Vaccin d'AstraZeneca : cinq questions après l'avis de l'EMA évoquant des caillots sanguins comme effets secondaires "très rares"

La Haute Autorité de santé française doit annoncer de nouvelles recommandations sur la vaccination des moins de 55 ans ayant déjà bénéficié d'une première dose du vaccin d'AstraZeneca.

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Une pharmacienne prélève une dose du vaccin d'AstraZeneca dans une officine des Hautes-Alpes, le 30 mars 2021. (THIBAUT DURAND / HANS LUCAS / AFP)

Et maintenant ? L'Agence européenne des médicaments (EMA) a estimé, mercredi 7 avril, que l'apparition de caillots sanguins devait être répertoriée parmi les effets secondaires "très rares" du vaccin d'AstraZeneca contre le Covid-19. "Une explication plausible de ces effets secondaires rares est une réponse immunitaire au vaccin", a précisé la directrice exécutive de l'EMA, Emer Cooke, en attendant de nouvelles études sur la question. Plusieurs pays ont ajusté leurs recommandations concernant le recours à ce vaccin, ce qui modifie leurs stratégies de campagne vaccinale.

1La recommandation actuelle en France peut-elle être révisée ?

La Haute Autorité de santé (HAS) avait restreint l'utilisation du vaccin d'AstraZeneca aux personnes de plus de 55 ans, le 19 mars dernier. Cette recommandation devait être revue "prochainement, en collaboration étroite avec l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), en fonction des données de pharmacovigilance à venir", expliquait alors la HAS. Depuis cette date, les personnes de moins de 55 ans doivent se faire vacciner avec les vaccins à ARNm (Pfizer/BioNTech et Moderna). La HAS devrait prendre position cette semaine. Pour Alain Fischer, le président du Conseil d'orientation de la stratégie vaccinale, interrogé jeudi sur franceinfo, "il y a un signal de risque faible d'accident thrombotique plutôt chez des personnes relativement jeunes, moins de 50 ans et donc, il n'y a pas de raison de ne pas continuer de vacciner les personnes âgées de plus de 55 ans."

2Comment les avis ont-ils évolué en France ?

Le 2 février : réservé aux moins de 65 ans. Les essais cliniques du vaccin d'AstraZeneca n'intègrent pas suffisamment de participants âgés et la HAS préfère attendre des données complémentaires sur ce public. Par mesure de précaution, cette catégorie d'âge est donc mise de côté provisoirement.

Le 1er mars : pour tous les adultes. Le Royaume-Uni utilise massivement ce vaccin, y compris chez les publics âgés. Les données dites "en vie réelle" sont satisfaisantes. Si l'étude parue dans le British Medical Journal (en anglais), réalisée à partir de données écossaises, suggère simplement des résultats "encourageants" chez les plus âgés, la HAS estime tout de même qu'il est possible d'utiliser ce vaccin chez tous les adultes.

Le 15 mars : suspension temporaire. Comme certains de ses voisins, la France suspend par précaution l'utilisation du vaccin AstraZeneca contre le Covid-19, après des signalements portant sur de possibles effets indésirables graves. Emmanuel Macron prend cette mesure temporaire de "précaution", tout en espérant une reprise rapide des vaccinations "si l'avis de l'EMA le permet".

Le 19 mars : réservé aux plus de 55 ans. La HAS restreint l'utilisation du vaccin après une communication de l'EMA, la veille, portant sur un possible sur-risque de thromboses. La quasi-totalité des signalements concerne des personnes de moins de 55 ans et la HAS adopte donc ce seuil dans l'utilisation du vaccin d'AstraZeneca.

3Qu'ont décidé les autres pays européens ?

L'EMA déclare ne pas avoir identifié de facteur de risque spécifique, comme les antécédents médicaux ou l'âge, tout en précisant que la plupart des signalements de thromboses concernent des femmes de moins de 60 ans, dans les deux semaines qui ont suivi l'injection. C'est la raison pour laquelle plusieurs Etats de l'UE ont introduit un critère d'âge pour restreindre l'utilisation du vaccin d'AstraZeneca.

La semaine dernière, l'Allemagne avait déjà réservé l'usage du produit aux personnes de plus de 60 ans. Après l'avis de l'EMA, l'Espagne a retenu le même seuil minimum de 60 ans, tandis que la Belgique a opté pour une limite de 55 ans.

Au Royaume-Uni, le régulateur des médicaments dit avoir identifié 79 cas de caillots sanguins, chez des hommes et femmes âgés de 18 à 79 ans, sur plus de 20 millions de doses injectées. Le Comité scientifique supervisant la vaccination a simplement décidé de restreindre ce vaccin aux personnes âgées de plus de 30 ans, dans ce pays qui a presque fini d'inoculer une première dose aux plus de 50 ans.

4En France, quid des patients de moins de 55 ans en attente de la seconde dose ?

Ils sont encore dans l'inconnu. Dans son dernier avis, la HAS expliquait qu'elle se positionnerait "très prochainement sur les modalités d'administration de la seconde dose", tout en rappelant qu'un intervalle de 12 semaines devait être respecté entre les deux injections du vaccin d'AstraZeneca. A l'heure actuelle, personne ne se trouve encore dans l'impasse, puisque les vaccinations ont débuté le samedi 6 février.

5Ce public bénéficiera-t-il d'une seconde dose d'un autre vaccin ?

Un changement de vaccin pourrait rebattre les cartes pour les personnes de moins de 55 ans concernées, notamment des soignants. Le ministre de la Santé, Olivier Véran, se trouve lui-même dans ce cas de figure. A ce jour, l'interchangeabilité des vaccins contre le Covid-19 n'a pas encore fait l'objet d'études. Celles-ci sont en cours, comme à l'université d'Oxford, qui a recruté 800 participants (en anglais) âgés de plus de 50 ans pour évaluer différentes combinaisons de doses (vaccins d'AstraZeneca et de Pfizer). Des chercheurs d'AstraZeneca et de l'institut russe Gamaleïa (Spoutnik V) mènent également des travaux pour évaluer une combinaison de leurs vaccins.

Les restrictions d'utilisation du vaccin d'AstraZeneca ont tout de même conduit certaines autorités sanitaires à prendre position, comme la Commission technique des vaccinations allemande, qui recommande (en allemand) une seconde dose de vaccin à ARNm dans les douze semaines, pour les personnes de moins de 60 ans ayant bénéficié d'une dose du vaccin d'AstraZeneca. La France semble sur le point d'emprunter le même chemin. Dans ce cas de figure, "l'utilisation d'un autre vaccin est une éventualité qui est considérée", a déclaré jeudi sur franceinfo Alain Fischer, président du Conseil d'orientation de la stratégie vaccinale.

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