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Manifestations anti-restrictions en Allemagne : "on assiste à une forme de fragmentation de la société allemande", analyse un historien

Les rassemblements en Allemagne contre les mesures de restriction des déplacements et des intéractions "rappellent étrangement le mouvement Pegida", estime Emmanuel Droit.

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Radio France
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Une manifestation contre les restrictions mises en œuvre pour limiter la propagation du coronavirus à Stuttgart en Allemagne, le 9 mai 2020 (photo d'illustration). (MARKUS RIEDLE / AFP)

Depuis quelques jours, des milliers de personnes manifestent en Allemagne contre les mesures de restriction des déplacements et des interactions visant à réduire la propagation du coronavirus Covid-19. Elles les accusent d'être liberticides et dénoncent une "dictature". Emmanuel Droit, historien spécialiste de l'Allemagne contemporaine et professeur à Sciences Po Strasbourg interrogé par franceinfo, analyse ce mouvement qu'il rapproche de l'extrême-droite. Selon lui, "on assiste à une forme de fragmentation de la société allemande".

franceinfo : Des milliers de personnes qui manifestent toutes les semaines, est-ce qu'on peut encore dire que c'est un mouvement marginal ?

Emmanuel Droit : C'est avant tout un mouvement minoritaire. Marginal, il ne l'est pas, du fait de sa médiatisation. Ce n'est pas non plus un mouvement inédit. Il y a un petit air de déjà vu. Ça rappelle étrangement le mouvement Pegida (Les Européens patriotes contre l'islamisation de l'Occident) en 2015, où là aussi pour d'autres raisons une partie de ces citoyens en colère venant de tout horizon, mais majoritairement de l'extrême-droite, s'étaient réunis pour dénoncer la politique migratorie d'Angela Merkel.

Est-ce-que ce phénomène était prévisible ?

Il surprend en partie les autorités, et en même temps il y a un effet de répétition avec les mêmes répertoires d'action. On a les citoyens en colère qui investissent la rue, qui brandissent un droit à résister à une prétendue "dictature". Ils s'appuient sur les thèses conspirationnistes qui se développent sur les réseaux sociaux et certains responsables politiques allemands ne sont pas toujours très clairs vis-à-vis de ces citoyens en colère. C'est le cas du Premier ministre, président de Saxe, qui appelle à être compréhensif envers ces citoyens, mais on sait aussi que la Saxe est l'un des épicentres du mouvement Pegida et de l'extrême-droite en Allemagne.

Est-ce que paradoxalement, ce mouvement ne renforce pas Angela Merkel ?

La crise du coronavirus a remis en selle Angela Merkel. Elle connaît de nouveau une très forte popularité en Allemagne. Mais ces mouvements de citoyens en colère montrent bien que dans le même temps, on assiste à une forme de fragmentation de la société allemande que l'on a l'habitude de voir comme une société plutôt consensuelle, avec une très forte confiance en la démocratie parlementaire. Vous avez aujourd'hui en Allemagne, comme dans d'autres pays, une partie non négligeable de la population, même si ça reste une minorité, qui est hostile à la démocratie parlementaire, qui est hostile à cette classe politique qui prétend les manipuler.

Est-ce que le parti d'extrême-droite AFD peut tirer parti de ces manifestations ?

En tout cas, il essaie de tirer parti de ce mouvement. Il était plutôt bas dans les sondages ces dernières semaines. Il était retombé à 8 ou 9% d'intentions de vote. Il est lui-même en proie à des tensions très fortes en interne puisque l'un des leader de sa frange la plus extrémiste vient d'être exclu par la direction du parti. C'est une manière de montrer qu'ils sont toujours présents, qu'ils sont une force active au sein de la société allemande.

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