Reportage Cinémas, terrasses, restaurants... A quoi ressemble une journée estivale sous pass sanitaire dans un quartier de Paris ?

Article rédigé par
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 6 min.
L'entrée du cinéma Le Grand Rex à Paris, en juillet 2021.  (ALAIN JOCARD / AFP)

L'obligation de présenter un pass sanitaire, déjà en vigueur dans les lieux de culture et de loisirs, a été étendue lundi aux cafés et restaurants. Contrôles à l'entrée, tolérance, ambiance… Franceinfo a testé sa mise en place dans un quartier de la capitale.

Il est désormais incontournable. Dans les rues, au restaurant, en terrasse ou au cinéma, vous entendrez forcément parler de lui cet été. Le pass sanitaire, devenu obligatoire le 21 juillet dernier dans les lieux de culture et de loisirs, s'est étendu aux cafés, restaurants, établissements médicaux et transports de longue distance lundi 9 août. Mais sur le terrain, comment s'organise la vérification de ce sésame ? En terrasse, au cinéma, au musée ou dans les restaurants... Franceinfo a passé une journée dans le quartier des Grands Boulevards, à Paris (9e arrondissement), QR code en poche. 

Notre journée commence au Brébant, pour prendre un café en terrasse. En apparence, rien n'a changé dans cette brasserie, ou presque. Les serveurs, désormais armés d'un smartphone, sont prêts à dégainer à tout moment leur nouvel outil de travail, l'application TousAntiCovid Verif, pour scanner les QR codes des clients. Il est 11 heures et hormis quelques personnes en terrasse, il n'y a pas foule.

"Je préfère perdre un café que de me prendre une amende"

A l'entrée, le jeune serveur nous demande notre pass sanitaire, presque hésitant, comme s'il avait peur de déranger. Un petit tour sur TousAntiCovid suffit pour afficher le QR code dans l'onglet "carnet" et le faire scanner. La démarche ne prend que quelques secondes, et nous accédons rapidement à notre table. 

"Dans l'ensemble, ça se passe bien. Mais j'ai quand même eu affaire à quelques réticents et à un client qui m'a traité de collabo."

un serveur du café-restaurant Le Brébant

à franceinfo

Un peu plus loin, une autre serveuse essaie de faire de cette nouvelle contrainte une occasion d'engager la conversation. Une fois le QR code scanné, elle joue la carte de la familiarité en appelant les clients par leur prénom, révélé par l'application TousAntiCovid Verif, et en leur souhaitant la bienvenue chaleureusement.

"Entrer, scanner, trinquer". Telle que présentée sur les affiches disposées à l'entrée des terrasses et fournies par le gouvernement, la démarche semble simple et non contraignante. Mais ce n'est pas l'avis de la gérante du Café Zéphyr, quelques dizaines de mètres plus loin. "Nous manquons de bras pour faire la vérification. Il faut que toutes les personnes attablées aient déjà eu leur pass vérifié."

Dès que les clients se multiplient à l'entrée, la situation tourne au numéro d'équilibriste pour la serveuse, qui jongle entre les tables qu'elle débarrasse d'une main, et les QR codes à scanner, de l'autre. Mais la gérante a choisi d'appliquer strictement les règles : "Je préfère perdre un café que de me prendre une amende." Un professionnel qui ne contrôlerait pas les pass s'expose à une mise en demeure de se conformer aux obligations, avant une éventuelle fermeture temporaire de son établissement, voire, si un manquement est constaté à plus de trois reprises en 45 jours, à un an de prison et 1 000 euros d'amende.

Au restaurant, la convivialité préservée

Il est déjà temps d'aller manger. Direction Le Bouillon Chartier, rue du Faubourg-Montmartre, à quelques pas du métro Grands Boulevards. Une longue file se remarque à l'entrée du restaurant. Elle est la preuve de la popularité historique du lieu, qui a ouvert ses portes en 1896. Mais elle témoigne aussi de la nouveauté de la semaine, à savoir la vérification des pass qui s'impose désormais pour tous les clients. Un employé est chargé de scanner les QR codes avant de faire entrer la clientèle, en fonction des places disponibles à l'intérieur, qu'on lui indique par téléphone. "Allez hop, trois places, vous pouvez y aller" : tout s'enchaîne au pas de course. 

