"On ne peut plus jouer comme cela avec l'argent public" : en Bretagne, à Grenoble ou en Occitanie, les écologistes veulent un Tour de France moins "sport business"

L'édition 2021 de la Grande Boucle devrait partir de Bretagne. La région est candidate même si elle doit faire face, comme ailleurs en France, aux critiques d'élus EELV qui aimeraient un Tour moins coûteux et moins polluant.

Article rédigé par
Stéphanie Mora - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Le départ des coureurs de la ville de Fougères dans le département d'Ille-et-Vilaine, le 12 juillet 2018 (photod'illustration) (ALEXANDRE MARCHI / MAXPPP)

On connaîtra lundi 10 août le nom de la ville qui lancera l'édition 2021 du Tour de France. Depuis l'annonce du retrait de Copenhague, les regards se tournent vers la Bretagne. Le Conseil régional est officiellement candidat mais il doit composer avec l'enthousiasme très modéré des écologistes, notamment à Rennes. Et ce n'est d'ailleurs pas la seule région où la Grande Boucle et son modèle économique sont critiqués par les défenseurs de l'environnement.

"Un format daté"

Après l'abandon des Danois, il y a quelques jours, en raison du coronavirus, les organisateurs du Tour de France commencent à sonder la Bretagne. La municipalité de Rennes est contactée. La maire (PS), Nathalie Appéré, consulte alors ses alliés écologistes sur le sujet. Réponse : c'est une mauvaise idée. L'adjointe aux mobilités Valérie Faucheux confirme à France Bleu Armorique que le Tour pollue et que c'est "un format daté". Puis, rétropédalage du chef de file du groupe dans un sms à franceinfo, les élus écologistes ne se sont pas exprimés sur le Tour.

Il faut aller voir le sénateur breton EELV Joel Labbé pour avoir des précisions. "La décision a été prise d'un commun accord à l'intérieur de la majorité rennaise, socialistes et écologistes, indique l'élu. On peut parler également de la question de l'argent qui est mis dans ces événements. L'accueil d'un départ du Tour de France, c'est de l'ordre de 700 000 euros. Il y a des retours économiques mais d'un autre côté on ne peut plus jouer comme cela avec l'argent public". Rennes ne propose donc pas d'être ville départ du Tour mais la mairie glisse pudiquement que le chef lieu d'Ille-et-Villaine est "disponible" pour être ville étape.

Le plastique généré par le Tour


L'allergie au Tour de France n'est pas une exception rennaise. D'autres nouveaux élus issus de la vague verte des dernières municipales s'interrogent. À Grenoble, il y a quelques mois, Eric Piolle, le maire EELV réélu, avait conditionné le retour de la compétition cycliste dans sa ville à un partage de la facture avec l'agglomération. Et même s'il se félicite du passage du Tour cette année, l'édile grenoblois reste critique sur d'autres aspects de la caravane. "Ce qui est sûr, c'est que le Tour doit aussi évoluer, notamment dans la montagne, la lutte contre la pollution générée par tout ce plastique est évidemment fondamentale, expliquait Eric Piolle à franceinfo il y a quelques semaines. Et on continue de porter ce message vi-à-vis des organisateurs du Tour."

Provoquer un débat sur le "sport-business"

De manière générale, les Verts n'aiment pas ce qu'ils appellent "le sport business" et le Tour ne fait pas exception selon le chef de file des écologistes à la région Occitanie Gérard Onesta : "Il y a toujours une part de privatisation de l'espace public pour des grands évènements sportifs. Le Tour de France appartient à une société privée qui a des actionnaires qui attendent des dividendes."

Et la dimension populaire du Tour de France, l'engouement du public ? Joël Labbé, élu EEL au conseil régional de Bretagne dit ne pas l'oublier, "mais à un moment, il faut dire les choses. Le débat est nécessaire et tant mieux s'il est provoqué", dit-il. "Est ce qu'on ne pourrait pas imaginer de garder le côté liesse populaire sans avoir les excès ?, s'interroge Gérard Onesta. Souvent dans le sport business, la raison est restée au vestiaire." Des Verts qui veulent ouvrir un débat mais, signe que le Tour est un sujet sensible, la direction nationale d'EELV s'est bien gardée de réagir à la polémique rennaise cette semaine.

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