JO 2021 : les tests Covid-19, une loterie qui met les athlètes sous pression

Plusieurs sportifs ont été placés à l'isolement et ne pourront pas disputer les épreuves, après des dépistages au Covid-19 positifs. Les cas sont rares, mais la maladie fait toujours planer une menace sur le village olympique.

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Le podium de judo des femmes dans la catégorie des -48kg, le 24 juillet 2021 à Tokyo (Japon). (ATSUSHI TAKETAZU / YOMIURI / AFP)

L'Américain Sam Kendricks tombe de haut. Le champion du monde du saut à la perche a dû déclarer forfait pour les JO de Tokyo, en raison d'un test positif au Covid-19. "La présence de Sam nous manquera", a commenté le comité olympique américain, jeudi 29 juillet, tandis que l'athlète a été transféré dans un centre dédié, en dehors du village olympique. Dans la foulée, plusieurs athlètes de la délégation australienne ont été placés à l'isolement, car ils sont considérés comme cas contacts. La vilaine loterie du Covid-19 fait planer une menace permanente sur les athlètes. "Il est inévitable que nous ayons des cas", avait reconnu Christophe Dubi, directeur des Jeux au sein du CIO, avant le début des épreuves.

Le nombre est difficile à établir avec précision, mais plus d'une dizaine d'athlètes ont été exclus des JO après un test positif. Avec six cas, la délégation néerlandaise a été l'une des plus touchées : la skateuse Candy Jacobs, le taëkwondiste Reshmie Oogink, un membre de l'encadrement de l'équipe d'aviron, le skiffer Finn Florijn et le joueur de tennis Jean-Julien Rojer. Cinq de ces personnes ont voyagé à bord du même vol d'Amsterdam à Tokyo, le 17 juillet dernier, mais "il n'y a absolument aucune garantie que les infections viennent de là", précise le Comité national. L'équipe d'aviron a désormais sa propre salle d'entraînement.

"Une menace de tous les instants"

La délégation tchèque a également payé un lourd tribut avec six cas – dont cinq athlètes – et le forfait du cycliste Michal Schlegel, de la joueuse de beach-volley Marketa Nausch-Slukova ou du pongiste Pavel Sirucek. Là encore, une contamination dans l'avion fait partie des hypothèses : le comité tchèque a annoncé son intention de mener l'enquête sur le vol charter qui a décollé de Prague le 16 juillet. Mais des médias locaux ont également affirmé que le médecin de l'équipe n'était pas vacciné. "Je n'aime pas ça du tout, je ne sais pas ce qui a pu se passer", a commenté le Premier ministre Andrej Babis, évoquant un "scandale".

Au village olympique, difficile de ne pas penser au Covid-19. Les athlètes et le staff se soumettent tous les jours à un test salivaire qui peut être confirmé par un test PCR, le cas échéant. Un protocole sanitaire de 70 pages (format PDF) prévoit une panoplie de mesures qui vont jusqu'à l'isolement, dont la durée varie en fonction de la sévérité des symptômes, conformément aux règles japonaises. "C'est une ambiance particulière cette année", expliquait sur France Télévisions le Français Matthieu Androdias, médaillé d'or en aviron. "Je l'ai vraiment senti parce que dans notre discipline, il y a eu un Hollandais qui a été disqualifié car il était positif [Finn Florijn]".

"C'est une menace de tous les instants. Des années de boulot peuvent être réduites à néant à cause d'un test qui se positive."

Matthieu Androdias, médaillé d'or en deux de couple en aviron

à France Télévisions

Les mesures sanitaires sont désormais entrées dans le quotidien des athlètes. "C'est un test salivaire, donc il faut cracher dans un petit truc. On est vraiment dans des contrôles très stricts, avec un test tous les jours", ajoute Olivier Krumbholz, entraîneur des Bleues du handball. "On est dans un hôtel dédié où il n'y a que l'équipe de France féminine, l'équipe de France masculine et le personnel, ce qui doit représenter entre 10 et 15% des chambres de l'établissement". Pas de restaurant ou de balade en ville : il est interdit de sortir de l'hôtel.

"Nouveau détenu à la prison olympique"

Malgré toutes ces précautions, le couperet tombe parfois. La taekwondoïste chilienne Fernanda Aguirre a ouvert le bal des athlètes éconduits après être arrivée d'Ouzbékistan, où elle s'entraînait – "ce qui ne vous tue pas vous rend plus fort", a philosophé l'athlète. Mais au-delà des cas personnels, le Covid-19 peut également poser des problèmes logistiques, en forçant les délégations à faire preuve de réactivité. Après les tests positifs des gymnastes américaines Kara Eaker et Leanne Wong, le reste de l'équipe a dû déménager dans un autre hôtel. Pas toujours évident de composer avec cet aléa.

Pendant ce temps, un vent de déprime commencer à souffler chez les athlètes contraints de s'isoler. Marketa Nausch-Slukova décrit son vague à l'âme, "assise avec son cœur brisé de sportive, ses pensées, la tristesse, sans possibilité de réconfort, juste SEULE dans l'isolement." Dans un post Instagram depuis supprimé, Candy Jacobs racontait avoir dû négocier pendant "sept ou huit heures", pour obtenir le droit d'ouvrir la fenêtre quinze minutes par jour. Sa compatriote Reshmie Oognik publie des vidéos pleines d'humour afin de tuer l'ennui. Exemple avec "ce nouveau détenu dans la prison olympique".

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L'organisation olympique néerlandaise leur a emboîté le pas, mardi, en dénonçant les conditions d'isolement "inacceptables" des six membres de l'équipe testés positifs. Maurits Hendriks, directeur technique de NOC-NSF, a évoqué de "très petites pièces" qu'ils ne peuvent pas aérer. "Ce n'est pas ce qu'on attend de l'organisation japonaise quand il s'agit d'isoler, a-t-il ajouté. Ces personnes voient leur rêve olympique s'envoler et sont ensuite à nouveau mises dans de mauvaises conditions".

Le CIO défend son bilan sanitaire

Mais quel est le bilan des Jeux ? A ce stade, au moins 193 sportifs, encadrants et journalistes ont été testés positifs depuis le 1er juillet, selon le pointage (en anglais) du CIO au 29 juillet. La moitié sont des résidents japonais. Ce recensement ne prend pas en compte les cas signalés aux aéroports et dans les camps de base des délégations. Mais il est plutôt rassurant, car des dizaines de milliers de personnes sont mobilisées. "Nous avons probablement la communauté la plus testée au monde et les restrictions au village olympique sont drastiques", a fait valoir Mark Adams, porte-parole du CIO.

Toutefois, il n'est pas certain que ces arguments suffisent à éteindre le feu des critiques. Le virologue Hitoshi Oshitani, l'un des consultants du gouvernement japonais sur le Covid-19, a notamment dénoncé de "nombreuses failles dans l'organisation de ces Jeux". Et selon lui, le village olympique "n'est pas conçu pour contrôler des maladies infectieuses", a-t-il ajouté au quotidien australien The Age (en anglais). Le problème, selon lui, viendrait surtout des déplacements entre provinces et du message adressé à la population. Tokyo est toujours soumise à l'état d'urgence et enregistre une flambée de cas.

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