"Je ne supporte plus ma belle-mère et c'est réciproque" : dans certaines familles, le confinement tourne au fiasco

Selon les foyers, la cohabitation imposée par la lutte contre l'épidémie de coronavirus se déroule plus ou moins sereinement et peut s'avérer très difficile. La colocataire, que l'on pensait être une amie, devient infernale. Plusieurs internautes témoignent auprès de franceinfo. 

Une femme confinée sur le rebord de sa fenêtre, à Paris, le 7 avril 2020. 
Une femme confinée sur le rebord de sa fenêtre, à Paris, le 7 avril 2020.  (JULIETTE PAVY / HANS LUCAS / AFP)

"L'idée est de moins se croiser". Marie est coincée en Seine-Maritime avec son mari, ses enfants et ses parents dans un appartement de seulement quatre pièces. Problème : son mari "ne supporte plus" ses parents, nous écrit-elle. "On alterne pour s'occuper des enfants, on essaie de s'éviter en s'organisant autour des tâches quotidiennes". Mais le confinement, décidé par le gouvernement mardi 17 mars pour tenter d'endiguer la propagation du coronavirus, dure et les choses se compliquent. "Nous ne voulons pas rester plus longtemps dans cette situation." Alors, Marie imagine déjà ce qu'elle fera si rien ne change : "On fera une fausse attestation de sortie, quitte à prendre une amende, pour rentrer chez nous".

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Qu'ils soient confinés en famille, avec leur colocataire ou des amis, certains Français expérimentent une promiscuité très difficile à vivre au quotidien. Les possibilités de sorties étant limitées, les tensions s'exacerbent dans ces foyers. C'est ce qu'ont raconté plusieurs "confinés" via l'appel à témoignages lancé par franceinfo. Comme Marie, Hugo s'est lui aussi retrouvé coincé avec sa famille à Rouen (Seine-Maritime). "Je passais normalement simplement pour une semaine de vacances, je n'ai donc pas toutes mes affaires et je dois prendre les vêtements de mon père", raconte-t-il par écrit. Résultat : le jeune homme est confiné avec son père, sa belle-mère et ses demi-frères et sœurs, âgés de 2, 13 et 17 ans. 

"La gestion du réfrigérateur", "insoutenable"

"Les petits font trop de bruit et c'est vraiment fatigant", assure-t-il. Sa petite amie est restée dans son appartement, à 200 km de Rouen. Difficile d'avoir une vie de couple dans ces conditions : "Je la vois par webcam ou par message, mais je ne peux pas avoir de moments intimes avec elle". La cohabitation est également très compliquée avec l'épouse de son père : "Je ne supporte plus ma belle-mère et c'est réciproque". "Mon père et elle ne font que se disputer d'ailleurs, car les tensions montent", ajoute Hugo. Au quotidien, "la gestion du réfrigérateur" est devenue "insoutenable". "Il n'y a pas assez de place pour faire les courses une fois par semaine. Je ne peux pas m'acheter des choses juste pour moi sans que les enfants ne fouillent". 

Pour tenter d'apaiser les choses, la petite famille a mis au point des stratégies : l'alternance des tâches ménagères mais aussi des moments de détente. "On essaie d'avoir quelques activités communes pour favoriser la bonne entente, des films à regarder ou des jeux de société". Mais pas sûr que cela suffise. Hugo fait part "d'un sentiment très paradoxal", entre envie de craquer et volonté de tenir sur la durée. 

Parfois je me dis que ce sera insoutenable et que je suis au bord de craquer psychologiquement ; parfois, je me sens d'attaque pour continuer.Hugo, confiné à Rouen avec sa familleà franceinfo

Alors, Hugo pense lui aussi "parfois à partir sans autorisation pour rentrer" chez lui. Une fuite qui, si elle se concrétisait, pourrait être verbalisée d'une amende de 135 euros. 

L'autorisation de la police pour partir

D'autres y sont parvenus, mais avec l'autorisation de la police. Loïc, 25 ans, ne supportait plus sa colocataire, pourtant une amie, avec qui il habitait depuis janvier à Toulouse. Cet administrateur de système de satellites n'arrivait tout simplement pas à télétravailler. 

Ma colocataire empiétait sur mon espace de vie, elle faisait du bruit, c'était infernal.Loic, confiné avec sa colocataireà franceinfo

Loïc raconte encore les aboiements incessants du chien, ou encore la fois où des amis de sa colocataire ont débarqué, en plein confinement. A bout de nerfs, le jeune homme contacte la police pour savoir s'il est autorisé à rentrer chez ses parents. Les forces de l'ordre lui donnent l'autorisation et le voilà, le 27 mars, de retour au domicile familial. Pas l'idéal à 25 ans, mais beaucoup mieux que la situation antérieure. Loïc n'en a pour autant pas terminé avec cette ancienne amie, puisque ses affaires sont restées dans l'appartement. Il ne sait pas encore quand il pourra les récupérer. Une chose est sûre, à la fin du confinement, il cherchera un appartement rien que pour lui. 

A quelques heures près...

Louisette, elle, est dans l'incertitude la plus totale. Cette mère de famille d'Eure-et-Loir n'a vraiment pas eu de chance. Le 17 mars, elle doit voir son notaire pour signer avec son "futur ex-mari" l'acte de divorce. L'heure du rendez-vous a son importance : 14h30. A midi, la France se retrouve confinée. Le notaire l'appelle pour lui signifier qu'il ne reçoit plus personne et que la signature de l'acte se fera "plus tard". "C'est la grosse déception", soupire Louisette. Son ex-conjoint, qui devait quitter le logement familial après le divorce, est contraint de rester sur place.

La cohabitation est très difficile, c'est 'bonjour', 'au revoir'.Louisette, confinée avec son "futur ex-conjoint"à franceinfo

Concrètement, son ex-mari occupe le premier étage et Louisette est au rez-de-chaussée. Au milieu : leurs deux enfants, de 17 et 10 ans. Au bout du fil, on comprend surtout que c'est Louisette qui s'occupe de faire tourner la maison. Alors qu'elle est en télétravail, c'est elle qui se charge des courses, de la cuisine mais aussi des devoirs de la petite. Heureusement, Louisette parvient à trouver quelques respirations grâce à des appels vidéos avec sa famille ou ses amis mais aussi au jardinage. Les vacances de Pâques vont la soulager de son rôle d'enseignante à domicile. Cette dernière prévoit également de faire plusieurs travaux chez elle, avec du matériel acheté avant le confinement. Elle attend avec impatience la fin de cette période compliquée. En attendant, elle a tenté de rappeler son notaire. Sans succès. "Pas de réponse", souffle-t-elle.