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Le billet sciences. Le brûlot du patron de "The Lancet" sur la crise du coronavirus

Le rédacteur en chef de la revue médicale "The Lancet" publie "The Covid-19 Catastrophe", un livre pour tirer les leçons de la crise où il n'est pas tendre avec les gouvernants occidentaux.

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Une voyageuse porte un masque dans le métro de Londres, le 15 juin 2020.
Une voyageuse porte un masque dans le métro de Londres, le 15 juin 2020. (TOLGA AKMEN / AFP)

Quelles leçons tirer de la pandémie de coronavirus ? Le rédacteur en chef de la revue médicale britannique The Lancet vient de sortir un livre : The Covid-19 Catastrophe: What's Gone Wrong And How to Stop It Happening Again ? ("La catastrophe du Covid-19. Qu'est-ce qui s'est mal passé, comment éviter que cela se reproduise ? aux éditions Polity Press). Et comme son titre l'indique, il n'est pas tendre avec les gouvernements des pays occidentaux mais aussi avec leurs conseillers scientifiques. 

"La réaction des gouvernements au Covid-19 est le plus grand échec politique des démocraties occidentales depuis la Seconde Guerre mondiale". Les phrases sont assez définitives et assassines dans ce livre. Celui qui est rédacteur en chef de la revue The Lancet depuis un quart de siècle a écrit cet essai pendant son confinement à Londres. Et il était visiblement très énervé par la situation et ces milliers de morts annoncés tous les jours dans le monde. Richard Horton regrette ces vies perdues transformées en statistiques.

Un mort à Wuhan est aussi important qu'un mort à New York

Richard Horton, redacteur en chef de "The Lancet"

Richard Horton est choqué par le fossé qu'il y a eu entre l'accumulation de preuves scientifiques et la réaction des gouvernements et estime que l'on aurait pu éviter de perdre autant de vies. 

Critiques envers les politiques et leurs conseillers scientifiques

Ce qui l'agace le plus, c'est que personne n'ait tiré les leçons des épidémies précédentes, alors qu’un exercice de simulation de pandémie, l'exercice Cygnus, en 2016, avait déjà montré que le Royaume-Uni n’était pas préparé à affronter une telle crise sanitaire. Il remonte de façon clinique les messages et les alertes envoyés depuis la Chine dès le mois de décembre dernier. L'OMS se mobilise dès la fin du mois et publie un guide dès le 10 janvier. Richard Horton qualifie la décision de Donald Trump de couper les fonds américains à cet organisme "de crime contre l'humanité".

Le patron de la revue ne comprend pas pourquoi personne n'a pris au sérieux les études qui venaient de Chine sur la maladie depuis décembre. Il en veut au gouvernement britannique d’avoir perdu cinq semaines en vantant l’immunité collective, à Donald Trump d’avoir qualifié le virus de nouveau canular chinois. Mais il n'y a pas que les politiques qui en prennent pour leur grade. Il rappelle que l'immunologiste Anthony Fauci, le conseiller de la Maison Blanche, a dit qu'il ne fallait pas inquiéter les Américains. Il ne comprend pas pourquoi autant de scientifiques de talent dans des pays comme la France, l’Italie, le Royaume-Uni ont laissé dire par leurs gouvernants qu’il n’y avait pas besoin de masque ou qu’il n’était pas nécessaire de tester les gens.

Les erreurs de "The Lancet"

Richard Horton a donné plusieurs interviews (comme ici, pour Le Monde, ou là, pour Le Temps) pour la promotion de son livre dans lesquelles il se défend dans l'affaire du retrait de l'article sur les risques de l'hydroxychloroquine. Il rappelle que le comité de lecture de sa revue n’a pas les moyens de refaire les expériences, qu’il n’a pas accès aux données brutes et qu’il se base sur la sincérité des scientifiques qui veulent être publiés. Mais il envisage une nouvelle procédure avec un engagement écrit pour éviter les scandales. Il rappelle qu’une enquête est en cours contre l’entreprise Surgisphere qui ne veut pas transmettre ses données et que les auteurs se sont eux-mêmes désolidarisés de cette entreprise dans laquelle ils n'ont visiblement plus confiance. Richard Horton regrette la perte de confiance du public dans la science et dans les autorités sanitaires. Il rappelle que la science ne donne pas de vérités définitives et que les scientifiques conseillent alors que les politiques décident.     

Une voyageuse porte un masque dans le métro de Londres, le 15 juin 2020.
Une voyageuse porte un masque dans le métro de Londres, le 15 juin 2020. (TOLGA AKMEN / AFP)