"J'espère que ce sera vite terminé" : compréhensifs ou excédés, les Dunkerquois appréhendent le reconfinement le week-end

Dunkerque et son agglomération sont soumis à un reconfinement, le temps du week-end. Les habitants et les commerçants redoutent cette nouvelle épreuve.

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Dunkerque (Nord), quelques heures avant la mise en place d'un nouveau confinement le week-end, vendredi 26 février 2021. (GILLES GALLINARO / RADIO FRANCE)

Il a fallu réorganiser, anticiper, adapter. Les habitants de Dunkerque et son agglomération expérimentent une nouvelle formule de confinement pour contrer la flambée de l'épidémie de Covid-19, à partir de vendredi 26 février, 18 heures. Un reconfinement uniquement le week-end. "Ma famille est plutôt sur Lille, donc c'était l'occasion de voir mes frères et sœurs, voir et ma maman. On voulait fêter l'anniversaire d'une de nos sœurs, mais on verra pour se retrouver plus tard", confie Marjolaine, qui va donc renoncer à une réunion de famille.

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Comme tout le monde ici, Marjolaine et sa fille de trois ans vont donc passer le week-end à la maison. "Déjà, comme il fait beau, on va profiter du jardin, des moments de lecture, de jeu. Il faut prendre son mal en patience. Et puis, si on ne le fait pas maintenant, ça risque de toute façon de s'empirer. C'est un mal pour un bien", estime la jeune maman. Les Dunkerquois et Dunkerquoises ont fait preuve d'anticipation vendredi. Certains sont passés chez le coiffeur, d'autres ont fait des achats dans les boutiques fermées samedi.

"On est condamnés à travailler, rentrer, manger, dormir"

Ce confinement de fin de semaine est plutôt bienvenu pour Céline, 41 ans. Une opinion liée à ce qui est arrivé à sa famille : deux de ses proches, touchés par le Covid-19, ont été hospitalisés il y a deux semaines. "C'est mon beau-frère qui a été intubé et ma maman qui est encore au service réa. Cela va beaucoup mieux, on croise les doigts pour que ça continue. Elle a 64 ans. Forcément, c'est certainement nous qui sommes allés avec le virus chez elle." Dunkerque enregistre le taux d’incidence le plus élevé du pays, avec 901 cas positifs pour 100 000 habitants et une flambée du variant anglais.

"J'habite à Petite Synthe [quartier de Dunkerque] et beaucoup de gens ne portent pas le masque. Une partie de la population, je pense, ne voit pas les conséquences qu'il peut y avoir."

Céline, 41 ans

à franceinfo

Marjolaine ne va donc pas quitter son domicile samedi et dimanche, elle reste avec son mari et ses enfants. Mais pour la génération d'en dessous, ce reconfinement est parfois moins bien vécu. "On est quasiment condamnés à travailler, rentrer, manger, dormir et voilà", se désespère Marlène, une infirmière de 28 ans. Ce qui va lui manquer le plus ? "Tout simplement prendre l'air, se balader. Les beaux jours arrivent. En plus, nous on a la plage, donc forcément, prendre l'air sur la plage, ça fait du bien, parce qu'il faut savoir aussi qu'on se rend compte, même dans le milieu médical, que beaucoup de personnes sont en dépression, s'isolent."

Sur la plage de Malo-les-bains, les Dunkerquois profitent des dernières heures avant le confinement, vendredi 26 février 2021. (GILLES GALLINARO / RADIO FRANCE)

Marlène habite à plus de cinq kilomètres du bord de mer et ne pourra donc pas en profiter pendant l'heure de promenade quotidienne autorisée. Week-end morose également en perspective pour Céline, 25 ans. Elle habite toute seule en appartement : "C'est compliqué, parce que le week-end, j'aime bien voir ma famille. Rester seule, enfermée dans un appartement... J'ai un tout petit balcon, c'est très très long et j'ai l'impression que ça ne va jamais se terminer." Céline va passer son samedi et dimanche entre ménage et télévision, dit-elle, en espérant simplement que le confinement du week-end n'ira pas au-delà des 15 jours initialement annoncés.

"On essaie de donner de la joie à notre clientèle"

Dans le centre-ville de Dunkerque, la plupart des magasins sont fermés samedi, mis à part les commerces de bouche. Ne plus accueillir de clients le week-end, c'est une grosse perte financière. "Les samedis, au niveau du chiffre d'affaires, ça représente 25%, explique Sandra, qui tient un magasin de vêtements pour enfants. Il va falloir essayer de pallier ce manque sur la semaine. Ici, sur Dunkerque, on a la chance d'avoir quand même de la clientèle fidèle qui, malheureusement, pour ceux qui ne pouvaient pas venir en fin de journée, venaient au moins le samedi. Et là, ça va être compliqué. On essaie de donner de la joie quand même à notre clientèle, parce qu'elle en a besoin". La joie et un peu de système D, avec des commandes sur internet, qui facilitent la vie des Dunkerquois ayant peu de temps en semaine.

Le centre-ville de Dunkerque, quelques heures avant le reconfinement, vendredi 26 février 2021. (GILLES GALLINARO / RADIO FRANCE)

Dans le salon de coiffure, juste à côté, le planning a été réorganisé. "On va ouvrir le lundi matin pour compenser le samedi, raconte Céline, coiffeuse. On a dû appeler les clients et reporter au lundi. Il y en a qui pouvaient, d'autres qui ne pouvaient pas. C'était un peu compliqué. En plus avec les nouvelles mesures, la jauge est réduite, on passe de dix clients à huit clients." La journée du vendredi a été plus remplie que d'habitude, avec les clients qui ont avancé leur rendez-vous.

"Je pense que c'est nécessaire de refaire un confinement, mais je ne suis pas sûr que le faire uniquement le week-end, comme ça, ce soit la meilleure idée, parce que les gens vont juste se concentrer la semaine et empirer les choses."

Nathan, étudiant

à franceinfo

S'il y a eu parfois une petite queue dans certains magasins vendredi après-midi, pas de cohue particulière, comme dans la boutique de prêt-à-porter de Virginie. Le reconfinement est un nouveau coup dur pour son entreprise : "Lors des autres confinements, on était complètement fermés, donc à ce moment-là, c'était différent. On avait une subvention de l'État. Là on n'aura pas la subvention de l'État, on aura uniquement le chômage partiel pour le personnel qui est en poste le samedi, déplore la gérante. On doit quand même payer nos charges, c'est plus dur financièrement que de totalement fermer, puisqu'on n'a pas d'aide."

Malgré tout, la plupart des commerçants comprennent la nécessité de mesures restrictives pour stopper la flambée de l'épidémie. Mais c'est avant tout une question de discipline, estime Sandrine, vendeuse dans une bijouterie : "Il faudrait faire plus le gendarme avec les gens qui ne sont pas respectueux des règles. Parce que je pense qu'ils ne sont pas punis. Rien qu'ici, dans le commerce, samedi, on a eu trois personnes sans masque, peste la vendeuse. C'est quand même au goût du jour maintenant, on l'a sur soi comme on met des lunettes. Même pour le gel, les gens sont allergiques, ils attrapent de l'eczéma... Il vaut mieux avoir de l'eczéma, je pense, plutôt que le Covid." Les commerçants de Dunkerque n'espèrent qu'une chose, près d'un an après le début du premier confinement : pourvoir enfin reprendre leur activité normalement.

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