"Nos vies sont plus importantes que l'économie" : des ouvriers britanniques protestent contre un confinement inégalitaire

Le confinement a débuté au Royaume-Uni et les consignes sont globalement bien respectées par la population. Mais une partie des ouvriers doit continuer à travailler, dans l'incompréhension et la colère.

Des ouvriers du secteur de la construction, dans le sud de Londres. Le gouvernement a décrété que les constructions importantes doivent se poursuivre malgré le confinement.
Des ouvriers du secteur de la construction, dans le sud de Londres. Le gouvernement a décrété que les constructions importantes doivent se poursuivre malgré le confinement. (JUSTIN TALLIS / AFP)

Premier jour de confinement au Royaume-Uni ce mardi 24 mars. Un silence pesant règne autour de la gare de King's Cross, au coeur de la capitale britannique. Tous les magasins sont fermés. Dans une petite rue piétonne, le dernier restaurant à la mode se transforme en épicerie. Nick Thai, le cuisinier, ainsi que quelques employés, écoulent petit à petit les produits envoyés par leurs fournisseurs : "Jus d’orange, pâtes et même le papier toilette" liste le restaurateur. "On fait ça avec une petite équipe. Ce n'est vraiment pas pour faire de l'argent, mais pour être présent pour les voisins et les gens du quartier", explique-t-il.

Dans la queue qui s'est formée - distance de sécurité oblige -, un homme de 80 ans, Joseph, attend son tour : "Ce n’est que le début, mais si on se plie aux consignes, si on laisse de l’espace entre les gens, si on ne sort que pour faire les courses et pour marcher un peu, je pense que tout ira bien", estime le vieil homme.

Vous savez, nous les vieux, on a traversé des périodes difficiles par le passé, alors on ne cède pas à la panique.Un Londonien de 80 ansà franceinfo

"Il faut juste garder ses distances, se laver les mains, et rester à l’intérieur", rappelle le vieux Londonien. Comme un air de "Keep calm and carry on" dans la capitale britannique...

Des ouvriers obligés d'aller travailler : "Le gouvernement ne nous propose que 100 euros d'indemnité..."

Certains Londoniens aimeraient bien pouvoir rester à l’intérieur... Quelques rues plus loin, des ouvriers sont à pied d'oeuvre pour construire l’un des nouveaux immeubles du quartier. Ils n’ont pas eu le choix : ils ont été classés par le gouvernement dans la catégorie des professions indispensables : "Moi je ne voulais pas venir, mais je travaille à mon compte et le gouvernement ne nous propose que 100 euros par semaine pour nous indemniser pendant l'épidémie", explique Damian, l'un des ouvriers. "Je ne peux pas vivre avec ça, et puis j’ai une famille à la maison. Une fois que j’ai payé le loyer, il ne me reste plus rien", se désolé-t-il. Son collègue Conor est du même avis : "C’est difficile. Ce que dit le gouvernement est très perturbant et crée des conflits, parce qu’il y a presque une règle par personne".

C’est vrai, on est des ouvriers, on travaille dans la construction, mais quand même... Nos vies sont plus importantes que l’économie...Conor, un ouvrier londonien, contraint d'aller travaillerà franceinfo

"Pour limiter les contaminations, il faudrait que tout le monde arrête d’aller au travail et que l'on ait un confinement total", estime l'ouvrier. Un confinement qui, pour les économistes, rime avec "récession" : le secteur des services accuse la plus forte baisse d'activité jamais enregistrée en Grande-Bretagne.

Premier jour de confinement à Londres : reportage d'Antoine Giniaux
--'--
--'--