"On a le sentiment d'un relâchement" : les excès de vitesse et les accidents mortels en hausse depuis le déconfinement, s'inquiète la Sécurité routière

L'adjoint au délégué interministériel à la Sécurité routière s'inquiète sur franceinfo de la hausse des accidents mortels et d'un bond de 15% des très grands excès de vitesse.

Un gendarme procède à un contrôle sur un rond-point à Nancy (Meurthe et Moselle), le 8 juin 2018.
Un gendarme procède à un contrôle sur un rond-point à Nancy (Meurthe et Moselle), le 8 juin 2018. (THIERRY COLIN / RADIO FRANCE)

Les très grands excès de vitesse sont en augmentation de 15% depuis le déconfinement. "On a le sentiment d'un relâchement", s'alarme samedi 30 mai sur franceinfo David Juillard, adjoint au délégué à la sécurité routière du ministère de l'intérieur. "Ce qui entre principalement en jeu dans ces accidents, c'est la vitesse, c'est incontestable."

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franceinfo : La mortalité sur les routes avait largement chuté pendant le confinement, depuis le déconfinement, la tendance est-elle inverse ?

David Juillard : Oui, même si on n'a pas encore les chiffres consolidés sur cette période qui a commencé le 11 mai dernier, on a des indications de deux types. D'abord, les excès de vitesse, qui sont contrôlés par les forces de l'ordre et par nos radars automatisés, sont en très forte hausse par rapport à la même période de l'année 2019. On enregistre 15% d'augmentation des très grands excès de vitesse, ceux qui sont au delà de 50 km/h. Ensuite, les premières tendances qui nous parviennent sur le week-end de l'Ascension sont alarmantes. On a le sentiment d'un relâchement des comportements des automobilistes qui se traduisent inévitablement et immanquablement, par des accidents graves, des blessés et malheureusement, des morts. Ce qui entre principalement en jeu dans ces accidents, c'est la vitesse, c'est incontestable.

Ce relâchement, l'expliquez-vous par ce sentiment de liberté retrouvé après le confinement ?

Oui, c'est une explication possible. On avait déjà constaté lors de la période de confinement qu'un certain nombre d'automobilistes se croyaient tout permis. On avait constaté des accidents extrêmement spectaculaires, et malgré la baisse du nombre de morts lors du confinement, les résultats étaient très peu satisfaisants et traduisaient un vrai relâchement. Après le confinement, on a ce même sentiment. Le trafic augmente, les routes sont un peu moins fluides qu'elles ne l'étaient avant le 11 mai, toutefois, on a une recrudescence de ces excès de vitesse. On a aussi une recrudescence des feux rouges franchis et d'un certain nombre d'autres infractions. Il y a aussi sans doute, plus en milieu urbain, un certain nombre de comportements liés au fait que les personnes n'avaient plus l'habitude de circuler sur la voie publique. Je pense notamment aux vélos. On a constaté un certain nombre d'accidents assez sérieux avec des cyclistes. Le vélo est un mode très favorable à tout point de vue et on l'encourage, mais il doit s'accompagner de mesures de sécurité. Le port du casque est fortement conseillé, il faut signaler quand on change de direction et il faut que l'ensemble des usagers de la route soient sensibles à cette population un peu nouvelle qui est sur l'espace public avec ces nouveaux moyens de locomotion. C'est un ensemble et il faut que chacun soit conscient de ses responsabilités et conscient du danger qu'il fait courir au reste de la population.

Envisagez-vous un durcissement des règles, comme on l'a vu récemment avec l'usage du téléphone ?

Oui. D'ailleurs c'est une mesure qui a été prise et qui était annoncée par le Premier ministre dès le comité interministériel de sécurité routière de 2018. C'est une mesure importante parce que le téléphone est un "distracteur". Il empêche les automobilistes d'avoir la pleine conscience, la pleine maîtrise, de leur véhicule et ça se traduit par des accidents. Cette disposition nouvelle, appliquée dès ce matin dans les Bouches-du-Rhône, permet aux forces de l'ordre de retenir et de suspendre jusqu'à 6 mois le permis de conduire d'automobilistes qui ont le téléphone en main et qui commettent une autre infraction, comme la vitesse ou comme le franchissement d'un feu rouge par exemple.