenhalgh, une professeure de médecine britannique, la dernière étude révélée repose sur la simple observation de rares cas, et doit encore être consolidée. Si elles étaient confirmées, ces données pourraient remettre en question la stratégie vaccinale du pays, où près des deux tiers de la population vaccinée a bénéficié de l'AstraZeneca.

Le gouvernement britannique a décidé très tôt dans sa campagne vaccinale d'espacer les doses de vaccin de douze semaines, quand la majorité des pays européens étaient restés à quatre semaines pour le vaccin à ARNm. Face à la progression du nouveau variant, Boris Johnson a annoncé à la mi-mai sa volonté d'"accélérer l'administration des deuxièmes doses restantes aux personnes âgées de plus de 50 ans et aux personnes vulnérables", en faisant passer ce délai de douze à huit semaines. Encore trop long pour certains observateurs, qui plaident en faveur d'une réduction encore plus drastique.

* Les liens suivis d'un astérisque sont en anglais.

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