Mesures contre le Covid-19 : le calendrier de sortie de crise annoncé par Emmanuel Macron est-il réaliste ?

Le chef de l'Etat a annoncé mercredi trois à quatre semaines de fermeture des établissements scolaires, et l'extension des mesures de freinage à toute la France métropolitaine pour un mois. 

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Emmanuel Macron visite un centre d'appel de l'assurance maladie dédié à la vaccination au Covid-19, à Créteil (Val-de-Marne), le 29 mars 2021. (LUDOVIC MARIN / AFP)

A l'en croire, ce n'est plus qu'une question de semaines. Afin d'endiguer l'épidémie de Covid-19, Emmanuel Macron a annoncé, mercredi 31 mars, la fermeture pour trois à quatre semaines des crèches et des établissements scolaires et l'extension à tout le territoire métropolitain des "mesures de freinage" jusqu'alors réservées à 19 départements. Mais contrairement au printemps 2020, le calendrier de sortie de crise semble déjà fixé : les écoles devraient pouvoir de nouveau accueillir leurs élèves en présentiel entre la fin avril et début mai, et le président a promis que "dès la mi-mai", ce serait au tour de certains lieux culturels, sportifs, de loisirs et aux terrasses des restaurants et cafés de rouvrir progressivement. Mais ce délai peut-il être tenu ? 

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Une efficacité observable mi-avril

"Parmi les mesures prises [mercredi], certaines, comme la fermeture des écoles, ne peuvent être contournées et auront donc nécessairement un effet", souligne auprès de franceinfo Jean-Stéphane Dhersin, modélisateur à l’Institut national des sciences mathématiques. "La fermeture des écoles aura un impact, qui peut être de nature à lui seul à ramener le taux de reproduction [appelé "R", qui correspond au nombre de personnes que contamine une personne positive au Covid-19] en dessous de 1", estime aussi l'épidémiologiste Mircea Sofonea, qui travaille également sur la modélisation de l'épidémie. 

"L'objectif n'est pas uniquement d'avoir une épidémie en régression, mais de savoir à quelle vitesse elle régresse."

Mircea Sofonea, épidémiologiste

à franceinfo

Et c'est là que ça se corse. Une projection de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) dévoilée fin mars par France Inter semble mettre en doute le calendrier de l'exécutif : elle prévoit qu'en dépit d'un confinement strict au 1er avril, le nombre de patients réclamant une prise en charge en réanimation atteindra son pic à 3 470 le 22 avril... soit seulement quelques jours avant la réouverture annoncée des établissements scolaires. Une hauteur de pic "pessimiste", estime néanmoins Jean-Stéphane Dhersin.

Retrouver un taux d'incidence inférieur à 400 (seuil déclencheur des "mesures de freinage") dans les départements où ce n'est plus le cas ou un niveau de 5 000 cas détectés par jour (objectif fixé par Emmanuel Macron le 24 novembre) d'ici la réouverture des écoles "serait exceptionnel, compte tenu du niveau actuel de l'épidémie", reconnaît Mircea Sofonea. En revanche, un taux d'incidence à 400 lui semble atteignable "d'ici six semaines", soit mi-mai. Mais il faudra attendre "deux semaines" pour pouvoir observer sur les courbes l'efficacité des mesures prises, expliquent Mircea Sofonea et Jean-Stéphane Dhersin. C'est donc à ce moment-là seulement que la validité du calendrier annoncé pourra être éprouvée.

Pas d'objectifs fixés pour la levée des mesures

Avec un bémol. A la différence du confinement de novembre, Emmanuel Macron n'a pas fixé d'objectifs chiffrés pour la levée des mesures annoncées mercredi et pour la réouverture progressive des espaces fermés depuis novembre. Une situation moins bonne qu'espéré ne se traduira donc pas nécessairement par une révision du calendrier. Comme lors de la seconde vague, où l'objectif des 5 000 nouveaux cas détectés par jour avait rapidement été abandonné.

"Si l'objectif est le zéro Covid, alors [six semaines] ne suffiront pas, mais si l'objectif est de retrouver une situation qui permet de gérer et de rouvrir les différents commerces, alors peut-être", estime ainsi Pascal Crépey, enseignant-chercheur en épidémiologie et en biostatistique à l'Ecole des hautes études de santé publique à Rennes, sur BFMTV"On ne parle pas d'un déconfinement complet en mai, mais d'un léger relâchement pour des activités à moindres risques de contamination", ajoute-t-il, à condition que la vaccination progresse.

"Six semaines paraît un délai envisageable pour être sur la pente descendante de l'épidémie", avance aussi auprès de franceinfo Olivier Bouchaud, chef du service des maladies infectieuses et tropicales de l'hôpital Avicenne de Bobigny (Seine-Saint-Denis). En cause : "Le phénomène naturel de régulation de l'épidémie" qui tend au plafonnement, les mesures de contrôle et "l'immunisation naturelle et par le vaccin" de la population, d'après lui.

Un succès qui dépend de l'adhésion aux mesures

Plusieurs inconnues pourraient néanmoins changer la donne. "On ignore la pente de la descente à venir, car on est dans un faciès épidémiologique qu'on ne connaît pas bien", avec de nouveaux variants, rappelle Olivier Bouchaud. "Après une montée et une descente rapides durant la première vague, puis une montée et une descente lentes dans la deuxième, la troisième vague ressemble à une montée lente mais en partant d'un niveau haut, suivie d'une accélération rapide." Ce dernier estime donc "que la descente ne sera pas brutale comme à la première vague, mais sera plutôt un plateau lent. Six semaines pourraient donc être un délai un peu court", conclut-il.

Par ailleurs, "il y a une forte contribution de la responsabilité individuelle dans le succès des mesures", souligne Mircea Sofonea. Or, après un premier confinement en 2020 marqué par "la peur et la retenue vis-à-vis des contacts sociaux", une fatigue et une lassitude se sont installées, "qu'aucun modèle n'est capable de prévoir".

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