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Le Covid long est-il psychologique ? Ce qu'il faut retenir de l'étude contestée qui remet en cause le lien entre symptômes et infection

"Nos résultats ne disent en aucun cas que les troubles rapportés par les patients sont imaginaires ou psychosomatiques", assure le coordinateur de cette étude publiée dans une revue scientifique de référence.

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Un test sérologique de dépistage du Covid-19, à Orléans (Loiret), le 27 juillet 2021. (MAXPPP)

On en compte plus de 250. Les symptômes du Covid long sont nombreux : fatigue intense, essoufflements, douleurs thoraciques, perte du goût et de l'odorat, difficultés de concentration... Mais cette forme longue de la maladie relève-t-elle en réalité de ressorts psychologiques ? C'est ce que laisse entendre une étude publiée lundi 8 novembre dans une revue scientifique de référence, le Journal of the American Medical Association (Jama). Depuis, les critiques de la part des scientifiques et des patients se multiplient. Franceinfo fait le point sur ce qu'il faut retenir de cette enquête.

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Ce que dit l'étude

Près de 27 000 adultes, suivis pendant des mois par les autorités françaises de santé publique pour évaluer de multiples effets du Covid, ont été interrogés dans le cadre de cette étude. Ils appartiennent à la plus grande cohorte épidémiologique française, nommée Constances et qui regroupe 200 000 volontaires français âgés de 18 à 69 ans.

L'étude suggère que, pour un patient, le fait de penser avoir contracté le Covid-19 est plus fortement associé à des symptômes prolongés plusieurs mois après avoir été exposé à la maladie, que le fait d'avoir eu un résultat positif à un test sérologique. Autrement dit : l'enquête conclut que la plupart des symptômes associés au Covid long sont davantage liés au fait de se dire ancien malade qu'à celui d'avoir été infecté, même si ces deux situations se recoupent dans la plupart des cas.

L'étude relève une exception : la perte de l'odorat, seul symptôme durable qui serait associé à une infection réelle, prouvée par un test sérologique positif.

Des résultats "qui ne remettent pas en cause l'existence du Covid long"

"Nos résultats ne disent en aucun cas que les troubles rapportés par les patients sont imaginaires ou psychosomatiques", explique à franceinfo Cédric Lemogne, chef du service de psychiatrie de l'adulte à l'Hôtel-Dieu, à Paris, et coordinateur de l'étude. "Notre analyse suggère que la présence de symptômes prolongés ne serait pas spécifiquement associée au fait d'avoir été infecté par le Covid-19. Cette étude ne suggère pas que ces symptômes n'existent pas. Si les patients les ressentent, c'est qu'ils existent", insiste-t-il.

Selon le psychiatre, l'objectif de ce travail scientifique est avant tout de montrer qu'il "faut rester très ouvert sur tous les mécanismes qui pourraient expliquer le Covid long." A travers cette étude, Cédric Lemogne a pour ambition de prévenir les soignants : "Ils reçoivent des patients qui pensent avoir eu le Covid mais qui ont en fait connu un autre épisode viral." Et le coordinateur de l'étude de conclure : "Ces symptômes peuvent être liés à une autre maladie, et il faut être prudent avant de l'attribuer à un Covid long, car ce sont des symptômes très généraux."

Une étude critiquée car basée sur des tests sérologiques

Cette publication est critiquée, notamment parce qu'elle se base sur les tests sérologiques pour attester d'une exposition au virus. "Un test sérologique (...) n'est pas fiable comme marqueur d'une précédente infection", juge le virologue britannique Jeremy Rossman, cité par l'organisme Science Media Centre (en anglais)

"La sérologie est un moyen très imparfait de détecter si les personnes ont eu le virus, je suis d'accord. C'est d'ailleurs discuté dans l'article", admet Cédric Lemogne. Mais selon le psychiatre, "la probabilité d'avoir été exposé est vingt fois supérieure dans le cas d'une sérologie positive par rapport à une sérologie négative." Il précise d'ailleurs que les tests sérologiques positifs "ont été doublonnés avec des diagnostics, des avis médicaux, des tests PCR ou des scanners"

Selon le coordinateur de l'étude, le fait d'avoir identifié la perte d'odorat comme un symptôme faisant exception "est bien la preuve que la méthode utilisée est capable de distinguer quelles manifestations supposées du Covid long sont réellement liées à une infection".

Des médecins craignent une instrumentalisation de l'étude

Beaucoup de médecins craignent une instrumentalisation des résultats publiés dans l'article du Jama"pour affirmer que [le Covid long] n'est absolument pas un problème", redoute le médecin américain F. Perry Wilson, professeur à l'université de Yale, sur le site spécialisé Medscape (en anglais).

C'est également le cas de Jérôme Larché, médecin interniste, réanimateur et infectiologue référent pour le groupe indépendant Oc Santé (qui regroupe une vingtaine d'établissements en région Occitanie). Il dénonce auprès de franceinfo une "psychologisation dommageable au patient et à la dynamique que certains soignants tentent de mettre en place pour une meilleure prise en charge" du Covid long.

"Les symptômes ont été confondus avec les croyances. Le terme a été cité 44 fois dans l'étude, et quand on mentionne avec une telle récurrence ce terme dans un article, c'est qu'il existe un biais de confirmation, ce qui est assez dérangeant dans une étude médicale et scientifique."

Jérôme Larché, infectiologue spécialiste du Covid long

à franceinfo

Un biais également dénoncé par AprèsJ20, l'association française de patients atteints de Covid long. Dans un tweet publié jeudi, elle estime que les conclusions de l'étude sont "stigmatisantes, dangereuses et nuisibles pour les Covid(s) long(s), d'autant qu'elles sont contestées et non reconnues par l'ensemble de la communauté scientifique et associative internationale".

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