Surpoids en Europe : "Une explosion des cas d'obésité débutante" constatée depuis la pandémie de Covid-19 en France, selon un spécialiste

Depuis le début de la pandémie de Covid-19, "nos étudiants ont vraiment augmenté leur corpulence", a indiqué mardi à franceinfo,  Pierre Dechelotte, professeur et chef de service nutrition du CHU de Rouen. 

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Radio France
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L'OMS s'alarme d'une "épidémie" de surpoids et d'obésité en Europe (illustration). (RICHARD VILLALON / MAXPPP)

L'OMS s'alarme d'une "épidémie" de surpoids et d'obésité en Europe. Elle causerait plus de 1,2 million de décès par an selon l'Organisation mondiale de la Santé. "Nous avons vraiment constaté une explosion des cas d'obésité débutante, de surpoids", a expliqué sur franceinfo mardi 3 mai, Pierre Dechelotte, professeur et chef de service nutrition du CHU de Rouen. Il remarque notamment chez les étudiants une augmentation des "taux de troubles du comportement alimentaire de type boulimie ou hyperphagie boulimique."

franceinfo : La pandémie de Covid-19 a aggravé la situation. Est-ce que vous le constatez ?

Pierre Dechelotte : Oui, tout à fait. Nous avons vraiment constaté une explosion des cas d'obésité débutante, de surpoids. Nous avons pu voir en trois ans, depuis le début de la pandémie de Covid-19, que nos étudiants ont vraiment augmenté leur corpulence et que le taux de troubles du comportement alimentaire de type boulimie ou hyperphagie boulimique, dont on sait qu'elle mène à l'obésité, a considérablement augmenté. C'est quasiment un doublement par rapport aux enquêtes similaires il y a trois ans.

Comment vous l'expliquez et pourquoi ça touche les étudiants ?

C'est multifactoriel, mais on peut penser qu'il y a eu à la fois un stress renforcé du fait de l'arrêt des cours, de l'incertitude sur les examens, de l'avenir professionnel etc. La pauvreté de la vie sociale pendant cette période a été aussi très stressante et donc il y a eu un repli sur soi avec des conduites de comportements alimentaires perturbés. Des grignotages aussi, des compulsions, tout seul chez soi. Peut-être aussi des effets à long terme qu'il faudra analyser sur le changement de notre environnement, peut-être du microbiote intestinal et plusieurs causes qui s'additionnent.

Parmi les solutions évoquées par l'Organisation mondiale de la Santé, il y a cette idée de taxer les boissons sucrées, de lutter contre la publicité. On fait déjà ça en France avec le "Nutriscore". Mais on voit que ça ne fonctionne pas ?

Cela fonctionne quand même de mieux en mieux. Si on veut détailler un peu la France dans ce tableau très préoccupant en Europe, la France voit son taux d'obésité augmenter encore un peu, mais il semble qu'il augmente un peu moins depuis quelques années par rapport à ce qu'il était sur la dernière enquête dont nous disposions au niveau national. Entre 2000, 2012 et 2020, on est passé de 15% à 17% de la population adulte française qui est obèse, donc ça monte encore mais ça monte moins vite que dans d'autres pays, notamment de l'est de l'Europe, qui sont extrêmement touchés. Je pense que le "Nutriscore" est une partie de la solution. Bien sûr, ça ne résout pas tout. Mais en termes d'information et de sensibilisation à des choix alimentaires, en termes de fréquence et de quantité, je pense que c'est une aide. Mais bien sûr, tout ceci est un ensemble de mesures qu'il faut mettre en place en prévention et surtout en prise en charge dès maintenant, parce que la prévention a des effets retardés.

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