"Les employés polonais qui devaient venir ne le peuvent pas" : les agriculteurs en manque de bras à cause du confinement

Alors que la crise du coronavirus met des milliers de salariés au chômage partiel, le gouvernement les encourage à participer à la récolte des fruits et légumes. De nombreux arboriculteurs s'inquiètent d'un manque de main-d'œuvre.

Une cueillette de pommes dans une exploitation de la Creuse.
Une cueillette de pommes dans une exploitation de la Creuse. (MÉLANIE KUSZELEWICZ / RADIO FRANCE)

Des vergers en fleurs accueillent le visiteur qui arrive chez Anne et Fabrice Marty, arboriculteurs à Bressols (Tarn-et-Garonne), près de Montauban. Les beaux jours arrivent et avec eux, les bourgeons se développent. Il va vite falloir s'occuper de tailler les beaux pommiers du domaine.

Sauf qu'en raison de l'épidémie de coronavirus Covid-19 et des mesures de confinement, le couple ne sait toujours pas comment il va pouvoir effectuer ces travaux de taille. "Dans quelques semaines, la floraison sera vraiment entamée. Il va donc falloir rapidement procéder à l'éclaircissage [éliminer une partie des fruits avant qu'ils ne grossissent, pour éviter que l'arbre ne s'épuise] et là on va avoir besoin de main-d'œuvre", explique Fabrice, qui voit ses pommiers se charger de fleurs.

"Sauf que toutes les frontières sont fermées et on ne sait pas vraiment comment faire. Il y a non seulement l'éclaircissage, mais après il y a aussi la récolte, qui va commencer début août pour nous". La récolte nécessite effectivement beaucoup de bras, environ 20 personnes en tout. Fabrice embauche habituellement plusieurs travailleurs originaires des pays de l'Est.

On commence vraiment à se faire du souci. Et si cette situation durait un peu plus longtemps que prévu ? Si les frontières restent fermées ?Fabrice Marty, arboriculteur dans le Tarn-et-Garonneà franceinfo

D'après Fabrice, cette situation touche tous les agriculteurs du secteur. "Il y a des soucis pour toutes les cultures : pommes, pêches, cerises, asperges, fraises, explique-t-il. Pour la fraise par exemple, il y a déjà de vraies pénuries de main-d'œuvre ! On ne sait pas comment on va faire pour ramasser, je crois que tous les agriculteurs et arboriculteurs, on va avoir des gros soucis !"

Alors, l'arboriculteur voit d'un bon œil l'appel du ministre de l'agriculture pour encourager les Français à aller travailler dans les champs. Mais selon lui, il faudrait aller plus loin : "Il faudrait libérer ceux qui ne travaillent pas à cause du virus pour les mettre dans les champs, un peu comme pour lors des vacances d'été, pour la récolte des fruits d'été."

"Ceux qui devaient venir ne le peuvent pas"

Normalement, c'est Anne qui fait les comptes et organise aussi le travail en équipes : "On se retrouve avec quatre employés polonais, qui ne peuvent pas rentrer chez eux. Et ceux qui devaient venir pour l'éclaircissage et la taille – plusieurs devaient venir – c'est mort, ils ne pourront pas !" Et pourquoi ne pas faire appel aux travailleurs français ? Anne Marty explique avoir déjà essayé, à plusieurs reprises, sans succès.

Quand je fais appel à Pôle emploi, on reçoit des dizaines de CV, mais personne ne vient ensuite frapper à la porte. Il me faudrait 8 personnes pour l'éclaircissage et 20 pour la cueillette.Anne Marty, arboricultrice dans le Tarn-et-Garonneà franceinfo

Quant à leurs voisins, qui récoltent des fraises et des asperges, la fermeture des marchés de plein air les a laissés avec de la marchandise sur les bras et des récoltes qui ne peuvent plus se faire, là aussi, faute de main-d'œuvre.