INFOGRAPHIE. Coronavirus Covid-19 : que signifie l'augmentation spectaculaire du nombre de cas confirmés en Chine ?

Les autorités chinoises ont annoncé jeudi plus de 15 000 contaminations supplémentaires. Un bond notable, après le ralentissement des derniers jours.

Un malade atteint du coronavirus emmené dans une ambulance, le 30 janvier 2020 à Wuhan (Chine).
Un malade atteint du coronavirus emmené dans une ambulance, le 30 janvier 2020 à Wuhan (Chine). (HECTOR RETAMAL / AFP)

Un bond record. La Chine a annoncé, jeudi 13 février, quelque 15 000 contaminations supplémentaires par le Covis-19, une augmentation spectaculaire qu'elle justifie par une nouvelle définition des cas d'infection. Dans le même temps, la Commission de la santé du Hubei (centre) a déclaré 242 nouveaux décès dans la province. C'est de loin l'augmentation la plus forte enregistrée en 24 heures depuis que la crise a débuté en décembre dans la ville de Wuhan.

Ces nouveaux chiffres portent le bilan humain en Chine à près de 60 000 cas confirmés et plus de 1 360 morts.

Un moyen de diagnostiquer davantage de patients

Ces bonds sont dus à une nouvelle définition, plus large, des cas d'infection. Dorénavant, les autorités locales comptabiliseront les cas "diagnostiqués cliniquement". En clair, une radio pulmonaire sur les cas suspects peut désormais être considérée comme suffisante pour diagnostiquer le virus. Jusqu'à présent, un test d'acide nucléique était indispensable, mais le pays manque de kits de test.

Les autorités chinoises justifient cette nouvelle méthode par leur "meilleure connaissance" de la maladie et de ses symptômes et par leur volonté de faire bénéficier au plus vite les patients d'un traitement. "Dans ce genre d'épidémie, il y a deux méthodes : soit ratisser large pour faire en sorte qu'aucun malade ne passe à travers les mailles du filet, soit faire un dépistage précis", mais qui prend plus de temps, déclare à l'AFP Kentaro Iwata, professeur à l'université de Kobe (Japon) et expert en maladies infectieuses. "C'est toujours un dilemme", estime-t-il, jugeant "compréhensible" que les autorités du Hubei choisissent la première solution face à l'urgence.

Un autre spécialiste, interrogé par le New York Times, est plus dubitatif. "Nous sommes dans l'inconnu", explique William Schaffner, spécialiste américain des maladies infectieuses à l'université Vanderbilt à Nashville. Il pointe que des patients avec une simple grippe pourraient désormais être considérés comme positif après un scan de leurs poumons.

Une difficulté supplémentaire pour surveiller l'épidémie

Pour les observateurs étrangers, ce changement de méthode complique la donne. "Cela rend vraiment les choses confuses s'ils changent complètement leur méthode de surveillance et de détection", explique au New York Times Peter Rabinowitz, codirecteur du MetaCenter for Pandemic Preparedness and Global Health Security de l'université de Washington. Selon lui, estimer l'ampleur de l'épidémie s'apparente désormais à viser une "cible qui bouge".

Il devient également difficile de faire des comparaisons entre les différentes régions chinoises. Cité par l'agence Reuters, un porte-parole de la commission santé de Shanghai, une ville qui a le statut de région, a indiqué que la méthodologie pour détecter un cas n'avait, pour l'instant, pas changé ailleurs que dans le Hubei.

Ce changement de stratégie jette, enfin, un peu plus le doute sur les chiffres diffusés depuis le début de l'épidémie. "Cet ajustement prouve sans l'ombre d'un doute qu'il y avait deux séries de données pour les cas confirmés depuis le début, estime dans les colonnes du Guardian Victor Shih, spécialiste de politique chinoise à l'université de San Diego. Si ce n'était pas le cas, le gouvernement n'aurait pas pu ajouter tant de nouveaux cas en une seule journée".

Un changement de politique sanitaire

En parallèle, le plus haut responsable du Parti communiste chinois (PCC) dans le Hubei, Jiang Chaoliang, a été démis de ses fonctions. Il est remplacé par le maire de Shanghai, Ying Yong, réputé proche du président Xi Jinping. Le principal responsable communiste de Wuhan, Ma Guoqiang, a également été limogé. Faut-il y voir une coïncidence ? La manœuvre, qui est intervenue quelques heures après l'annonce de l'augmentation des cas, témoigne en tout cas d'une reprise en main du pouvoir central sur les autorités locales et d'un changement de politique sanitaire.

Ces chutes étaient attendues, tant la colère de l'opinion semble vive. "C'est une longue tradition politique en Chine de blâmer les autorités locales, de diriger la colère populaire contre elles et pas contre les principaux dirigeants", a rappelé à Reuters Willy Lam, spécialiste de politique chinoise à l'université chinoise de Hong Kong. Une grande partie des citoyens accusent depuis plusieurs semaines les autorités locales d'avoir tardé à réagir face aux premiers cas de la maladie. La mort, vendredi 7 février, de Li Wenliang, l'un des premiers médecins à avoir alerté sur l'épidémie, est devenue le symbole de cette inaction : il avait été réprimandé par la police, qui l'accusait de propager des "rumeurs".