Reportage "Ils ont tout pris, tout cassé", troisième nuit de violences et de pillages en Guadeloupe

La Guadeloupe est le théâtre de violences et de pillages sur fond de contestation contre les mesures prises pour endiguer l'épidémie de Covid-19. Des habitants de Pointe-à-Pitre ont découvert dimanche 21 novembre des magasins de leurs rues pillés.

Article rédigé par
Farida Nouar et Laurent Macchietti - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Un magasin pillé dans une rue de Pointe-à-Pitre en Guadeloupe le 20 novembre 2021. (LAURENT MACCHIETTI / RADIO FRANCE)

"On découvre l'horreur", déplore une habitante. Le rideau de fer est défoncé, des boites de baskets vides étalées partout sur le trottoir, des mannequins en plastique dénudés. Il ne reste pratiquement rien de ce magasin d'articles de sport pillé dans la nuit de samedi 20 à dimanche 21 novembre. Il s'agit de la troisième nuit de tensions en Guadeloupe.

Des magasins, pharmacies, restaurants pillés malgré le couvre-feu dans les centres-villes de Pointe-à-Pitre, de Basse-Terre ou au Lamentin. Des groupes parfois armés, indique la Préfecture avec des tirs dirigés contre les forces d'intervention selon un communiqué. Deux membres des forces de sécurité ont été blessés. Au total, ce sont plus de 150 grenades lacrymogènes et de désencerclement qui ont été lancé par les forces de l'ordre.

Ce dimanche 21 novembre, c'est une scène de pillage que découvrent les habitants de cette rue de Pointe-à-Pitre. "Ils ont tout vandalisé, tout ! On est complètement dégoûtés", s'exclame une habitante.

"Des bandes de jeunes habillés en noir"

Comme son amie, Davina est estomaquée. Elle découvre l’étendue des dégâts. Elle habite tout près du magasin et samedi 20 novembre elle a assisté au pillage depuis son balcon. "Ça a commencé vers minuit, j'ai entendu des bruits alors que nous sommes en couvre-feu. J'ai trouvé ça bizarre. On aurait dit qu'il y avait des motos. En fait c'était des bandes de jeunes habillés en noir. Ils n'étaient pas 10 ou 15 mais plutôt 100 ou 150 donc ça a duré longtemps", raconte-t-elle. "Ils étaient tranquilles. Ils essayaient les chaussures et quand ils nous voyaient regarder, ils nous balançaient des pierres et des bouteilles de bière sur les balcons. J'ai appelé plusieurs fois les forces de l'ordre qui m'ont dit 'on nous appellent partout'", détaille Davina.

Une rue de Pointe-à-Pitre après une nuit de pillage le 20 novembre 2021. (LAURENT MACCHIETTI / RADIO FRANCE)

Sur le trottoir Julien le fils du gérant constate les dégâts. En quittant le magasin samedi 20 novembre soir il était plutôt serein. "On pensait que ça allait bien se passer parce qu'en début de soirée on avait vu des camions de la gendarmerie et de l'armée entrer dans Pointe-à-Pitre donc on s'est dit que ça allait être plus ou moins sécurisé", raconte-t-il. Mais "vers 1h du matin on a reçu un appel et des vidéos où l'on voit un attroupement en train de saccager le rideau. Ils ont tout pris, tout cassé. Il y en a partout, des boites de chaussures partout, jusqu'à l'esplanade en haut."

"Il n'y a pas assez de renfort"

Dépité, son frère Jonathan attend l’arrivée de la police judiciaire. "Subir de telles atrocités, parce que c'est vraiment atroce, on est vraiment en colère. On a des rideaux,  normalement pour les enlever il faut forcément des pieds-de-biche mais ça n'empêche pas", se désole-t-il. "Je ne pense pas qu'il y ait assez de renfort parce que les policiers sont passés mais ne peuvent même pas rester. Ils n'ont pas d'effectifs pour quadriller la ville, pour sécuriser un peu. Il n'y a pas assez de renfort." 

"Le soir il ne fait pas bon marcher dans les rues", ajoute un passant. 38 personnes ont été interpellées et placées en garde à vue durant cette nouvelle nuit de violences.

Troisième nuit de violence et de pillages en Guadeloupe - Reportage de Farida Nouar
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