"J'ai fait des provisions pour la semaine, mais sans vraiment changer mes habitudes" : les Italiens tentent de garder la tête froide face au coronavirus

En quelques jours, plus de 320 personnes ont été contaminées et dix sont mortes, faisant de l'Italie le pays le plus touché en Europe par l'épidémie de Covid-19. En Lombardie comme en Vénétie, les habitants gardent malgré tout leur calme.

Une touriste sur la piazza del Duomo à Milan (Italie), le 24 février 2020.
Une touriste sur la piazza del Duomo à Milan (Italie), le 24 février 2020. (MIGUEL MEDINA / AFP)

A l'autre bout du fil, ce lundi 24 février, le ton de Wolfgang Natlacen alterne entre inquiétude et rires francs. "Je sais que ça peut sonner comme une blague en France, mais j'espère vraiment que les activités artistiques, culturelles et sportives vont bientôt reprendre. En Italie, sans foot, le moral est vraiment à zéro." Cet artiste plasticien, qui partage sa vie entre Paris et Milan, en sait quelque chose : son équipe amateur de l'AS Velasca, qui mêle football et performance artistique, a dû laisser ses crampons au vestiaire en raison de la propagation rapide du nouveau coronavirus dans le nord du pays.

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En quelques jours, plus de 280 personnes ont été contaminées et sept sont mortes, faisant de l'Italie le pays le plus touché en Europe et le troisième au monde après la Chine et la Corée du Sud. Interrogés par franceinfo, plusieurs habitants des régions de Lombardie et de Vénétie, où les premiers cas italiens sont apparus, tentent toutefois de garder la tête froide face aux nombreuses mesures de précaution prises pour empêcher la propagation de l'épidémie.

"Au cas où"

"J'ai senti que la situation devenait vraiment sérieuse hier [dimanche] : il y avait un grand soleil dans les rues de Milan, mais très peu de personnes étaient dehors pour en profiter", relate Lorenzo De Vidovich. Ce doctorant en urbanisme de 30 ans, qui étudie dans la capitale lombarde, s'excuserait presque d'être "un peu inquiet".

 "Je ne m'attendais pas à me retrouver dans une telle situation d'agitation", ajoute-t-il en évoquant une scène qu'il n'a pu s'empêcher de filmer : les rayons d'un supermarché de sa ville, complètement vidés dimanche par des habitants venus faire des provisions. Lui-même reconnaît avoir fait un peu de réserves "au cas où".

Pietro Antonelli se veut plus serein. Même s'il réside à Padoue (Vénétie), ville à côté de laquelle la première mort d'un Européen infecté par le coronavirus a été enregistrée vendredi, ce biologiste assure que sa vie quotidienne "n'a pas changé". Bien sûr, il a remarqué que toutes les écoles de Vénétie avaient fermé leurs portes et que les événements publics étaient tous reportés. Mais ce jeune homme de 29 ans n'a pas pris de "précautions particulières" depuis que le spectre d'une épidémie européenne de Covid-19 s'affiche en une des journaux. 

Je me lave les mains plus fréquemment et méthodiquement que je ne le fais en temps normal et j'ai fait des provisions pour la semaine. Mais ça ne change pas vraiment de mes habitudes.Pietro Antonelli, de Padoueà franceinfo

Le son de cloche est similiaire du côté de Mario Fusco. Habitué à se rendre à son bureau du centre-ville de Milan environ deux fois par semaine, cet ingénieur en logiciel a cette fois été invité à rester à son domicile de Gorgonzola, situé à environ 15 km à l'est de la capitale lombarde. Tout comme son épouse et sa fille, dont l'école est fermée par précaution. "Je devais aller à un concert samedi soir qui a été annulé mais, pour le reste, tout est plus ou moins normal", se rassure-t-il. 

"L'heure est à l'unité nationale"

Le quadragénaire en vient même à espérer que le monde du travail tirera des leçons de cette crise sanitaire. "J'espère que tout cela permettra à la société d'ouvrir les yeux sur la possibilité d'autoriser plus souvent le recours au télétravail !", s'exclame Mario Fusco.

Pour cet ingénieur, les mesures prises par le gouvernement italien sont davantage politiques que sanitaires. "Je suis convaincu que la plupart de ces choix sont grandement exagérés et que ces décisions sont surtout prises pour éviter de donner à un chacal comme Matteo Salvini [l'ancien ministre de l'Intérieur d'extrême droite] une opportunité de critiquer leur laxisme !", assure-t-il.

"Je suis déçu de l'attitude des politiciens de droite comme Matteo Salvini, qui réclame toujours la fermeture des ports et des frontières pour critiquer le Premier ministre, Giuseppe Conte", soupire aussi le doctorant milanais Lorenzo De Vidovich. "L'heure est à la solidarité nationale, pas aux divergences politiques."

Un enfant interdit d'école en France pendant deux semaines

"Le plus difficile, en fait, est de gérer les réactions de nos connaissances : certains membres de notre famille craignent que nous restions bloqués en Italie", sourit Wolfgang Natlacen. L'artiste, qui devait rentrer en France lundi, a prolongé de quelques jours son séjour à Milan après avoir reçu un SMS de l'école parisienne de son fils l'invitant à rester quatorze jours à la maison pour s'assurer que celui-ci n'était pas porteur du coronavirus. 

J'ai dû expliquer à mon fils qu'il n'était pas le virus et qu'il ne devait pas être triste de ne pas pouvoir aller à l'école.Wolfgang Natlacenà franceinfo

Le trentenaire, qui déplore le décalage "entre la surinformation sur la panique et le peu d'informations sur le virus lui-même", prévoit de revenir en France dans les prochains joursD'ici là, il risque de continuer à ruminer les conséquences de la crise sanitaire sur son équipe de foot, qui avait débuté sa saison en 9e division par des performances décevantes : "Quand je pense que nous venions d'enchaîner trois victoires... J'en veux beaucoup au coronavirus de casser notre élan !"