Plan blanc en Corse : "Il va falloir qu'on se remotive" car "on peut passer par des périodes de découragement", confie l'Ordre des médecins

Le 2 août, 36 personnes ont dû être hospitalisées en Corse dont 14 en réanimation, tandis que plus de 700 personnes ont été testées positives depuis le 31 juillet.

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Radio France
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Une adolescente se fait vacciner en Corse, le 22 juillet 2021. (PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP)

"Il va falloir qu'on remette la main à la pâte et qu'on se remotive parce que c'est vrai qu'à un moment donné, on peut passer par des périodes de découragement", confie le président du conseil régional corse de l'Ordre des médecins Michel Mozziconacci, mardi 3 août sur franceinfo, après que l'Agence régionale de santé a déclenché le plan blanc en Corse.

franceinfo : Le plan blanc vient d'être déclenché en Corse. Les soignants sont-ils prêts à revenir sur leurs congés ?

Michel Mozziconacci : Je pense qu'il y a quand même une prise de conscience collective de l'ensemble des soignants sur l'urgence et sur la situation dramatique que vit l'île depuis maintenant deux ou trois semaines. On a vu les chiffres augmenter progressivement. Je pense que ce n'est pas un problème pour les soignants qui le feront volontiers parce qu'ils ont une conscience. On est tous ensemble, tous unis contre le Covid-19. Mais c'est vrai qu'il va falloir qu'on reprenne notre souffle parce qu'on vaccine beaucoup, tout le monde s'est beaucoup donné dans le public, dans le privé, tout le monde y a vraiment mis du sien, et il va falloir qu'on remette la main à la pâte et qu'on se remotive parce que c'est vrai qu'à un moment donné, on peut passer par des périodes de découragement. C'est un peu compliqué mais je ne doute pas de la force collective et individuelle de l'ensemble des équipes soignantes. Les hôpitaux sont sous tension et manquent de bras, ça on le sait déjà depuis un moment. On n'est pas inquiets, on est confiants, mais ça commence à faire lourd, et il faut optimiser. C'est vrai que déprogrammer des opérations d'orthopédie ou d'une autre chirurgie qui n'est pas urgente me semble quelque chose qui ne pose pas tant de problème que ça. Il faut libérer de la place pour être efficace.

"Les généralistes sont au bout du rouleau."'

Michel Mozziconacci

à franceinfo

La Corse risque-t-elle d'être reconfinée, comme la Martinique et la Guadeloupe ? Ou va-t-elle y échapper ?

Je pense que la situation n'est pas la même. Aux Antilles, on était à un taux de primo-vaccination de l'ordre de 20%, nous on est quand même à un taux qui se rapproche des 60 à 70%. À mon avis, on n'en est pas encore à prendre des mesures aussi drastiques, par contre c'est vrai que quand on voit encore 3 000 personnes réunies dans un concert, on se dit est-ce que c'était vraiment raisonnable de laisser faire ça ? Aujourd'hui, les gens ne comprennent pas qu'on autorise certains concerts et qu'on dise qu'il faut sortir avec le masque dans la rue, même si vous êtes à 100 mètres les uns des autres. Il faut un petit peu de pédagogie et que les mesures semblent adaptées et proportionnées. La possibilité de sortir, d'aller manger, d'échanger avec des gens et de vivre un petit peu est fondamentale, parce qu'il en va de la santé mentale de la population.

Le plan blanc a-t-il des conséquences aussi sur le travail des médecins généralistes ?

La médecine de ville est en première ligne, comme la médecine d'urgence à l'hôpital. C'est vrai que pour remotiver, c'est plus dur qu'il y a six mois, mais on s'y emploie tous les jours. Le plan blanc change quelque chose pour eux, parce qu'il va falloir qu'à un moment donné les généralistes arrivent à faire des consultations Covid-19 en téléconsultation, ce qui n'est pas toujours facile parce que les cabinets sont pleins. Il y a beaucoup de médecins généralistes qui n'ont pas pris de vacances, qui sont là dans leur cabinet, et c'est vrai qu'on est sur-sollicités. Il y a en plus une dégradation psychologique chez les patients qui sont inquiets, qui ne comprennent pas tout et ce n'est pas de leur faute. Il faut gérer ce côté psychologique, le moral de la patientèle qui est vraiment en grande dégradation depuis quelques semaines.

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