Covid-19 : on vous explique ce qu'est "l'immunité muqueuse", une piste de recherche prometteuse pour un futur vaccin nasal

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Un médecin prend soin d'un malade contaminé par le Covid-19 à l'hôpital de Lyon-Sud, à Pierre-Bénite, le 8 septembre 2021. (JEFF PACHOUD / AFP)

L'Inrae et l'université de Tours ont déposé cette semaine le brevet d'un candidat vaccin contre le Covid-19 par administration nasale, qui a donné des résultats prometteurs sur les animaux, ont annoncé jeudi les deux institutions.

Même si elle reste efficace contre les formes graves de la maladie, la vaccination seule ne suffira pas à contenir une nouvelle vague épidémique à l'automne. L'Institut Pasteur l'a écrit clairement dans ses modélisations publiées le 6 septembre. En cause, la "baisse d'efficacité des vaccins contre les infections : on sait qu'on était à 80% [avant le variant Delta], on est plutôt autour de 60% de protection" aujourd'hui, a expliqué le journaliste et médecin Damien Mascret sur France 2. Pour lutter contre la transmission du Covid-19,  des chercheurs misent désormais sur une nouvelle forme de vaccin, par spray nasal, pour conférer aux patients une immunité dite "muqueuse". 

Qu'est-ce que "l'immunité muqueuse" ?

"L’immunité muqueuse peut concerner le nez, la bouche..." explique à franceinfo Nathalie Mielcarek, directrice de recherche à l'Inserm, qui travaille sur un vaccin nasal contre la coqueluche à l'Institut Pasteur de Lille.

"C’est un type d’immunité particulière qui est conférée aux muqueuses notamment par des anticorps IgA (immunoglobulines A), développe-t-elle. Et c’est très intéressant dans les cas d’une infection virale comme le Covid parce que cette immunité prévient l’entrée du virus dans les cellules."

Pourquoi un vaccin par spray nasal ?

Aussi, pour donner au nez cette immunité muqueuse, des chercheurs tentent-ils désormais de mettre au point un vaccin par spray nasal. "Pour une réponse locale, il faut une immunisation locale, expose Nathalie Mielcarek. "Ces vaccins à spray nasal donnent une réponse locale, dans le nez donc, avec des anticorps qui diminuent la charge virale." En clair, "ils ont potentiellement un effet barrière, en empêchant le virus d'entrer, précise-t-elle. Potentiellement parce qu'il faudra encore le prouver."

Les vaccins actuels, eux, développent des anticorps et une réponse cellulaire qui permet de lutter contre la maladie et notamment contre ses formes graves. Mais ils n'empêchent pas le virus de se propager. 

"Les vaccins actuels (Pfizer, Moderna, AstraZeneca) sont administrés par voie intramusculaire. Ils réduisent la charge virale et protègent de la maladie, mais ils n’empêchent pas la transmission. Dit autrement, ils ne sont pas complètement efficaces."

Nathalie Mielcarek, directrice de recherche à l'Inserm

à franceinfo

Le président de la Commission médicale d'établissement de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), Rémi Salomon, a publié sur Twitter le même raisonnement.

"Ce  type de vaccin nasal existe déjà contre la grippe aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne : il s'agit d'un vaccin pédiatrique à base de virus inactivé, administré aux patients entre 24 mois et 18 ans, et qui marche bien", souligne Nathalie Mielcarek. "Autre exemple : à l'Institut Pasteur de Lille, on a développé un vaccin nasal contre la coqueluche qui est en phase II des essais. On va aller dans le futur de plus en plus vers ce type de vaccins."

Ce vaccin à spray nasal remplacerait-il les vaccins actuels ? 

Prudence, prudence. Déjà parce que la recherche n'en est qu'au stade des essais. Contre le Covid, "il y a actuellement huit vaccins à spray nasal en phase d’évaluation clinique" répertoriés par l'Organisation mondiale de la santé, souligne la directrice de recherche à l'Inserm. Difficile donc de se prononcer avant que ces vaccins ne soient validés par les agences de santé compétentes.

Et s'ils l'étaient, comment pourraient-ils être utilisés ? Pour Nathalie Mielcarek, "le vaccin intranasal pourrait apporter une nouvelle touche à la vaccination", en servant en quelque sorte de complément.

"Maintenant qu’une grande partie des gens en France est protégée contre les formes graves de la maladie grâce à la vaccination, ce vaccin nasal pourrait servir de vaccin de rappel pour lutter contre la transmission du virus."

Nathalie Mielcarek, directrice de recherche à l'Inserm

à franceinfo

Elle n'exclut pas non plus que ce type de vaccin puisse être efficace dans les pays où la vaccination est encore peu développée, puisque que "c’est facile à administrer, qu'il n'y a pas besoin de piqûre et que c’est assez stable à la température". Mais pourraient-ils remplacer les vaccins à ARN messager ? "Les vaccins à ARN messager ont un taux d'efficacité élevé, rappelle-t-elle. On ne pourra les remplacer par le vaccin intranasal que s'il atteint ce niveau d'efficacité."

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