Nouveaux cas de coronavirus en Chine : "Il faut garder en tête que l'on a toujours cette menace", rappelle Bruno Lina, membre du Conseil scientifique

Selon Bruno Lina, virologue au CHU de Lyon, membre du Conseil scientifique, ces nouveaux cas en Chine doivent amener à une certaine prudence puisque le virus peut se remettre à circuler malgré les températures estivales.

Bruno Lina, le 21 avril 2020, à Lyon.
Bruno Lina, le 21 avril 2020, à Lyon. (PHILIPPE DESMAZES / AFP)

Faut-il s’inquiéter d’une résurgence du coronavirus Covid-19 en Chine ? 106 personnes ont été contaminées en cinq jours à Pékin. La situation est "extrêmement grave", selon les autorités locales. Bruno Lina, virologue au CHU de Lyon, membre du Conseil scientifique, a estimé mardi 16 juin sur franceinfo, qu’"il fallait garder en tête que l'on a toujours cette menace". 

franceinfo : Est-ce qu'on s'est réjoui trop vite de l’absence d'une éventuelle deuxième vague ?

Burno Lina : Le virus circulant encore à l'échelle planétaire, il faut garder en tête que l'on a toujours cette menace. Cette menace n'est pas inexorable. Elle n'est pas forcément quelque chose qui va nous retomber dessus immédiatement. C'est quelque chose qui est possible et il faut le garder en tête. Et c'est pour ça que l'on voit toute l'énergie qui est mise par les autorités chinoises pour essayer de contrôler, de juguler cette réémergence du virus. Dans une situation où, a priori, ils étaient au calme depuis deux mois au moins. Cela nous passe à nous, un certain nombre de messages qui confirment que, un, le virus circule toujours et, deux, qu’il fait chaud. C'est le début de l’été à Pékin et que l'été n'est pas seul maître du temps par rapport à la circulation de ce virus. Et donc, il faut que l’on soit prudent parce que le virus peut se remettre à circuler malgré les températures estivales et que l'on a besoin d'avoir un dépistage extrêmement rapide des cas. Et c'est pour cela que l’on maintient des capacités diagnostiques extrêmement élevées en France pour que si jamais un tel foyer apparaissait, on puisse être capable de détecter aussi rapidement.

106 cas en cinq jours, est-ce qu’il y a de quoi s’inquiéter ?

Non. C'est malheureusement ce que l'on peut attendre. Si vous regardez un tout petit peu la dynamique de l'épidémie au début du mois de mars. Lorsque le début de la circulation du virus se fait dans une population qui n'est pas suffisamment immunisée, ce qui est le cas à Pékin, mais aussi en France, on commence par voir des cas qui sont parfois peu symptomatiques. Et puis, quatre jours plus tard, on en a trois fois plus et quatre jours plus tard, on en a encore trois fois plus. Et dans ces conditions, en une dizaine de jours, on peut arriver à une centaine de cas. Donc, c'est une dynamique normale de l'évolution épidémique qui s'est faite en absence de réaction. Maintenant ce que l’on pense, c’est qu’étant donné qu'une réaction a été prise, le niveau de transmission va baisser. Mais il y a le temps des incubations qui est toujours en cours. Donc, on va encore avoir des cas. Et puis, il y aura une décroissance. Si on arrive à isoler complètement les cas, on cassera la chaîne de transmission.

Est-ce qu’on est revenu quatre à six mois en arrière ?

Pas tout à fait parce que finalement, la réaction a été peut-être plus rapide que ce qu'elle était au mois de décembre. Mais ce qu'il faut bien comprendre aussi, c'est que ce ne sont pas les aliments qui transmettent le virus chez les personnes infectées. Dans ce marché avec une population extrêmement élevée, on comprend qu'une personne infectée puisse en contaminer beaucoup d'autres. Il s’est peut-être passé quelque chose de comparable à l'épisode de Mulhouse. C’est un événement de "super contaminateur", c'est-à-dire qu'une personne ne contamine pas seulement trois personnes, mais en contamine une douzaine ou une quinzaine. Ce qui peut amplifier un phénomène épidémique.