Covid-19 : "La meilleure façon d'empêcher les variants, c'est la vaccination", insiste l'infectiologue Benjamin Davido

La vaccination est indispensable pour se protéger des souches variantes du coronavirus, rappelle Benjamin Davido, infectiologue à l'hôpital Raymond-Poincaré de Garches, alors qu'un variant du Covid-19, détecté en Inde, a fait son apparition en France.

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Radio France
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Des infirmiers de Plougastel (Finistère) préparent leurs doses de vaccin contre le Covid-19 avant une tournée des patients à domicile. (NICOLAS OLIVIER / FRANCE-BLEU BREIZH IZEL)

"La meilleure façon d'empêcher les variants, c'est la vaccination", a insisté vendredi  23 avril sur franceinfo Benjamin Davido, infectiologue à l'hôpital Raymond-Poincaré de Garches, alors que le variant indien du Covid-19 a été détecté en France. Vingt étudiants indiens d'un groupe de 43, arrivés mi-avril en Belgique via l'aéroport parisien de Roissy, ont été testés positifs à ce nouveau variant, déjà identifié au Royaume-Uni, puis placés en quarantaine. Mais "avant de régler le problème du variant indien", il faut régler "le problème des 30 000 contaminations quotidiennes en France", estime Benjamin Davido.

franceinfo : est-ce que c'est surprenant que le variant indien soit déjà en Europe ?

Benjamin Davido : Je ne suis pas du tout surpris. C'est l'éternelle histoire des variants et plus simplement du Covid-19. On ne voit que ce que l'on cherche. Et comme aujourd'hui on cherche le variant indien, il n'est pas étonnant de le trouver dans un grand aéroport comme celui de Paris. On va trouver d'autres cas dans les semaines à venir et dans les grands pays européens, je n'ai pas de doute malheureusement là-dessus. La fermeture des frontières est une façon de fermer le robinet. Ce qu'il faut, c'est ne pas jouer uniquement le coup en France. Il faut aller beaucoup plus loin. Il faut étendre ces mesures, si on veut tarir le robinet, jusqu'aux frontières de l'Europe. Parce que demain, la situation va se représenter avec d'autres pays. Et au-delà de ça, il faut que l'on soit capable de maîtriser la circulation du virus. Parce que les variants, c'est l'expression d'une circulation importante du virus au sein des différents pays.

Est-ce qu'il faut s'attendre à des variants aussi en France ?

On a l'impression - ce ne sont pas des certitudes scientifiques – que l'exemple du variant anglais montre qu'il permet de jouer un certain rôle de compétitivité et de nous protéger face aux différents variants. C'est le cas des variants sud-africains et des variants brésiliens. On a l'impression qu'il permet pour le moment de faire en sorte que le variant indien ne trouve pas de bénéfice pour se propager. C'est un peu l'histoire de quelqu'un qui va courir. Le variant anglais court plus vite. Il représente la majeure partie des variants. Et pour le moment, il nous prémunit. La meilleure façon d'empêcher les variants, c'est la vaccination, c'est le contrôle de l'épidémie. Tous les variants que j'ai cités sont des variants dans les pays dans lesquels le contrôle de l'épidémie n'a jamais été atteint. L'Angleterre a eu un variant parce que, initialement, elle a fait le choix de ne prendre aucune mesure face à l'épidémie. Et puis, les pays comme l'Afrique du Sud, le Brésil et l'Inde sont des pays malheureusement sur lesquels, économiquement, les décisions sanitaires ont été extrêmement difficiles, avec une forte pénurie de vaccins. Donc, on est globalement protégés en Europe de ces variants. C'est pour cela qu'il y a très peu ou pas de variants préoccupants en Europe. La moralité, c'est que c'est la vaccination qui nous prémunira de ces différents variants.

Est-ce qu'on est sûr que le variant indien réagit correctement aux vaccins disponibles ?

En médecine, on n'est jamais sûr de rien. Ce qu'on sait, c'est que le variant indien est un mélange de mutations qui se retrouvent sur les variants sud-africains et brésiliens et sur ce qui s'appelait à un moment donné le variant californien. Ces dernières semaines, on tâtonne pour avoir des données précises sur l'efficacité des vaccins, notamment Pfizer, face aux différents variants. L'objectif de ces variants, c'est d'échapper au système immunitaire d'une façon ou de l'autre. Et la meilleure façon d'éviter d'avoir d'autres variants qui apparaissent, c'est de contrôler la circulation du virus et d'éviter des situations comme en Inde, avec des rassemblements dans le Gange sans mesures barrières, sans distanciation sociale, qui sont un énorme propulseur pour la sélection de nouveaux variants. Là où on peut se féliciter, c'est que les vaccins à ARN messager sont capables de se modifier et d'être modifiés pour prendre en considération ces variants. Mais on ne va pas jouer à l'infini à faire des mises à jour de vaccins tous les six mois parce qu'on n'arrivera pas à vacciner l'ensemble de population. Donc, il faut aller dans le berceau de ces variants et missionner l'Organisation mondiale de la santé (OMS), les ONG pour délivrer dans ces pays des vaccins efficaces. Il faudrait obtenir un vaccin dit universel.

Si le variant brésilien et le variant indien sont déjà sur le sol européen, et déjà peut-être sur le sol français, comment être sûr qu'il ne se propage pas plus vite ?

Tout simplement en essayant de les maintenir à un niveau minimum de circulation. Aujourd'hui, ce sont les autres variants, c'est-à-dire le variant anglais et le variant dans sa forme conventionnelle, qu'on appelle le virus Victoria, qui sont très sensibles à la vaccination. Donc, avant de régler le problème du variant indien et des autres variants, réglons déjà le problème des 30 000 contaminations quotidiennes en France en rendant cette vaccination accessible à tous pour briser ces chaînes de transmission. Toutes ces introductions de variants sont dues à des gens qui se déplacent, qui sont mobiles, qui sont jeunes. Et aujourd'hui malheureusement, la vaccination, pour des raisons de pénurie de doses, d'impossibilité d'un vaccin français, font que les jeunes se contaminent et sont les principaux starters et véhiculent ces variants.

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