Messe de Pâques : le confinement "est une grande frustration et une contradiction parce que l'on célèbre l'affranchissement de l'humanité", explique un historien

Pour Jean-François Colosimo, "il y a un grand appel pour les religions, une éthique de la responsabilité" alors que le monde est touché par l'épidémie de coronavirus et par les mesures de confinement.

Le pape François tient une bougie alors qu\'il préside la veillée du samedi saint de Pâques tenue à huis clos à la basilique Saint-Pierre du Vatican, le 11 avril 2020 (photo d\'illustration).
Le pape François tient une bougie alors qu'il préside la veillée du samedi saint de Pâques tenue à huis clos à la basilique Saint-Pierre du Vatican, le 11 avril 2020 (photo d'illustration). (REMO CASILLI / POOL / AFP)

"C'est une grande frustration et une contradiction parce que ces fêtes célèbrent l'affranchissement de l'humanité", a expliqué, dimanche 12 avril franceinfo, Jean-François Colosimo, historien des religions et directeur des Éditions du Cerf. Le pape François doit célèbrer la messe du dimanche de Pâques en la basilique Saint-Pierre. Elle sera suivi par la bénédiction Urbi et Orbi devant une place totalement vide en raison du confinement mis en place pour éviter la propagation de l'épidémie de coronavirus.

franceinfo : Cette impossibilité d'être ensemble est-ce un vrai coup dur pour les fidèles ?

Jean-François Colosimo : Bien sûr, une religion c'est d'abord des rites, des cérémonies, des fêtes ou une appartenance à une communauté. Cette communauté démontre son appartenance par le culte, c'est physique. Pour les juifs, Pessah est la fête de la délivrance de l'esclavage. Pour les chrétiens, Pâques qui s'inscrit dans cette mémoire de la Pâque juive, c'est l'affranchissement de la mort, le monde de la résurrection. Donc, là on a une grande privation parce qu'une religion qui n'est pas vécue c'est une grande frustration et une contradiction parce que ces fêtes célèbrent l'affranchissement de l'humanité. Pour le Ramadan, où on se retrouve pour manger le soir, la dimension festive est écartée.

Est-ce du jamais vu pour les cultes ?

Oui, parce que cette crise est planétaire, vécue par tout le monde en même temps. Il y a un grand appel pour les religions, une éthique de la responsabilité. Les religions qui traitent un peu de l'exception humaine, qui se veulent exceptionnelles, dans cette crise inédite sont mises à la même enseigne que les autres. Croyant ou incroyant, le virus ne fait pas la différence et tout le monde est logé à la même enseigne.

Le fait de se retrouver seul face à soi-même, à sa foi, peut-il être une bonne chose ?

Ce n'est pas du tout une mauvaise chose. Les juifs ont souvent célébré Pessah de manière confinée, les chrétiens ont démarré dans les catacombes. Dans le christianisme, les moines sont des reclus volontaires, leur vie est solitaire et dans la prière. Donc, il y a une manière de se ressourcer sur l'histoire de l'Eglise et de ne pas se contenter de manifestations visibles.