Pandémie de coronavirus aux États-Unis : "une véritable humiliation en termes de capacité de gouvernance", juge un expert

Plus de 126 000 personnes sont mortes du Covid-19 aux États-Unis, plus de 2,6 millions d'habitants ont été contaminés et les spécialistes parlent d'une situation hors de contrôle.

La Maison Blanche, siège du pouvoir américain.
La Maison Blanche, siège du pouvoir américain. (LAUNETTE FLORIAN / MAXPPP)

Alors que mercredi 1er juillet, la France rouvre ses frontières à 15 pays où la pandémie de coronavirus est en recul, les autorités sanitaires américaines parlent elles d'une situation hors de contrôle. Alors que plus de 126 000 personnes sont mortes du Covid-19 aux États-Unis et que plus de 2,6 millions d'habitants ont été contaminés, le directeur du Centre d'études prospectives et d'informations internationales (Cepii) Sébastien Jean explique sur franceinfo que "ce qui est en train de se passer actuellement aux États-Unis est une véritable humiliation en termes de capacité de gouvernance de l'État américain".

franceinfo : La crise du coronavirus risque-t-elle de relancer la guerre commerciale ou politique entre les États-Unis et la Chine ?

Sébastien Jean : Une crise comme celle-là aggrave les tensions internationales parce qu'au fur et à mesure que les problèmes deviennent plus graves au sein des économies, il y a toujours la tentation de faire porter la responsabilité sur les partenaires. Ce qui est en train de se passer actuellement aux États-Unis est une véritable humiliation en termes de capacité de gouvernance de l'État américain. C'est un problème pour le président en particulier et c'est un problème même pour la réputation, le soft power des États-Unis. Et donc, on peut penser que la réaction des États-Unis sera probablement plutôt une crispation qu'une ouverture, d'autant que cela met à mal finalement leur prestige, leur position, y compris dans le commerce mondial, dans les relations internationales. La tentation de pointer du doigt la responsabilité des pays étrangers, en particulier la Chine, va être très grande.

Est-ce que cela signifie que la place des États-Unis dans l'ordre mondial est à prendre ? Qui pourrait la prendre ?

Personne n'est en capacité aujourd'hui de prendre la place des États-Unis. Le problème, c'est plutôt qu'il y a une place qui devient vide, c'est-à-dire qu'il n'y a plus vraiment de leader. Ce qu'on voit aussi, c'est le très grand manque de cohésion des États-Unis à tout point de vue, c'est-à-dire que là, ils sont et donnent une image déplorable en termes de gouvernance. En revanche, ils restent centraux en termes financiers, en termes militaires également, de la même façon sur les aspects économiques qui sont finalement relativement faibles dans un certain nombre de secteurs manufacturiers. Mais il reste des leaders sur le numérique, sur la recherche pharmaceutique aussi. On l'a vu avec cette course aux vaccins. Ce sont beaucoup d'entreprises américaines qui sont leaders. Donc les inégalités, le manque de cohésion américain s'étalent au grand jour et je pense que c'est ça, aujourd'hui, la grande faiblesse des États-Unis.

L'échec des États-Unis à enrayer la propagation du coronavirus sur leur territoire a aussi des conséquences sur le tourisme en France et en Europe. Comment palier cela ?

Évidemment, c'est un manque à gagner très important. La crise sanitaire touche de manière très violente le secteur du tourisme d'une façon générale, et en particulier le tourisme à longue distance. En France, les États-Unis sont le premier pays d'origine des touristes en dehors de l'Europe, en dehors de la sphère proche, ce sont des touristes qui ont un pouvoir d'achat important, donc c'est évidemment une perte très importante qui sera probablement assez localisée, notamment en Île-de-France et peut-être éventuellement un peu sur la Côte d'Azur. [Cela a un impact] pour les touristes et pour les voyages d'affaires aussi, les voyages professionnels. On est dans la confusion la plus complète. Finalement, c'est pour ça que c'est une véritable humiliation pour les États-Unis. On ne voit pas bien aujourd'hui à quel horizon les choses pourraient repasser sous contrôle au niveau américain, et en tout cas, a priori, pas avant plusieurs mois.