Une queue se profile à l'entrée du restaurant Le Bouillon Chartier, le 10 août 2021, dans le 9e arrondissement de Paris.  (RACHEL RODRIGUES / FRANCEINFO)

"Il n'y a pas trop de difficultés pour l'instant", indique-t-il, mais la vérification des pass peut devenir plus délicate avec les touristes non européens, qui ne disposent pas du QR code. Dans ce cas, le personnel fait preuve de tolérance : "Nous essayons de vérifier par d'autres moyens s'ils ont reçu leurs deux doses ou s'ils ont un test négatif." Dans la salle, le pass sanitaire ne bouleverse en rien l'aspect chaleureux et familial du lieu. "Le restaurant a toujours été très convivial, comme une grande cantine, et ça n'a pas l'air d'avoir changé", nous confirme un habitué. 


A l'entrée du McDonalds de Montmartre-Richelieu Drouot, dans le 9e arrondissement de Paris, des affiches rappellent les règles en vigueur concernant le pass sanitaire, le 10 août 2021.  (RACHEL RODRIGUES / FRANCEINFO)

Autre salle, autre ambiance. Du côté du McDonald's, où nous allons prendre notre dessert, une affiche rappelle aux visiteurs les règles sanitaires en vigueur. Ici, le contrôle ne se fait pas à l'entrée du restaurant, mais au moment du retrait de notre commande, après le passage aux bornes. "Sur place ou à emporter ?", nous demande un employé. Une précision qui n'est pas anodine, puisque le pass sanitaire n'est pas réclamé pour les consommations à emporter

Au musée et cinéma, des vérifications en série

Une fois le repas terminé, nous nous dirigeons vers le musée Grévin, au coin de la rue. Il est 14 heures et une queue s'étend déjà sur une cinquantaine de mètres. Une chose est sûre, affirme une coordinatrice du musée : "Le pass sanitaire n'a pas fait diminuer la fréquentation.

Côté contrôles, tout est rodé. Dans la file, un agent d'accueil est chargé de demander aux visiteurs de préparer leur pass, en s'assurant qu'ils aient bien réalisé leur vaccination en Europe. Si ce n'est pas le cas, il vérifiera au cas par cas les certificats de vaccination et les dates des doses administrées. "Le lien qu'on a avec les visiteurs se brise un peu : normalement, la queue, c'est un moment d'attente où nous pouvons parler avec eux, rigoler. Là, on leur demande un QR code", déplore-t-il. 

Après cette attente, juste avant d'entrer dans le musée, deux agents de sécurité, munis de tablettes, scannent les pass. Les visiteurs n'ont plus qu'à passer le traditionnel PC sécurité avant de pouvoir se prendre en selfie devant les célèbres statues de cire. Le QR code n'a pas effrayé les curieux ou touristes. "On est habitués aux restrictions sanitaires, et aujourd'hui on arrive à apprécier ces moments même avec le masque", raconte un père de famille venu tout droit du sud de la France, accompagné de sa femme et de ses deux enfants. 

Devant l'entrée du cinéma Le Grand Rex, à Paris, une tente est disposée et propose aux clients n'ayant pas leur pass sanitaire de réaliser des tests antigéniques gratuits, le 10 août 2021.  (RACHEL RODRIGUES / FRANCEINFO)

Dans ce quartier riche en lieux culturels et touristiques, direction désormais le cinéma Le Grand Rex, qui, lui, a dû s'adapter à l'entrée en vigueur du pass sanitaire depuis le 21 juillet. Depuis deux semaines, une organisation bien ficelée a été mise en place. 

Devant l'établissement, une tente a été disposée, où les clients n'ayant pas de pass sanitaire valide peuvent réaliser un test antigénique et en récupérer les résultats 20 minutes plus tard. Pour accéder au cinéma, pas moins de trois étapes à franchir. Dans la file d'attente, un premier agent vérifie les pass sanitaires. Puis, au moment d'acheter sa place, le ticket est tamponné par le guichetier, ce qui permettra au dernier agent, chargé du contrôle des billets, de vérifier que le spectateur a bien été contrôlé. 


Un ticket de cinéma tamponné une fois la vérification du pass sanitaire effectuée, au Grand Rex, à Paris, le 10 août 2021.  (RACHEL RODRIGUES / FRANCEINFO)

Plus loin dans la rue, le Max Linder Panorama, cinéma mono-écran du boulevard Poissonnière, fait le constat d'une habitude qui commence à prendre côté cinéphiles, comme l'explique Claudine Cornillat, la directrice de la salle : "Au début, nous avions des réticences, mais maintenant, les gens savent qu'ils doivent venir avec leur pass." L'après-midi touche à sa fin. Les terrasses de ce quartier animé se remplissent de nouveau, malgré ce pass sanitaire auquel les clients, fidèles ou touristes, devront s'habituer pour espérer continuer à goûter aux joies de l'apéro.

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

tout l'univers Pass sanitaire

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.