Manque de moyens dans les hôpitaux face au coronavirus : "On ne peut pas parler de colère" pour l’instant, "s'il doit y avoir des discussions, elles devront avoir lieu après"

Bien que des voix commencent à s'élever contre le gouvernement et sa gestion de la crise du coronavirus, selon le docteur Charles Lecerf, chef du service de réanimation à l'hôpital Foch de Suresnes, actuellement "il faut surtout parler de mobilisation, d'inquiétude et de besoin d'un soutien général" des soignants.

Les soignants des hôpitaux sont en première ligne, parfois dans des services débordés, pour prendre en charge les cas sévères de malades de coronavirus. Image d\'illustration.
Les soignants des hôpitaux sont en première ligne, parfois dans des services débordés, pour prendre en charge les cas sévères de malades de coronavirus. Image d'illustration. (ALEXANDRE MARCHI / MAXPPP)

Alors que les hôpitaux notamment sont submergés par l'afflux ininterrompu de malades du coronavirus depuis deux semaines, on entend déjà des soignants qui demandent des comptes au gouvernement. Des plaintes ont été déposées contre plusieurs ministres quand d’autres demandent à l’exécutif de publier les commandes de matériel, de masques et de respirateurs, depuis le début de cette crise sanitaire pour vérifier si le gouvernement l'a bien anticipée ou si, au contraire, il a laissé filer.

DIRECT. #OnVousRépond : posez vos questions sur le coronavirus et le confinement

Selon le docteur Charles Lecerf, chef du service de réanimation à l'hôpital Foch de Suresnes (Hauts-de-Seine), "il y a évidemment une inquiétude et des interrogations mais actuellement on ne peut pas parler de colère. Il faut surtout parler de mobilisation, d'inquiétude et de besoin d'un soutien général", a-t-il expliqué sur franceinfo samedi 28 mars. 

franceinfo : Vous reste-t-il encore des lits en réanimation ?

Charles Lecerf : La plupart des hôpitaux ont occupé complètement leurs lits installés de réanimation et de soins intensifs. Ils se réorganisent en concentrant tous les moyens humains et matériels pour ouvrir de nouveaux lits de réanimation. Ainsi, la plupart des établissements, que ce soit les hôpitaux privés ou publics, ont à peu près doublé leur capacité de lits de réanimation. Il y a bien sûr une limite, essentiellement matérielle mais aussi humaine. Des efforts considérables sont faits par les équipes soignantes et médicales mais aussi par les équipes de direction des hôpitaux pour innover dans les organisations. Des choses incroyables ont pu être faites. On espère qu'on va réussir à absorber la vague qui, manifestement, est énorme. La limite qu'on voit arriver, c'est le matériel, notamment le nombre de respirateurs et peut-être un problème sur les médicaments. On est donc actuellement en train de réfléchir à des alternatives thérapeutiques, pour pouvoir assurer la meilleure prise en charge du maximum de patients.

Il y a une inquiétude en particulier sur les produits qui permettent de faire les anesthésies. Vous le constatez vous aussi dans votre établissement ?

Effectivement, la consommation est tellement importante et surtout s’est accélérée de manière tellement rapide que les approvisionnements sont maintenant de plus en plus tendus. Il n'y a pas de pénurie actuellement au sens propre mais tout est fait pour éviter justement de se retrouver en manque en développant des alternatives ou en modifiant les protocoles thérapeutiques. On espère pouvoir absorber la situation. Pour l'instant, nous n'avons pas de visibilité claire sur ce point.

On entend déjà des soignants qui demandent des comptes au gouvernement. La question de la responsabilité du gouvernement, est-ce que vous la posez déjà ?

On peut comprendre les angoisses et les tensions que nous vivons au sein des établissements de santé. C'est vraiment très difficile, tous les jours. Il y a une mobilisation exceptionnelle des équipes soignantes. Une des difficultés est effectivement d'avoir de la visibilité sur ce qui va se passer le lendemain. Est-ce qu'on va avoir le matériel ? Est-ce qu’on aura les médicaments nécessaires ? (…) Mais je ne pense pas que le mot soit la colère ou, en tout cas, je ne pense pas que ce soit le moment de rentrer dans ce genre de discussions. L'heure est vraiment à la mobilisation générale. Il y a évidemment une inquiétude et des interrogations mais je pense qu’actuellement on ne peut pas parler de colère. Il faut surtout parler de mobilisation, d'inquiétude et de besoin d'un soutien général. Je pense que, s'il doit y avoir des discussions, elles devront avoir lieu après, pas pour le moment.