Potentiels vaccins contre le coronavirus : "Il faut rester prudent, jamais nous n'avons développé des vaccins si rapidement", estime une infectiologue

Alors que la société américaine Moderna lance les tests de son potentiel vaccin contre le coronavirus sur 30 000 personnes, l'infectiologue à l'hôpital Cochin (Paris) Odile Launay estime qu'il faut d'abord que les essais démontrent son efficacité réelle.

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Radio France
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Odile Launay, infectiologue à l’hôpital Cochin à Paris, à franceinfo en mars 2019.  (FRANCEINFO / RADIO FRANCE)

Les Etats-Unis viennent de doubler leurs investissements financiers dans le développement d'un potentiel vaccin contre le coronavirus par la société Moderna, avec près d'un milliard de dollars. L'entreprise va tester son vaccin contre le coronavirus sur 30 000 personnes : "Tant que nous n'avons pas démontré leur efficacité, il faut rester prudent", réagit sur franceinfo Odile Launay, infectiologue à l’hôpital Cochin à Paris. "Jamais nous n'avons développé des vaccins si rapidement", explique-t-elle.

franceinfo : Ce vaccin, expérimental, a déclenché des anticorps contre le coronavirus chez les 45 participants pour l'instant testés. C'est bon signe, selon vous ?

Odile Launay : Oui, c'est bon signe, cela veut dire que le vaccin serait capable d'induire une réponse en anticorps. Mais il faut être sûrs que ces anticorps permettent la protection contre le virus. Il faut rester prudent, jamais nous n'avons développé des vaccins si rapidement, depuis que le virus a été découvert en janvier. Fin juillet, c'est le troisième candidat vaccin qui démarre. Mais tant que nous n'avons pas les résultats de ces essais, et que l'on n'a pas démontré leur efficacité, il faut rester prudent.

Cette ultime étape doit aussi permettre de s'assurer que le vaccin ne génère pas d'effet indésirable grave ?

Ces essais, sur un plus grand nombre, ont pour objectif principal de vérifier que la réponse immunitaire est protectrice. Mais on doit avoir le maximum de garanties sur la sécurité de ces vaccins, c'est un point très important. On regarde d'une part le nombre d'infections chez les participants qui ont été vaccinés, par rapport à ceux qui ont reçu un placebo.

Evidemment, on est très vigilant sur tous les effets indésirables qui sont susceptibles de survenir. C'est un point qui est majeur avant de mettre à disposition ce vaccin à un plus grand nombre.

Odile Launay

à franceinfo

Un sondage mené par l'institut YouGov pour le site Huffington Post, version française, indique que 32% des personnes interrogées en France refuseraient de se faire vacciner, si un vaccin contre le coronavirus voit le jour. Qu'est-ce que cela vous inspire?

On sait que les Français ont quelques réticences vis-à-vis des vaccins, ce n'est pas propre au coronavirus. Environ un Français sur trois exprime des inquiétudes concernant les vaccins. Ces inquiétudes concernent surtout la sécurité du vaccin. Je pense qu'il faut vraiment que l'on soit en mesure d'apporter toutes les réponses qu'ils vont pouvoir se poser autour de ce vaccin.

Je pense qu'il faut être le plus transparent possible sur la façon dont sont réalisés ces essais et sur les données collectées. Il faut vérifier que nous avons bien les données concernant les populations amenées à être vaccinées en France, en particulier les personnes les plus à risque de développer des formes graves, ou encore eux qui sont le plus exposés au virus, comme les soignants.

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