Une association de victimes du Covid réclame un hommage national pour les morts pour "communier avec la Nation"

"On a besoin de communier avec la nation pour redonner un nom et une image à nos défunts", explique l'une de ses représentantes qui a perdu son père et son frère sans pouvoir leur dire adieu, ni les enterrer.

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Radio France
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Le cercueil d'un patient décédé du Covid dans l'attente de sa crémation (illustration). (R?MY PERRIN / MAXPPP)

Des proches de victimes du Covid-19 réclament un hommage national à Emmanuel Macron qui permettrait de "réhabiliter la dignité des personnes disparues" et d'initier un travail de deuil en suspens, écrit dans une ouverte publiée dans le Parisien l'association Victimes du Covid-19 France. "On a besoin de communier avec la nation pour redonner un nom et une image à nos défunts", a expliqué mercredi 20 janvier sur franceinfo Sabrina Sellami, représentante Île-de-France de l’association Victimes du Covid 19 France.

franceinfo : Vous avez perdu votre père et votre frère en mars. Pourquoi demandez-vous un hommage national pour les victimes du Covid-19 ?

Sabrina Sellami : Cela fait presque un an que j'ai perdu mon père et mon frère. On fait partie de cette première vague monstrueuse de masse et on pense qu'on est peut-être entendus mais pas écoutés. On écrit des courriers où on dit que les funérailles que nous avons eues c'étaient des obsèques folles.

"On n'a pas eu le droit de voir les défunts, on sait comment ils sont partis, on nous a mis dans la confidence. On nous a dit qu'ils allaient mourir dans un drap, les orifices bouchés, arrosés de produits et vous ne pourrez plus les voir."

Sabrina Sellami, représentante Île-de-France de l’association Victimes du Covid 19 France

à franceinfo

On ne sait pas qui on a enterré. On n'arrive pas à faire notre deuil. On nous a volé nos deuils et aussi leur fin de vie. Au moment extrême de leur vie mon père et mon frère et énormément de personnes parties du Covid n'ont pas eu d'obsèques normales et respectueuses. C'est intolérable. On demande une journée nationale parce qu'on ne peut pas déterrer les personnes, on a besoin de communier avec la nation pour redonner un nom et une image à nos défunts.

Est-ce que cela vous aiderait ? Vous sentez-vous toujours coupable ?

Cela pourrait réparer le choc qu'on a eu. Ce serait fort. Les gens sont partis seuls. On demande pardon. Cela m'arrive d'aller au cimetière et de dire à mon frère et à mon père, pardon on n'a pas pu vous accompagner, mais ce n'était pas de notre faute.

"Il n'y a pas eu de levée de corps, on ne sait pas qui on a enterré."

Sabrina Sellami

Mon père avait le diabète de la personne âgée, de l'hypertension, mais mon frère n'avait que 56 ans. Comme mon père n'a pas été diagnostiqué à temps, il a été diagnostiqué six jours plus tard, il était dans un état lamentable et mon frère l'a veillé toute la nuit alors qu'il était malade du Covid. Il a absorbé toute la charge virale de mon père et l'a accompagné 24 jours plus tard vers la mort. Ce sont des erreurs accumulées. Mais qu'est-ce qu'on peut faire.

Avez-vous eu des réponses de l'Élysée ?

À chaque fois on nous renvoie des lettres de condoléances et on nous dit que ce n'est pas à l'ordre du jour et qu'ils transmettent à Olivier Véran.

Est-ce que vous souhaitez des excuses ?

Oui, parce que les prises en charge ont été tardives, bâclées. Ce n'est pas normal que le Covid, qui était sur le territoire français depuis janvier, qu'en février avec une double pneumonie, il n'ait pas été pas diagnostiqué.

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