Le billet vert, France info

Le billet sciences. Hydroxychloroquine : après la mise en garde du "Lancet", l'OMS relance les essais

C'est un nouvel épisode du feuilleton à suspens sur l'hydroxychloroquine qui s'est joué mercredi. L'OMS a relancé les essais de traitement du Covid-19 avec l'antipaludique. Pourtant, il y a dix jours, une étude publiait dans "The Lancet" montrait des risques importants à prendre ce médicament.

--'--
--'--
Copié dans le presse-papier !
Une boite de comprimés d\'hydroxychloroquine. Photo d\'illustration.
Une boite de comprimés d'hydroxychloroquine. Photo d'illustration. (NOAH SEELAM / AFP)

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a annoncé mercredi 3 juin la reprise des essais avec l’hydroxychloroquine pour traiter le Covid-19. Pourtant, l’organisation avait recommandé leur arrêt il y a une semaine après une étude publiée dans The Lancet, sur les risques à prendre ce traitement. Mais il y a deux jours, la revue britannique a émis une mise en garde sur cette étude que le professeur Didier Raoult, qui avait traité de "foireuse". Une étude pourtant menée par une équipe de la Harvard Medical School, et qui montrait qu’il y avait davantage de risques cardiaques et même de décès chez les patients qui prenaient de l’hydroxychloroquine que chez les autres.

En jeu, la crédibilité du "Lancet"

Si The Lancet émet cette mise en garde sur l'étude, c'est parce qu’il y a des doutes sur la capacité de la société américaine Surgisphere à avoir pu récolter aussi rapidement autant de données médicales, comme les dossiers plus de 96 000 patients dans 670 hôpitaux du monde entier. A-t-elle eu le temps ne serait-ce que d’avoir leur consentement ? Déjà, The Lancet avait dû corriger des erreurs, notamment sur le nombre de morts en Australie. Dans une lettre ouverte, 120 chercheurs internationaux demandaient à avoir les données brutes sur ces patients.

Il en allait donc de la crédibilité de la revue britannique dont les études sont corrigées et amendées par un comité de scientifiques avant d’être publiées ou non. Une étude publiée dans une telle revue scientifique est la reconnaissance d'un travail sérieux, un Graal. Elle est donc censée être plus crédible que la simple parole du chercheur qui mène l’essai. Une affaire The Lancet grondait avec un #LancetGate lancé sur les réseaux sociaux. En faisant cette mise en garde, la revue renvoie le débat sur l’hydroxychloroquine et non sur capacité à bien jauger les études qui lui sont soumises.

Pas de feu vert à la reprise de l'essai en France

Il va falloir attendre la position de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) pour savoir ce qu’il en est des 16 essais cliniques qui était menés en France et qui n’intégrait plus de nouveaux patients depuis l’article dans The Lancet. Tout comme l’essai européen Discovery qui fait partie de l’analyse internationale plus large Solidarity que l’OMS a donc relancée mercredi. Mais en dehors des essais cliniques, on attend aussi de savoir si le ministère de la Santé revoit son décret publié le 27 mai et qui interdit aux médecins, libéraux comme hospitaliers, de prescrire ce médicament. Sollicité mercredi soir, le cabinet d’Olivier Véran n’a pas donné sa position. En tous cas, si cette affaire remet en cause les risques à prendre de l’hydroxychloroquine, elle ne tranche pas sur sa réelle efficacité contre le Covid-19.

Une boite de comprimés d\'hydroxychloroquine. Photo d\'illustration.
Une boite de comprimés d'hydroxychloroquine. Photo d'illustration. (NOAH SEELAM / AFP)