La Fédération des acteurs de la solidarité réclame "une aide massive au pouvoir d'achat des plus modestes"

Le directeur général de la Fédération des acteurs de la solidarité, Florent Gueguen, estime sur franceinfo que l'effort de l'Etat pour ouvrir des places d'hébergement n'a pas suffi jusqu'à présent pour héberger l'ensemble des personnes vivant à la rue ou en campement et bidonville.

Florent Gueguen, le 5 décembre 2012, à Paris.
Florent Gueguen, le 5 décembre 2012, à Paris. (© MARLENE AWAAD / MAXPPP)

Le directeur général de la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS), Florent Gueguen, réclame "une aide massive au pouvoir d'achat des plus modestes" ce dimanche sur franceinfo, pour aider les personnes qui seront les plus impactées par la crise économique provoquée par le crise sanitaire.

franceinfo : Savez-vous combien de personnes sans-abri sont restées dans la rue le temps du confinement ou risquent d'y retourner ?

Florent Gueguen : C'est difficile de donner des chiffres, mais nous savons que dans un certain nombre de grandes villes, je pense notamment à Paris, Toulouse ou Marseille, qui cristallisent les difficultés des personnes à la rue, on compte à chaque fois, pour chacune de ces communes, plusieurs milliers de personnes, en particulier des hommes seuls, isolés, avec souvent des problématiques de santé et des problématiques d'addiction, qui sont restés sans solution. Même s'il y a eu un effort de l'Etat pour ouvrir des places d'hébergement qu'il faut saluer, près de 20 000 places d'hébergement, le fait est que cet effort n'a pas suffi jusqu'à présent pour héberger l'ensemble des personnes vivant à la rue ou en campement et bidonville.

Ces près de 20 000 places d'hébergement vont-elles rester ouvertes ?

Nous avons obtenu l'assurance du ministère du Logement que la trêve hivernale - qui permet de maintenir ces places d'hébergement ouvertes, mais aussi qui permet de reporter les expulsions locatives - sera donc prolongée jusqu'au 10 juillet, donc ça permet de gagner quelques semaines supplémentaires. Mais nous, très clairement, les associations demandent à ce que cette trêve hivernale soit prolongée sur toute l'année 2020, puisqu'on voit bien que, après la crise sanitaire, la crise sociale va durer plusieurs mois, en tout cas au moins sur l'année 2020, et qu'il faut donc prolonger tous ces dispositifs sur l'année. On ne voit pas comment, finalement, l'Etat pourrait demander aux associations de remettre les gens dehors à partir du mois d'août. Ce serait à la fois scandaleux et inacceptable pour nous. Donc, il faut que cette trêve soit déclinée sur toute l'année. Ce qui nous donnera du temps pour trouver des solutions plus pérennes aux personnes qui sont aujourd'hui hébergées à l'hôtel ou dans des centres précaires.

L'Etat a débloqué des aides de 65 millions pour aider les sans-abri et de 39 millions d'euros pour l'aide alimentaire. Faut-il augmenter débloquer de nouvelles aides ?

[Il faut] une aide massive au pouvoir d'achat des plus modestes, j'entends par là, bien sûr, les personnes à la rue, mais aussi un certain nombre de familles modestes qui ont soit perdu des revenus parce que perdu des activités, soient qui ont eu des dépenses supplémentaires, on pense aussi aux jeunes, les 18-25 ans, qui n'accèdent pas aujourd'hui au RSA. Nous avons lancé un appel dans le Journal du dimanche aujourd'hui pour que le RSA soit enfin ouvert aux jeunes dès 18 ans, puisque les jeunes sont parmi les premières victimes de la crise économique qui suit la crise sanitaire. Donc, il faut un plan de relance global.

Savez-vous si les 97 sites d'hébergement mis à disposition des sans-abri contaminés par le Covid-19 vont rester ouverts ?

La majorité de ces centres vont rester en place, notamment du fait que l'Etat souhaite, en lien avec les associations, augmenter le nombre de tests dans les structures d'hébergement. Et si on teste plus la population SDF, ce qui est notre souhait aussi, alors il faut évidemment disposer de places d'hébergement pour isoler des personnes qui se seraient avérées malades du Covid-19. Donc la majorité de ces centres, même si aujourd'hui ils sont assez peu remplis, vont rester ouverts en tout cas dans les semaines à venir. Et puis, nous allons de toute façon demander leur transformation en centre d'hébergement pérennes médicalisés, parce qu'encore une fois, cette crise sanitaire a montré des besoins d'accès aux soins, de suivi, de prévention et de dépistage qui sont très forts pour des personnes à la rue ou en situation de grande pauvreté.