Pass sanitaire au cinéma : "Le coup de grâce", déplore une productrice

Michèle Halberstadt, dirigeante de la société ARP Sélection, juge la baisse de fréquentation dans les cinémas "très inquiétante". 

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Radio France
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Une salle de cinéma en juin 2021.  (JEAN-MARC QUINET / MAXPPP)

L'obligation d'avoir un pass sanitaire pour se rendre au cinéma constitue "un coup de grâce", a déploré Michèle Halberstadt lundi 26 juillet sur franceinfo. Alors que le nombre de places vendues le jour de son entrée en vigueur mercredi a chuté de 70% par rapport au mercredi précédent, la productruice s'est demandée s'il ne valait pas mieux "garder les films dans les placards que de les sortir dans des salles vides". Pour la dirigeante de la société ARP Sélection, c'est comme si on "lui avait coupé les jambes".

franceinfo : Y'aura-t-il des films que les distributeurs ne voudront pas sortir dans les semaines qui viennent ?

Michèle Halberstadt : Nous nous posons tous des questions. C'est épouvantable. On a vécu 300 jours de fermeture, le public était en train de revenir petit à petit mais pas complètement. Les plus de 50 ans, qui sont pourtant a priori le mieux vaccinés, protégés, sont ceux qui sont revenus le moins et il y a une chute de 50% de ce public. Avec le pass sanitaire, décidé quasiment du jour au lendemain, ça devient impossible. On se demande si ça ne vaut pas mieux de garder les salles fermées, de garder les films dans les bobines et les placards que de les sortir dans des salles vides.

Ca veut dire que pour les films, notamment ceux qui étaient présentés à Cannes et qui sont sortis depuis une dizaine de jours, c'est un gâchis ?

Oui. Regardez la Palme d'or, Titane, qui est sortie le jour de son passage à Cannes : elle a mal démarré, elle a fait un bon premier jour mais après ça s'est effondré, les entrées étaient très mauvaises. Après l'annonce de la Palme, le lundi les entrées ont doublé, c'était formidable. Après l'entrée en vigueur du pass sanitaire, il y a une rechute de 70%. Nous sommes à un carrefour extrêmement important sur lequel on comptait tous pour relancer la machine, pour que les spectateurs reprennent le goût du cinéma et le chemin des salles. Et maintenant, tout ça est interrompu. C'est comme si on nous avait coupé les jambes et on ne sait pas quand ça va repartir. Aller au cinéma, c'est quelque chose qui se fait en bande : si, dans la bande, il y en a deux ou trois qui ne sont pas vaccinés, on ne va pas au cinéma et on va faire autre chose. C'est ça le problème. Et en plus, il y a des salles qui préfèreront mettre des jauges à moins de 50 spectateurs, comme ça on ne demande pas le pass sanitaire, mais il y a d'autres salles, comme celles du circuit MK2, qui de toute façon demandent le pass… Tout le monde gère les choses à sa manière, et le spectateur est complètement perdu. Le message n'est pas clair. Pendant ce temps-là, qu'est-ce qu'on fait de nos films ? Le film de Bruno Dumont, France, avec Léa Seydoux, en compétition à Cannes, doit sortir le 25 août. On se pose sérieusement la question de sa sortie.

Est-ce que vous vous dîtes que "le temps fera son œuvre", que c'est "juste un test à faire" et que les gens vont retourner au cinéma ?

J'ai du mal à y croire. Je suis sidérée par cette chute de 70%. C'est très inquiétant. Les pouvoirs publics annoncent en plus que la nouvelle vague va être terrible à la rentrée. C'est quand la reprise des salles ? Je ne sais plus. On a lutté pour que les salles rouvrent. Il n'y avait pas de pass sanitaire pour aller au cinéma à Cannes et personne n'est tombé malade. Le masque suffit pour aller au cinéma : les gens ne se parlent pas, ils sont face à l'écran, ils ne risquent pas de se contaminer. Je trouve que c'est aberrant. Le pass sanitaire, c'est le coup de grâce auquel on ne s'attendait pas.

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