"On a la chance à Marseille de pouvoir se faire dépister" : devant l'hôpital de la Timone, des centaines de personnes attendent leur test pour le coronavirus

Les équipes du professeur Didier Raoult, de l’IHU Méditerranée Infection, proposent un dépistage gratuit au coronavirus et ouvert à tous.

Les Marseillais sont nombreux à venir se faire dépister au CHU de la Timone qu\'ils aient des symptomes ou non, le 22 mars 2020.
Les Marseillais sont nombreux à venir se faire dépister au CHU de la Timone qu'ils aient des symptomes ou non, le 22 mars 2020. (GILLES BADER / MAXPPP)

"La police est arrivée il n'y a pas longtemps pour mettre les distances de sécurité. Mais au début, elle n'était pas du tout présente et on était tous collés les uns sur les autres", explique une jeune femme. Elle fait partie des centaines de personnes qui font la queue, lundi 23 mars depuis l’aurore, à Marseille devant l’IHU Méditerranée Infection pour se faire tester. Situé à l’entrée du CHU de la Timone, ce bâtiment ultra moderne abrite les équipes du professeur Didier Raoult qui disposent de tests en grande quantité pour dépister le coronavirus.

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La file s'étale sur plus de 300 mètres. Il faut quatre heures d'attente pour pénétrer dans le bâtiment. "Dans ma classe, il y a une fille qui a été testée positive, indique la jeune femme, inquiète pour sa santé. J'ai de la température, je tousse et j'ai les bronches qui brûlent, donc je préfère passer le test". Pour elle, parmi les personnes présentes dans la file d'attente, "il y en a plein qui sont là pour se rassurer", "qui ont des gants alors que ça ne sert pas", ou "qui ont des masques alors qu'elles ne toussent même pas, c'est un truc de fou".

"On a peur de transmettre"

Un groupe de jeunes intérimaires est dans la queue. Ils travaillent dans un entrepôt de tri de colis, sans mesure de protection particulière. "Nous, on n'a pas le droit au confinement, explique l’une des intérimaires. Il y a eu plusieurs cas sur notre site, donc on a peur et on vient tous se faire dépister". Une inquiétude partagée par l'un de ses collègues : "On a peur de transmettre et d'être infecté. On veut aussi montrer à nos employeurs qu'on a peur, même pour eux, car ils sont un peu comme nous."

On a tous des symptômes. C'est normal qu'on ait peur.Un travailleur intérimaireà franceinfo

Pour cet intérimaire l'obligation de travailler "vient d'en haut, ce ne sont pas les managers, ce n'est pas de leur faute". Une situation difficile explique sa collègue de part leur statut : "On n'a pas le droit d'utiliser notre droit de retrait. Surtout en étant intérimaire, c'est encore plus compliqué. On verra ce que ça donne."

Didier Raoult, désormais une personnalité à Marseille

Tous les âges, toutes les professions sont représentées dans la file d'attente. Un chauffeur de taxi est venu tout spécialement de Cassis. "On fait la queue parce qu'aujourd'hui, on a que ce moyen pour se faire dépister. Par le médecin généraliste, ce n'est pas possible", explique le chauffeur, satisfait par la possibilité donnée par les équipes du professeur Didier Raoult. "On a la chance à Marseille de pouvoir se faire dépister et que tout le monde puisse le faire. Chose rare en France, parce que je crois que nous sommes la seule ville aujourd'hui où tout le monde peut le faire." 

Je suis taxi et je transporte des malades, donc je viens faire le test pour voir si je suis tranquille.Chauffeur de taxi à Cassisà franceinfo

Un dépistage élargi contraire aux recommandations nationales, la priorité devant être donnée aux professionnels de santé et personnes âgées présentant des symptômes, indique l'Agence régionale de santé. Mais cette doctrine est de plus en plus remise en cause. Le ministre de la Santé, Olivier Véran, a d'ailleurs indiqué, samedi 21 mars, que la France devait se préparer à "faire évoluer rapidement sa stratégie de dépistage" afin d'être "en mesure de multiplier nos capacités de tests", mais le ministre a ajouté que ce ne sera qu'"au moment où nous lèverons le confinement".

L'information sur la possibilité de se faire tester au CHU de la Timone a circulé sur les réseaux sociaux, tout comme la piste thérapeutique prônée par le professeur Raoult, le patron de l'IHU Méditerranée Infection. Il s'agit d'un cocktail médicamenteux à base de chloroquine, un médicament contre le paludisme. Toutes les personnes interrogées dans la file d'attente lundi matin voulaient qu'on leur applique ce traitement, en cas de test positif.