Masque obligatoire dès 6 ans : "Est-ce qu'on était obligés d'en passer par là ? Je ne sais pas", s'interroge Hélène Plard du SNUIPP 93

Selon la directrice d'école et secrétaire du départemental du syndicat enseignants SNUIPP 93, "il va falloir un temps d'adaptation pour les enfants".

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Un écolier et une écolière retournent à l'école avec des masques, le 12 mai 2020 à Nice (Alpes-Maritimes). (ARIE BOTBOL / HANS LUCAS / AFP)

"Ce qui est sûr, c'est qu'il va falloir un temps d'adaptation pour les enfants. C'est une habitude qui va s'acquérir au bout de quelques jours. Mais est-ce qu'on était obligés d'en passer par là ? Je ne sais pas", a déclaré jeudi 29 octobre sur franceinfo Marie-Hélène Plard, directrice d'école et secrétaire du départemental du syndicat enseignants SNUIPP 93. Des propos qui interviennent après les annonces de Jean Castex sur les détails du nouveau confinement et notamment l'obligation de porter le masque dans les écoles dès 6 ans.

Que pensez-vous de cette obligation de porter le masque à l'école dès 6 ans ?

Marie-Hélène Plard. En tant qu'enseignante, ça me semble compliqué. En tant que maman j'ai du mal à projeter sur des jeunes enfants ce que ça peut faire de porter un masque toute la journée. Ce que je vois surtout c'est qu'on est dans l'obligation, puisqu'aucune mesure n'a été prise depuis la rentrée de septembre même si on a tiré la sonnette d'alarme un grand nombre de fois pour avoir les équipements sanitaires, un nettoyage renforcé... Tout ce qu'il faut pour avoir des conditions sanitaires correctes dans les écoles. Là, la situation n'est plus tenable et donc on passe aux masques.

Qu'est-ce qui vous semble problématique dans ce port du masque à partir de 6 ans ?

Ce qui est sûr, c'est qu'il va falloir un temps d'adaptation pour les enfants. Il va falloir leur apprendre à le porter correctement : pas sur le menton, pas sur les yeux... Le conserver pendant 3 heures, penser à le changer etc. C'est une habitude qui va s'acquérir au bout de quelques jours. J'ai confiance en les enfants là-dessus. Mais est-ce qu'on était obligés d'en passer par là ? Je ne sais pas. Peut-être que si on avait recruté plus d'enseignants on aurait pu mettre en place des classes moins chargées, peut-être qu'on aurait pu avoir plus de points d'eau dans les salles, peut-être qu'on aurait pu avoir des protocoles de nettoyage renforcé, ... Mais ce n'est pas ce qu'il se passe là puisque le protocole ne va pas bouger.

Est-ce que vous comprenez que le port du masque rassure les parents ?

Je comprends tout à fait mais je me rends bien compte dans mon quotidien à l'école qu'on pourrait avoir des mesures sanitaires autres qui protègent les enfants et les personnels. Je pense au nettoyage des écoles. Il n'y a pas de renfort des agents d'entretien. Concernant les déclarations de Jean-Michel Blanquer de nettoyer par exemple les poignées de portes plusieurs fois par jour dans les écoles, j'émets des réserves parce que c'est une annonce, c'est complètement cosmétique et s'il n'y a pas de suivi derrière. On est en manque de personnels et d'enseignants, on n'arrête pas de décrier cette situation.

Dans quel état d'esprit êtes-vous à quelques jours de la rentrée des classes alors qu'il y a un reconfinement national ?

D'un point de vue pédagogique je suis plutôt satisfaite que les écoles ne ferment pas. Pendant le premier confinement, ce qu'on a pu produire en déployant beaucoup d'énergie ne remplaçait pas l'école. Mais cette rentrée du 2 novembre va s'ouvrir dans un contexte extrêmement particulier parce que nous allons aussi devoir faire face à des crimes abjects comme on en a encore eu l'illustration ce jeudi 29 octobre et pour Samuel Paty. Et là encore, c'est comme pour le protocole sanitaire, rien n'est prêt. Il a été annoncé que les enfants ne seraient accueillis qu'à partir de 10h mais les parents ne sont pas au courant et rien n'est mis en place pendant ce temps où les enseignants ont aussi besoin de se réunir.

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