Reportage Extension du pass sanitaire : à Paris, un premier jour de rodage entre fermeté, patience et tâtonnements

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Un conducteur Flixbus vérifie le pass sanitaire d'une voyageuse, le 9 août 2021, à la gare routière de Bercy, à Paris.  (RACHEL RODRIGUES / FRANCEINFO)

Depuis lundi, le pass sanitaire, déjà nécessaire pour entrer dans les lieux de culture et de loisirs, s'étend aux cafés, restaurants, établissements médicaux et transports longue distance. Récit de cette journée dans plusieurs quartiers de la capitale. 

"Un billet, un masque, un pass sanitaire" : dans les halls de la gare de Lyon, à Paris, ce lundi 9 août, la voix robotique de la SNCF retentit à intervalles réguliers, rappelant les règles en vigueur depuis le début de la journée. "Dans les trains inOui, Ouigo et Intercités, des vérifications du pass sanitaire pourront être réalisées." Le ton est donné : place au QR code.

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Le projet de loi sanitaire voté dans la nuit du 25 au 26 juillet et entériné par le Conseil constitutionnel le 5 août a validé l'extension du pass sanitaire. Déjà en vigueur depuis le 21 juillet dans les lieux de culture et de loisirs, le sésame est désormais indispensable pour accéder aux cafés, restaurants, établissements médicaux et transports de longue distance.

Dans les transports, une mise en place inégale

Pour fluidifier les contrôles, la SNCF a mis en place des "gilets bleus", des agents d'escale, employés par un prestataire extérieur et chargés de vérifier le pass sanitaire avant embarquement. Une fois le pass validé, l'agent remet un bracelet aux voyageurs, leur permettant de rejoindre leur train sans contrôle supplémentaire. "Ça permet de mieux repérer ceux qui sont en règle et ceux qui ne le sont pas", explique l'un des agents présents gare de Lyon. Pour les trajets en train, les contrôles du pass sanitaire peuvent s'effectuer à tout moment : à quai, pendant le voyage ou au moment de la descente du train.

Les "gilets bleus" de la SNCF contrôlent le pass sanitaire des voyageurs à la gare Montparnasse, à Paris, le premier jour de son application dans les trains, le 9 août 2021.  (SOLENE LEROUX / FRANCEINFO)

Tristan se sent rassuré. Il a reçu un e-mail de la SNCF il y a quelques jours, lui précisant les mesures en vigueur : "On sent que ça se met bien en place", explique-t-il. Le Parisien, en partance pour Avignon (Vaucluse), affirme être arrivé en avance, "par précaution", mais reste confiant : "J'ai bon espoir que ce soit fluide !"

Sur les quais de la gare de Lyon, tout le monde n'est pourtant pas du même avis. Pour Léa et Philippe, qui s'apprêtent à partir à Marseille, le pass paraît "ridicule" : "Nous avons pris le métro pendant des mois et ça n'a gêné personne", affirme la Parisienne. D'après Philippe, "les annonces sont un peu tombées comme un cheveu sur la soupe". Il raconte avoir dû anticiper son voyage en effectuant un test PCR samedi à midi. "Pour l'instant, on passe au-dessus de la mesure, mais quand les tests seront payants, ce sera autre chose", déplore Léa, qui refuse pour l'instant de se faire vacciner.

Même constat pour Marie-Anne, sur le point d'embarquer pour les Côtes-d'Armor avec son fils et l'un de ses copains, depuis la gare Montparnasse. Elle est vaccinée, et contre le pass sanitaire. "Ça ne sert à rien, à part créer des citoyens de seconde zone. Je suis pour la vaccination, mais le pass sanitaire c'est totalement ubuesque : on n'a pas besoin de tout ça. Je ne fais pas l'amalgame, mais je pense qu'on arrive à du fascisme", assène-t-elle, catégorique.

Des passagers attendent de monter dans un car longue distance, le temps des vérifications du pass sanitaire, le 9 août 2021 à la gare de Bercy, à Paris.  (RACHEL RODRIGUES / FRANCEINFO)

Du côté des voyages en cars, on assiste aux mêmes nouvelles scènes. A la gare routière de Bercy, dans le 12e arrondissement, les voyageurs dégainent aussi leurs QR codes. Ici, pas d'agents, ce sont les chauffeurs qui effectuent la vérification du pass sanitaire. Si la gare routière donne déjà lieu à des files désordonnées en temps normal, l'entrée en vigueur de ce sésame vient compliquer les vérifications, au moment de l'embarquement. "Sur des longs trajets, ça peut être compliqué. On a des gens, parfois en précarité, qui se présentent à la dernière minute, qui parfois se trompent de date. Dans ces conditions, il semble difficile de les refuser", explique Lassad, conducteur Flixbus sur la ligne Paris-Orléans.

