Covid-19 : le vaccin est-il correctement injecté en France ?

Article rédigé par
Julien Nguyen Dang - franceinfo
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 6 min.
Une infirmière administre une dose du vaccin contre le Covid-19 de Pfizer et BioNTech à une résidente d'un Ehpad de Bobigny (Seine-Saint-Denis) le 30 décembre 2020. (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

Face aux images des premières vaccinations, des internautes ont cru voir du matériel inadapté et des injections mal effectuées. Mais les recommandations des autorités sanitaires les contredisent.

Environ "5 000 vaccinations" contre le Covid-19 en une journée. Après avoir concentré les critiques autour de la lenteur de la campagne de vaccination, le ministre de la Santé Olivier Véran s'est félicité sur Twitter d'une accélération de l'opération, tournée en premier lieu vers les résidents des Ehpad et les professionnels de santé âgés de plus de 50 ans. Mais des internautes et des soignants s'interrogent sur le mode d'injection et le matériel fourni, jugés impropres à la vaccination.

Que reprochent-ils ? D'une part, l'emploi d'aiguilles "courtes" de couleur orange appelées "25G", réservées selon eux à des injections sous-cutanées, c'est-à-dire juste en-dessous de la peau. Ces aiguilles seraient trop petites pour atteindre le muscle deltoïde, situé au niveau de l'épaule, où se font piquer les personnes vaccinées. D'autre part, en s'appuyant sur des photos, ils dénoncent la pratique du "pincement" appliqué par les soignants aux patients, qui empêcherait l'injection correcte du vaccin dans le muscle.

Des aiguilles au bon diamètre

Dans son guide d'organisation de la vaccination en Ehpad et dans les unités de soin de longue durée, le ministère de la Santé détaille le mode d'administration du vaccin des laboratoires Pfizer-BioNTech. Il précise que l'injection doit être intramusculaire, comme la plupart des vaccins aujourd'hui, et que les aiguilles à employer sont de type "23G" ou "25G".

En médecine, les aiguilles sont différenciées selon leur diamètre et leur longueur. La "gauge" d'une aiguille – une unité de mesure anglo-saxone qui renvoie au "G" de son appellation – correspond à son diamètre. En l'occurrence, 0,6 mm pour une aiguille de 23 gauges et 0,5 mm pour celle de 25 gauges. Pour les différencier plus aisément, une norme internationale* (PDF) leur attribue une couleur : le orange pour la plus fine des deux, le bleu foncé pour l'autre. 

Les aiguilles oranges sont-elles donc impropres à la vaccination malgré les consignes du ministère ? Si la notice (PDF) du vaccin de Pfizer et BioNTech ne comporte pas d'indication à ce sujet, leur diamètre respecte en tout cas les consignes des autorités américaines(PDF), qui préconisent des aiguilles de 22 à 25 gauges.

Des consignes imprécises du ministère

"En fait, la question qui peut se poser entre les injections sous-cutanées et intra-musculaires, c'est celle de la taille de l'aiguille, explique à franceinfo le médecin infectiologue Paul Loubet du CHU de Nîmes. Son diamètre, ce n'est pas ce qui, en pratique, va déterminer le type d'injection."

En l'occurrence, les recommandations de taille d'aiguille sont variables pour la vaccination selon les pays. Les autorités sanitaires américaines* estiment par exemple les aiguilles de 16 mm "suffisamment" longues pour les enfants et les adultes de moins de 60 kg. En revanche, elles préconisent l'emploi d'aiguilles de plus de 25 mm, voire de taille supérieure, pour les personnes en surpoids. Au Royaume-Uni*, les aiguilles de 16 mm sont elles réservées aux jeunes enfants.

"En fait, ces deux tailles d'aiguilles peuvent être suffisantes pour réaliser une intramusculaire, sauf si la personne est en surpoids ou possède un revêtement graisseux important."

Paul Loubet

à franceinfo

Du côté du ministère de la Santé, la question de la longueur des aiguilles n'est pourtant pas inédite : dans sa note (PDF) du 15 décembre adressée aux pharmaciens, le directeur général de la santé, Jérôme Salomon, préconisait des tailles de 16 et 25 mm pour le vaccin contre la grippe. Le 6 janvier, le ministère a finalement amendé ses consignes (PDF) en demandant que les aiguilles choisies aient "une longueur adaptée à la corpulence du patient", sans plus de précisions.

Pincer la peau ou non ?

Mais pour l'immunologiste du CHU de Saint-Etienne, Stéphane Paul, membre du comité Vaccin Covid-19, "ce qui compte, c'est la manière dont on injecte, c'est-à-dire de façon perpendiculaire à la peau pour aller directement dans le muscle."

"S'il y a eu des erreurs, ce sont des erreurs dans la manière d'injecter."

Stéphane Paul

à franceinfo

Dans son guide (PDF) adressé aux Ehpad, le ministère de la Santé se veut précis et conseille de "faire un pli cutané entre le pouce et l'index, injecter le vaccin par voie musculaire et piquer perpendiculairement au plan cutané." "Logiquement, il n'y a pas besoin de pincer la peau", réagit l'infectiologue Paul Loubet. "C'est à mon sens une erreur si on veut faire une injection en intramusculaire", pointe le médecin, qui identifie là un risque d'injection sous-cutanée. Une erreur que la direction générale de la santé a reconnu (PDF) le 6 janvier en modifiant son guide : il est désormais demandé aux soignants de "tendre fermement la peau entre l'index et le pouce sans faire de pli cutané".

Une consigne qui n'entre pas en contradiction avec le fait de maintenir le muscle deltoïde. "Si on agrippe le muscle avec la peau, dans ce cas, on n'a pas de risque de toucher l'os", répond le médecin qui exerce au CHU de Nîmes. Il précise que la peau ne peut être saisie seule, sans le muscle, au risque d'effectuer une vaccination sous-cutanée. Une manière de faire illustrée par exemple dans cette vidéo éducative canadienne réalisée par la coalition d'ONG Immunize, spécialisée dans la vaccination, ou dans les consignes américaines* sur la vaccination en général.

De l'importance d'atteindre le muscle

Face aux images de Mauricette M., la première personne vaccinée en France contre le Covid-19, Paul Loubet confirme d'ailleurs que sa vaccination a été faite dans les règles de l'art : "La soignante pince bien la peau et le muscle, elle prend assez large, c'est pour moi bien une intramusculaire", analyse-t-il.

De son côté, l'immunologiste Stéphane Paul nuance la perpendicularité de la piqûre : "Quand on dit 'perpendiculaire', cela signifie que l'orientation de l'aiguille doit être assez droite et pas parallèle à la peau, sinon on risque d'être en sous-cutané. Mais ça ne se joue pas à 30 degrés près", explique-t-il à franceinfo.

Mais que peut-il se passer si le muscle n'est pas atteint par l'aiguille, contrairement au mode de vaccination préconisé par Pfizer-BioNTech ? D'une part, "il y aurait probablement un risque de réaction locale plus important", relève Paul Loubet. "D'autre part, la réponse immuniaire pourrait être moins bonne. Mais il est difficile de répondre de manière précise à cette question."

* Les liens signalés par un astérisque sont en anglais.

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