Manifestation antiraciste bloquée par la préfecture à Paris : " ça s'explique assez difficilement ", dit un syndicat de police

Noam Anouar, délégué du syndicat de police Vigi (minoritaire) s'étonne que le cortège anti-raciste ait été empêché de quitter la place de la République samedi 13 juin, alors que, la veille, la manifestation de policiers avait pu défiler à partir de la place de l'Etoile.

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Radio France
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Des affrontements ont éclaté entre policiers et manifestants, place de la République à Paris, samedi 13 juin 2020. (THOMAS SAMSON / AFP)

La décision de la préfecture de police de Paris d'empêcher le cortège d'une manifestation anti-raciste d'avancer hors de la place de la République "s'explique assez difficilement", dit Noam Anouar, délégué du syndicat de police Vigi (minoritaire), samedi 13 juin, sur franceinfo. À Paris, le comité de soutien pour Adama Traoré a appelé à une "mobilisation populaire" samedi pour réclamer "la vérité et la justice" concernant la mort de ce jeune homme en juillet 2016 à la suite de son interpellation par la gendarmerie dans le Val-d'Oise. Le cortège devait quitter la place de la République direction Opéra, mais la police a refusé de laisser les milliers de manifestants passer.

>> Suivez en direct les manifestations contre les violences policières en France.

franceinfo : Vous comprenez que les policiers ne laissent pas le cortège avancer ?

Noam Anouar : Ils ne le font pas de leur initiative. C'est le commandement préfectoral qui a vraisemblablement restreint le cortège, le faisant passer d'une manifestation à un rassemblement. Une manifestation est mobile, un rassemblement est statique (…) ça s'explique assez difficilement. Ce vendredi (12 juin), la manifestation dite "surprise" organisée à l'initiative des syndicats de police, qui ont un devoir d'exemplarité, a défilé à partir du rond-point de l'Étoile jusqu'au ministère de l'Intérieur. Est-ce que ce rassemblement était déclaré ou pas ? Nous n'avons pas eu d'information de la part de la préfecture de police. Mais ils n'ont pas été contraints de rester sur place.

Quand il s'agit de manifestants qui s'acquittent de leurs obligations légales, on les surprend à la dernière minute à les restreindre en un lieu. Ca génère de la tension, des possibilités de dérives et de violences urbaines. C'est une attitude face à laquelle j'exprime une forme d'incompréhension.

Noam Anouar, syndicat Vigi

à franceinfo

Assa Traoré a parlé de "petits syndicats" qui ont manifesté contre les annonces de Christophe Castaner, vous en pensez quoi ?

Ce n'est pas la prise de parole d'Assa Traoré qui m'interroge. C'est plutôt la réaction de l'ensemble des syndicats majoritaires qui agissent avec l'autorisation, et peut-être même de concert avec l'autorité ministérielle, et qui s'indignent du rappel de l'obligation d'appliquer la loi. C'est-à-dire que les actes et les propos racistes sont prévus et réprimés par la loi. Donc l'administration a totale liberté de prendre des mesures conservatoires pour mettre de côté, en attendant les résultats d'enquête, les éléments les plus radicaux qui prospèrent au sein de la police nationale, comme ça a été le cas pour les fonctionnaires radicalisés.  Ce ne doit pas être juste un slogan, ce doit aussi être une politique plus concrète, qui se traduira par des sanctions administratives et des poursuites pénale au besoin.

La radicalisation n'est pas seulement islamiste, elle est parfois aussi fasciste ou d'extrême droite. Nos collègues policiers semblent le découvrir aujourd'hui. Mais le racisme n'a pas sa place dans l'institution policière.

Noam Anouar, syndicat Vigi

à franceinfo

Est-ce que ce n'était pas malvenu de manifester sur les Champs-Elysées à la veille de manifestations contre les violences policières ?

Non, puisqu'ils ont bien fait comprendre à la population et à la presse que le ministre n'était plus le maître à bord, que le gouvernail lui avait échappé et qu'il agissait sous pression des organisations syndicales. Puisqu'à la suite de cette manifestation, il a accepté l'idée qu'il faudrait peut-être revoir son propos, que nous avions peut-être mal compris ce qui avait été exprimé en début de semaine. Donc ça s'appelle du lobbying. Ils ont exercé une pression politique sur le ministère de l'Intérieur, qui à la base est leur autorité de référence, et a priori ça a fonctionné. Je ne vois pas l'institution policière continuer ainsi. On est dans un contexte d'anarchie la plus totale et c'est dangereux à court terme.

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