Covid-19 : comment l'Union européenne compte durcir les conditions d'exportation des vaccins produits sur son sol

Bruxelles dit vouloir empêcher la fuite des doses vers les pays qui restreignent eux-mêmes leurs exportations de vaccins. Le Royaume-Uni est particulièrement visé.

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Des flacons de vaccin AstraZeneca photographiés à Paris, le 11 mars 2021. (JOEL SAGET / AFP)

Sous contrôle. L'Union européenne a décidé, mercredi 24 mars, de placer sous haute surveillance les exportations de vaccins contre le Covid-19 produits sur son sol. L'objectif est d'empêcher la fuite de ces doses vers d'autres pays, en particulier vers le Royaume-Uni, qui restreint lui-même ses exportations.

Certes, un mécanisme de contrôle avait déjà été mis en place en janvier. Il prévoyait, avant toute exportation de vaccins, qu'il y ait un feu vert de la Commission européenne et de l'Etat membre d'où partent les doses. Mais concrètement, pour 300 autorisations délivrées portant sur 40 millions de doses envoyées vers 33 pays, il n'y a eu jusqu'à présent qu'un seul refus, de l'Italie vers l'Australie. Comment Bruxelles veut-elle mieux veiller sur ses exportations au moment où l'Europe est confrontée de plein fouet à la troisième vague de la pandémie ? Explications.

La "réciprocité" sera prise en compte 

Premier critère durcissant le mécanisme de contrôle : la "réciprocité". Avant autorisation, le pays européen exportateur et la Commission européenne devront vérifier que le pays destinataire des vaccins ne réduit pas, lui, ses exportations en la matière. 

"Les Etats membres et la Commission européenne devront prendre en considération [l'aspect suivant] : le pays de destination restreint-il ses propres exportations de vaccins ou de matières premières servant à leur fabrication ?"

La Commission européenne

dans un communiqué de presse

Est particulièrement visé le Royaume-Uni : l'Union européenne y a exporté 10 millions de doses, tous vaccins confondus, entre le 1er février et mi-mars. A l'inverse, elle n'a reçu aucune dose produite sur le sol britannique, alors que le contrat signé par le laboratoire britannico-suédois AstraZeneca prévoyait la livraison de doses produites dans deux usines au Royaume-Uni. L'entreprise avait expliqué que son contrat avec Londres l'obligeait à honorer en priorité les commandes britanniques.

Selon la Commission européenne, le Royaume-Uni est le premier destinataire des exportations européennes de vaccins (environ 10,9 millions de doses), devant le Canada (6,6 millions), le Japon (5,4 millions), le Mexique (4,4 millions), l'Arabie saoudite (1,5 million), Singapour (1,5 million), le Chili (1,5 million), Hong Kong (1,3 million), la Corée (1 million) et l'Australie (1 million).

La pertinence de l'exportation devra être examinée

Le second critère porte sur la "proportionnalité", c'est-à-dire la pertinence d'envoyer des doses à un pays se trouvant en meilleure situation sanitaire que l'Europe. La question, sera, cette fois, la suivante : "Les conditions prévalant dans le pays de destination sont-elles meilleures ou moins bonnes que celles de l'UE, en particulier en ce qui concerne sa situation épidémiologique, son taux de vaccination et son accès aux vaccins ?"

L'Italie a mis en avant cette raison lorsqu'elle a refusé d'exporter 250 000 doses en Australie, pays qui applique la stratégie zéro Covid et ne compte pratiquement pas de cas sur son territoire. "L'objectif est de garder ces 250 000 vaccins pour les Européens, explique notre correspondant à Bruxelles Julien Gasparutto dans la vidéo ci-dessous, datant du 4 mars. "Depuis son arrivée au pouvoir, le nouveau Premier ministre italien, Mario Draghi, ne cesse de critiquer les lenteurs de la vaccination en Europe, alors il passe à l'action." C'est la première et la seule fois à ce jour qu'un pays européen a bloqué l'exportation de vaccins produits sur son sol. Bruxelles a donné son accord à ce refus le 4 mars.

Le mécanisme de contrôle sera appliqué à 17 pays jusqu'ici exemptés

Enfin, 17 pays qui étaient jusqu'à maintenant exemptés du contrôle des exportations seront dorénavant soumis à ce mécanisme. Il s'agit de l'Albanie, l'Arménie, l'Azerbaïdjan, la Biélorussie, la Bosnie-Herzégovine, la Géorgie, Israël, la Jordanie, l'Islande, le Liban, la Libye, le Liechtenstein, le Monténégro, la Norvège, la Macédoine du Nord, la Serbie et la Suisse. Le but est d'éviter qu'une entreprise ne "contourne" une interdiction en faisant transiter par un autre pays les doses bloquées par l'UE, a précisé à l'AFP une source européenne.

En revanche, assure la Commission européenne, "l'UE reste attachée à la solidarité internationale et continuera donc à exclure de ce mécanisme les approvisionnements en vaccins destinés à l'aide humanitaire ou aux 92 pays à revenu faible ou intermédiaire figurant sur la liste du mécanisme Covax de garantie de marché"

Le système Covax, mis en place en 2020 sous l'égide de l'OMS et de l'Alliance globale pour les vaccins et l'immunisation (Gavi), vise à fournir des vaccins contre le Sars-CoV-2 à tous les pays, quel que soit leur niveau de revenu. L'objectif est de mettre fin à la phase aiguë de la pandémie, en évitant que les pays riches ne s'approprient toutes les précieuses doses.

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