Covid-19 dans les Ehpad : les directeurs d'établissements partagés face à une éventuelle obligation de vacciner les membres du personnel

Olivier Véran menace de rendre la vaccination du personnel des Ehpad obligatoire "d'ici à la fin de l'été". En effet, moins de 60% des personnes qui travaillent dans ces établissements sont vaccinées.

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Une soignante ajuste le masque d'une résidente, dans un Ehpad près de Nantes, le 30 mars 2021.  (LOIC VENANCE / AFP)

Olivier Véran a lancé un "appel solennel" aux soignants qui ne seraient pas encore vaccinés contre le Covid-19, notamment en Ehpad, jeudi 17 juin. Il s'inquiète de la faible couverture vaccinale auprès de ces agents. "Il y a 60% des adultes français qui ont déjà reçu une injection, et il y a moins de 60% des soignants qui travaillent en Ehpad [qui ont déjà reçu une injection], ce n’est pas justifiable", a déploré le ministre de la Santé sur BFMTV"Or, en Ehpad, c'est là qu'on trouve les personnes les plus fragiles", a rappelé Olivier Véran. 

Face à ce constat, et si la situation perdure, le ministre de la Santé a évoqué l'hypothèse d'une vaccination obligatoire d'ici la fin de l'été pour le personnel des Ehpad. "On ne prendra pas le risque à la rentrée, s'il devait y avoir un variant qui circule ou une reprise épidémique avec les conditions automnales, d'exposer des personnes fragiles, âgées", a-t-il justifié. 

Sur le terrain, les situations sont très disparates. Contactée par franceinfo, une soignante d'un Ehpad en Haute-Loire, qui souhaite rester anonyme, relève ainsi que "sur un même secteur, on a des établissements avec un très fort ou un très faible taux de vaccination". 

"J'ai du mal à comprendre pourquoi on ne se vaccine pas"

Certains établissements font face à des réticences encore importantes de leur personnel, quand d'autres, comme Nolwenn Briand, directrice de l'Ehpad Mer Iroise de Brest (Finistère), se réjouissent d'approcher les 100% de vaccinés. "On a une couverture vaccinale au top, ça rassure beaucoup les familles des résidents", s'enthousiasme-t-elle. Elle se dit plutôt "chanceuse" car les établissements environnants peinent à convaincre leurs salariés, selon elle. Elle soutient d'ailleurs la possibilité de rendre la vaccination obligatoire. "Il n'y aura que ça qui fera basculer les quelques réticents chez nous, qui sont anti-vaccins", assure-t-elle.  

"J'ai du mal à comprendre pourquoi on ne se vaccine pas. On en a tellement bavé dans les Ehpad, il faut qu'on mette toutes les billes de notre côté pour ne pas que ça recommence".

Nolwenn Briand, directrice de l'Ehpad Mer Iroise de Brest

à franceinfo

A la résidence Les Marronniers de Marcq-en-Barœul (Nord), le directeur adjoint, Ayoub Benkacem, a refait les calculs hier : "On est à quasi plus de 70% de nos salariés vaccinés avec au moins une première dose", déclare-t-il à franceinfo, espérant atteindre les 90% à la rentrée. Il se souvient des réticences très fortes du personnel au lancement des premières campagnes de vaccination, en début d'année. "Certains voulaient attendre de voir les effets sur les collègues vaccinés, d'autres suivaient les 'fake news' concernant les nanoparticules... Mais aujourd'hui, la plupart des peurs ont été balayées, on n'a plus de réelles réticences", observe-t-il. 

"Tous les salariés qui ont franchi le pas portent un badge indiquant qu'ils ont été vaccinés. Ils montrent l'exemple dans l'établissement."

Ayoub Benkacem, directeur adjoint de la résidence Les marronniers à Marcq-en-Barœul

à franceinfo

"Le vaccin imposé, ça ne passe pas du tout"

Dans d'autres établissements, le vaccin suscite encore la méfiance voire la réprobation. A la résidence de Ballancourt, dans l'Essonne, un département pourtant très touché par le Covid-19, seule une petite moitié des salariés est vaccinée. "On avance doucement, et dans le bon sens, car c'est de plus en plus ressenti comme une obligation à cause des vacances qui arrivent et le fait d'avoir besoin du vaccin pour aller dans certains pays", relève Annick Putet, directrice de l'établissement par intérim.

Elle précise n'avoir aucune difficulté pour obtenir des doses, mais beaucoup de soignants restent craintifs. "Ils ont très très peur des effets secondaires, surtout depuis qu'une des salariées a fait un AIT [accident ischémique transitoire], juste après avoir été vaccinée." Elle précise qu'aucun lien avéré n'a été établi avec cet incident, "qui ressemble à un mini AVC". Mais l'événement en a refroidi plus d'un. 

Pour faire céder les soignants rétifs, le médecin coordonnateur organise une campagne de vaccination chaque mois dans l'Ehpad et incite "très fortement" le personnel à sauter le pas. 

"Moi aussi je fais ma propagande, en insistant surtout depuis quelque temps sur le fait qu'elles vont pouvoir voyager, aller à des concerts ou au restaurant plus facilement."

Annick Putet, directrice de la résidence de Ballancourt, dans l'Essonne

à franceinfo

Annick Putet trouve toutefois la proposition d'Olivier Véran malvenue. "Le vaccin imposé, ça ne passe pas du tout chez nous. On a déjà l'obligation de porter des masques toute la journée, on a dû rester enfermés plusieurs mois… On impose déjà tellement de choses", souffle-t-elle. 

Même ressenti du côté de Christian Véron, qui dirige trois Ehpad en Haute-Loire. Il se dit "très étonné" de la suggestion du ministre et même "choqué sur le plan éthique". Pour lui, il s'agit là d'une forme de "discrimination contre le personnel des Ehpad par rapport aux autres personnels de santé" et trouve inéquitable de ne cibler qu'un type de population.

"Je trouve qu'on pointe systématiquement du doigt les Ehpad. C'est soit on oblige tout le monde, soit personne."

Christian Véron, directeur de trois Ehpad en Haute-Loire

à franceinfo

Pour lui, le gouvernement fait un excès de zèle car les résidents sont tous largement vaccinés, "ce qui limite considérablement les risques de complications pour eux". Dans ses établissements, il ne connaît pas les chiffres précis des vaccinations du personnel, car étant donné qu'elle n'est pas obligatoire, cela relève selon lui du secret professionnel. Mais d'après les informations qu'il a reçues du médecin coordonnateur, il estime qu'un peu plus de la moitié de son personnel a reçu au moins une première dose. "Moi, je les encourage fortement à se faire vacciner, mais ça s'arrête là. Je peux encourager, mais pas contrôler."

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