La vérification est rendue d'autant plus compliquée que les conducteurs ne disposent pas encore de l'application TousAntiCovid Verif, destinée aux professionnels et permettant de scanner les QR codes. "Nous sommes tolérants. Mais ça va vite poser des soucis : certains me montrent qu'ils ont pris rendez-vous pour le vaccin, que c'est en cours", raconte-t-il. Pour l'instant, "ça passe", mais il a peur que les mêmes problèmes persistent une fois la période de tolérance terminée. Le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal a en effet annoncé une "période de rodage" pour cette semaine. En cas de fraude ou d'utilisation du pass d'un tiers, toute personne s'expose à 750 euros d'amende et 1 500 euros en cas de récidive dans les 15 jours.

Dans les hôpitaux, "la sécurité avant tout"

Le pass sanitaire s'applique aussi dans les hôpitaux, maisons de retraite et établissements médico-sociaux, hors urgences, pour les patients ayant une opération programmée ainsi que pour les visiteurs et accompagnants.

A l'hôpital Saint-Antoine, dans le 12e arrondissement de Paris, les agents de sécurité sont au pas de course pour filtrer les deux entrées de l'établissement. "Il n'y a aucun passe-droit, assure Sophiane, agent de sécurité pour l'hôpital.

"Nous contrôlons les taxis, les ambulances, les accompagnateurs dans les ambulances. S'ils n'ont pas de pass, nous les faisons revenir à l'entrée pour qu'ils se fassent tester. Notre priorité, c'est la sécurité de l'hôpital."

Sophiane, agent de sécurité à l'hôpital Saint-Antoine

à franceinfo

Pour Nadège*, qui vient rendre visite à son frère malade, le pass sanitaire est rassurant, surtout dans des lieux comme l'hôpital : "Il y a quand même des personnes fragiles à l'intérieur, donc c'est mieux comme ça !" ​​Vaccinée, elle a oublié son pass chez elle mais raconte avoir facilement pu se faire tester, dans une tente située à côté des contrôles, à l'entrée de l'hôpital.

Chaque établissement a mis en place sa propre organisation. Ainsi, de l'autre côté de la Seine, à l'hôpital Cochin, Joël patiente depuis une vingtaine de minutes devant l'entrée principale. Sans pass sanitaire, il a "essayé de rentrer, mais on [l]'a recalé", précise-t-il. Le trentenaire, venu chercher des résultats d'examens, n'avait pas prévu de faire un test PCR ou antigénique pour entrer dans l'établissement, et il n'y a de toute façon pas de tente prévue à cet effet.

Joël est légèrement agacé par les nouvelles mesures. "Je trouve ce système bizarre. L'hôpital est carré dans son fonctionnement, puisque les contrôles étaient prévus, concède-t-il. Maintenant, ce n'est pas tout ça qui va me convaincre de me faire vacciner." Après un moment d'attente passé à regarder les allées et venues de personnes disposant du pass sanitaire, Joël a finalement pu recevoir ses résultats par son médecin, venu à sa rencontre devant le bâtiment.

En restauration, le lien social mis à mal

Avenue du Maine, dans le 14e arrondissement de Paris, quelques clients traînent à la terrasse d'une brasserie. Les uns lorgnent sur les croissants, les autres enchaînent les cafés. En apparence, rien n'a changé. "Pour l'instant, on n'a eu aucun problème au niveau des contrôles", explique Nacer, le cuisinier. "Mais on s'y attend : on sait qu'à un moment, il y a des clients qui vont mal le prendre", détaille sa collègue Louisa. Une crainte partagée par bon nombre des professionnels de la restauration. "Forcément, certains consommateurs ne voudront pas montrer leur pass ou essaieront de forcer s'ils ne l'ont pas. Si ce n'est pas aujourd'hui, ce sera demain ou la semaine prochaine", affirme la jeune femme.

Nacer et Louise, restaurateurs dans le 14e arrondissement de Paris, le 9 août 2021, jour de l'instauration élargie du pass sanitaire.  (SOLENE LEROUX / FRANCEINFO)

Nacer est moins catégorique, mais pense surtout que le pass sanitaire va titiller la patience de ses clients. "Même sans ça, les gens sont toujours pressés, là ils vont être encore moins patients", sourit-il. Avant de repartir en cuisine, il l'assure : "Les pass de toutes les personnes que vous voyez assises ont été contrôlés par TousAntiCovid Verif."

Parmi elles, Zineb, un café crème à la main. Elle explique qu'à son sens, il y a "une certaine ambivalence : le pass rassure d'un point de vue sanitaire, mais en même temps, ça casse le relationnel". Pour la cliente, présenter son pass "retire 80% du charme de se poser en terrasse. C'est un rappel constant de la situation actuelle, ça me rend triste, confie-t-elle à franceinfo, l'air désolé. Au lieu de se saluer avec le serveur, maintenant on échange des QR codes. Ça gâche le lien social."

* Le prénom a été modifié.

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