Covid-19 : connaît-on le taux de vaccination qu’il faudra atteindre pour sortir de la pandémie ?

Si plusieurs arbitrages fixent le seuil de couverture vaccinale optimal à 70 % de la population, les données scientifiques ne permettent pas en l’état de le confirmer.

Article rédigé par
Elsa de la Roche Saint André - franceinfo
Radio France
Publié
Temps de lecture : 4 min.
L'exécutif est très attendu sur la campagne de vaccination contre le coronavirus (photo d'illustration). (SYLVIE CAMBON / MAXPPP)

"Il y a certainement 15 à 20 % de la population qui a été confrontée au virus. On sait que quand on a 55 à 60 % de la population qui est vaccinée ou qui a été immunisée par le virus, on a une couverture vaccinale suffisante." C’est ce qu’a déclaré sur LCI Jean-Baptiste Djebbari, ministre en charge des Transports, appelant mardi 1er décembre à la "sérénité". Mais à ce stade, peut-on réellement savoir quel pourcentage de la population devra se faire vacciner pour mettre fin à l’épidémie de Covid-19 ?

En partie, même si les taux évoqués diffèrent d’une autorité à l’autre

Les modèles étudiés au sein de l'Organisation mondiale de la santé suggèrent que jusqu'à 70 % de la population mondiale devra être immunisée pour que l’ensemble des individus soient protégés du Covid-19. Katherine O’Brien, qui dirige le département Vaccination, vaccins et produits biologiques à l’OMS, l’a confirmé à l’occasion d’une conférence de presse depuis Genève, vendredi 27 novembre. Les scientifiques de l’agence sanitaire en déduisent qu'environ 60 à 70 % des habitants des pays devront être vaccinés pour stopper la transmission de la maladie.  

Une hypothèse notamment suivie par l’un de nos voisins proches, l’Espagne. Le 24 novembre, le Conseil des ministres y a approuvé le plan de vaccination proposé par l’AEV (association espagnole de vaccinologie), qui estime que l’immunité de groupe sera atteinte lorsque le vaccin aura été administré à 70 % des Espagnols.  

En France, peu de scientifiques se sont prononcés sur cette question. Robert Cohen juge "raisonnable" de "viser un taux de vaccination de 70 %". Un pourcentage obtenu, explique le pédiatre-infectiologue à l’hôpital intercommunal de Créteil, à partir de la formule mathématique utilisée par les infectiologues "pour calculer la couverture vaccinale nécessaire à partir du R0 d’une maladie (nombre moyen d’individus qu’une personne contagieuse peut infecter). Avec un R0 de 2,5 à 3 comme c’est le cas pour le Covid-19, hors mesures de confinement et de distanciation sociale, on parvient à 70%."

Arnaud Fontanet, membre du Conseil scientifique, a pour sa part estimé auprès de l’AFP que le retour à une vie normale n’interviendra pas avant "l'automne 2021" et à condition que "80 à 90 %" de la population se fasse vacciner. La Haute autorité de santé (HAS), si elle vient de rendre publiques ses premières recommandations de stratégie vaccinale contre le Covid-19, ne se prononce pas pour l’instant.  

"On va d’abord se contenter de protéger les gens individuellement, ceux qui ont un risque de développer une forme grave de la maladie, indique Elisabeth Bouvet, présidente de la commission des techniques de vaccination de la HAS. Nous ne sommes pas dans des objectifs d’immunité de groupe. Ce sera l’objet de la deuxième partie de la campagne de vaccination, donc a priori pas avant la mi-2021."

Pas encore, car tout dépend du niveau d’immunité obtenu grâce au vaccin, inconnu à ce jour

D’après Elisabeth Bouvet, “parler d’un taux de couverture vaccinale permettant de conférer une immunité de groupe suppose déjà qu’on ait une meilleure connaissance des différents niveaux et types d’immunité obtenus grâce à chacun des vaccins, ou naturellement après une infection.” Certaines personnes vont, par exemple, ne développer qu’une immunité les protégeant des formes graves du Covid-19.

Robert Cohen détaille trois paramètres sans lesquels "on ne peut pas dire précisément quelle proportion de la population il faudrait vacciner" contre une maladie. Sa contagiosité d’abord, le fameux R0, qui s’agissant du Covid semble déjà faire consensus. Les deux autres, l’intensité de la protection assurée par le vaccin et la durée de cette protection, relèvent en revanche du domaine de l’incertain.

Les données aujourd’hui disponibles sur les trois candidats vaccins les plus avancés (Pfizer/BioNTech, Moderna, AstraZeneca/Université d'Oxford) portent sur la prévention face au développement de la maladie Covid-19, et non face à la transmission du virus Sars-CoV-2. Or, "l’immunité nécessaire pour prévenir la maladie est moins importante que celle apte à empêcher la transmission." La couverture vaccinale de 70 % mentionnée par l’infectiologue ne suffira que si l’efficacité des vaccins annoncée par les laboratoires - à plus de 90 % pour certains - s’applique, donc, aussi à la transmission du virus.

La durée de la protection conférée par les vaccins demeure également inconnue. Plus cette durée est courte, plus il faudra que le taux de couverture vaccinale soit élevé. Concernant l’immunité naturelle, au vu des quelques cas de récidive constatés, "on estime que les individus sont immunisés pour six mois après avoir été exposés à la maladie", selon Robert Cohen. 

C’est seulement à la lumière de toutes ces variables que l’on pourra définir un taux de vaccination contre le Covid-19 optimal. La prudence s’impose aussi quand on sait que ce taux est très différent d’une maladie à l’autre. S’agissant de la variole, il faut que 95 % de la population soit vaccinée pour que les 5 % restants soient protégés. C’est aussi le cas de la rougeole, ce qui explique qu’il y ait encore des épidémies de rougeole en France. À l’opposé, pour une maladie assez peu contagieuse comme l’hépatite B, une couverture vaccinale autour de 50 % suffit à éteindre la maladie.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.