Pass sanitaire dans les cinémas : "Si on veut limiter les risques, il me paraît clair qu’il faut garder les masques", estime un chercheur

Bertrand Maury, chercheur à l'université Paris-Saclay, appelle sur franceinfo à se pencher sur la mesure de la qualité de l'air et notamment à aérer les salles au maximum.

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Radio France
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Contrôle des pass sanitaires devant les portes du cinéma CGR de Buxerolles (Vienne), le 21 juillet 2021. (MATHIEU HERDUIN / MAXPPP)

Les cinémas font partie des lieux de culture qui, depuis mercredi 21 juillet, nécessitent la présentation d'un pass sanitaire, pour toutes les salles de plus de 50 spectateurs. Mais pour Bertrand Maury, chercheur à l'université Paris-Saclay au Laboratoire de mathématiques, il est "clair qu'il faut garder le masque" dans les salles. Egalement membre du MODCOV19, une plateforme de modélisation pour mieux lutter contre la pandémie de coronavirus, il appelle sur franceinfo à se pencher sur la mesure de la qualité de l'air, à espacer "d'une demi-heure à une heure et demie" les séances dans une salle et aérer au maximum.

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franceinfo : Quelle est la mesure la plus sûre, entre conserver la jauge et le masque, ou remplir une salle avec pass sanitaire et laisser les clients complètement vaccinés retirer le masque ?

Bertrand Maury : Le vaccin limite de façon évidente les contaminations et les symptômes en cas de contamination. Mais est-ce que ça veut dire que tout est permis ? Manifestement, non. Si on veut limiter au maximum les risques, il me paraît clair qu'il faut garder les masques. Je pense qu'une précaution n'est jamais inutile. Le masque reste tout de même un facteur de réduction des risques donc je pense qu'il ne faut pas avoir une vision trop monolithique des choses en se disant qu'on va avoir des solutions et que dès qu'on a trouvé une solution satisfaisante, toutes les autres deviennent caduques. Je pense que les solutions s'ajoutent. On diminue les risques en augmentant les facteurs de réduction. Et pour ce qui est des risques internes, moi, mon dada, c'est la mesure de la qualité de l'air pour contrôler la concentration des aérosols, puisque les processus de contamination sont toujours les mêmes. Cela passe énormément par aérosols, ces petites gouttelettes qui sont émises, et vaccin ou pas, on va diminuer les risques de transmission en contrôlant la qualité de l'air, à l'aide par exemple de capteurs de CO2.

Mais cela implique une réaction a posteriori, une fois que le mal est fait ?

Ça permet de contrôler, par exemple, pendant les premiers temps de la mise en place d'une jauge. Alors effectivement, ça passe par une phase qu'on pourrait voir comme une phase d'expérimentation scientifique, ou une période d'essai de quelques jours, où on accepte par exemple des séances à 50 ou 60 personnes, et on mesure la quantité de CO2.

"Si le capteur indique 700 ppm [partie par million], on va considérer qu'on est dans une zone vraiment tranquille, surtout si les gens continuent à porter le masque. Et, a fortiori, si la plupart des gens voire tous les gens sont vaccinés."

Bertrand Maury, chercheur

à franceinfo

Si on a des concentrations qui atteignent 1 400 ou 1 500 ppm, c'est probablement qu'il y a un défaut de ventilation, et dans ce cas-là on peut réagir, plus ou moins violemment, en faisant évacuer la salle instantanément ou au moins en prenant des précautions les jours suivants en vérifiant la ventilation. Donc non, ce n'est pas a posteriori. C'est pour mettre en place des mesures satisfaisantes sur le long terme.

Est-ce qu'il faudrait espacer les séances pour laisser un tunnel d'aération entre chaque public ?

Oui, surtout quand les séances s'enchaînent. Les aérosols flottent dans l'air pendant un temps qui peut être très long, une demi-heure, une heure ou une heure et demie, et donc on peut contaminer à distance, en quelque sorte, une personne. Donc entre deux séances, c'est tout à fait prudent non-seulement de laisser passer du temps, pour éviter le brassage entre les populations successives, et surtout d'essayer d'aérer. En général, il y a des processus de ventilation. Certains ont utilisé des processus de désenfumage dans des salles aux normes incendie, ce qui est très efficace pour renouveler l'air de façon rapide, même si ça fait un peu de bruit au moment où on l'utilise. Mais si c'est à un moment où le film ne se déroule pas, ça devrait être praticable. En tout cas, il faut aérer autant que faire se peut et laisser une plage entre deux séances.

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