"Qu'est-ce que je fais s'ils me foutent à la porte ?" : avec le confinement, la vulnérabilité des jeunes LGBT s'aggrave

Chaque jour, un jeune LGBT (lesbienne, gay, bi ou transgenre) est mis à la porte de chez lui. Malgré le confinement et la crise sanitaire, le nombre d’appels ne cesse d’augmenter sur la ligne d’écoute de la fondation le Refuge qui s’occupe de ces jeunes.

Article rédigé par
Margaux Stive - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Le confinement peut tourner au cauchemar pour les personnes LGBT ayant des difficultés familiales. Illustration. (RAFAEL BEN-ARI / MAXPPP)

En cette période de confinement, beaucoup de jeunes LGBT sont enfermés avec leurs parents qui n’acceptent pas forcément qui ils sont. C'est le cas de Georges (le prénom a été modifié), il a 18 ans et vit avec ses deux sœurs et ses parents dans le Sud-Ouest de la France.

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D’habitude il a le lycée, ses amis, ses cours de théâtre pour s’échapper et respirer. Mais depuis que Georges est coincé chez lui, le confinement tourne au cauchemar. Il décrit une ambiance invivable : "C'est vrai que, depuis le confinement, on se voit 24 heures sur 24. Et bien sûr, on regarde plus la télévision, donc quand on a une famille, on va dire, homophobe, c'est très compliqué parce qu'à chaque fois ils critiquent 'oh ! Encore un PD à la maison', 'oh ! Il y a que ça partout', 'on est envahi', etc. Comme si on était des monstres presque. Vivre quotidiennement ça, depuis plusieurs années et en plus le confinement, c'est vrai que c'est difficile."

On cache qui on est, on cache ce qu'on pourrait aimer.

Georges

à franceinfo

Tous les jours, Georges se réveille la boule au ventre, terrifié à l’idée que sa famille découvre son homosexualité : "Quand on a caché sa vraie identité, on s'invente un personnage, on cache tout. Au final, on s'invente le personnage de l'hétéro, l'hétéro idéal que ses parents voudraient avoir. Et c'est ça qui fait le mal-être, c'est ça qui est dur. En plus, en période de confinement, il faut avoir tous les jours ce personnage-là, c'est affreux."

"Du jour au lendemain, je pourrais partir de chez moi"

Même s'il n'est pas encore passé à l'acte, Georges pense très souvent à s’enfuir. Début avril, il contacte la fondation Le Refuge pour savoir quoi faire s’il doit partir de chez lui. Il explique : "Qu'est-ce que je fais s'ils me foutent à la porte ? Qu'est-ce que je fais après si je vais dehors, je dors dans la rue ? Des fois c'est tellement catastrophique, des fois c'est tellement étouffant, insupportable. Du jour au lendemain, je pourrais partir de chez moi, c'est sûr. Mais ce qui me fait peur, ce sont les conséquences plus matérielles ou économiques si je n'ai pas d'appartement, si je n'ai pas de bourses à côté. Que fait l'État ?"

Face à l'urgence de la détresse de ces jeunes, une application pour signaler les violences LGBT-phobes est lancée vendredi 24 avril par l’association des policiers LGBT, Flag, en partenariat avec le secrétariat d’État à l’Égalité femmes-hommes et la lutte contre les discriminations a révélé franceinfo.  

Depuis le début du confinement, la fondation Le Refuge, qui accueille et accompagne des jeunes LGBT comme Georges, est submergé par les appels. Des appels d’urgence en premier lieu, cinq fois plus nombreux qu’en temps normal. Au bout du fil des jeunes en souffrance, qui n’ont nulle part où aller ou qui doivent subir 24h/24 l’homophobie de leurs proches. Parmi eux, certains appellent pour trouver en urgence un hébergement. En cette période de confinement, la fondation doit gérer un cas par jour de jeune mis à la porte par ses parents en raison de son orientation sexuelle. D’autres personnes ont seulement besoin de parler, d’évacuer la pression. Une cellule de crise a aussi été mise en place pour prendre des nouvelles des 280 jeunes qui étaient déjà pris en charge par Le Refuge avant le début du confinement. 

Alors que l'ONU a sensibilisé les États sur les risques que pose le confinement sur les personnnes LGBT, l’Assemblée nationale rejette vendredi 17 avril trois amendements proposant notamment d’ouvrir des places d’hébergement pour les jeunes LGBT pendant le confinement. En attendant, Le Refuge doit trouver tous les jours en urgence des places pour ceux qui sont mis dehors ou qui s’enfuient. Mais les solutions sont de plus en plus difficiles à trouver. Surtout que, depuis le confinement, les dons faits à la fondation ont baissé de plus de 40%.

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