Haïti : Médecins sans frontières s'inquiète d'un déni sur le coronavirus et de malades qui tardent à se faire soigner

À Port-au-Prince, le nombre de cas positifs au coronavirus est en nette augmentation et le personnel médical craint une aggravation de l'épidémie

Deux membres du personnel de l\'Hôpital Drouillard MSF, à Cité Soleil, en Haïti, le 3 juin 2020
Deux membres du personnel de l'Hôpital Drouillard MSF, à Cité Soleil, en Haïti, le 3 juin 2020 (PIERRE MICHEL JEAN / AFP)

Officiellement, le nombre de cas de coronavirus détectés en Haïti tourne autour de 3 500 et le nombre de morts atteint les 54 personnes. Mais, dans la réalité il est difficile de dire véritablement ou en est la pandémie dans le pays. La région de Port-au-Prince reste le secteur le plus touché. Entre la peur de se déclarer malade, la situation sanitaire fragile et le manque de moyen, le sort d'Haïti inquiète.

>> Retrouvez les dernières informations sur la pandémie dans notre direct

L'argument le plus redoutable provient de Médecins sans frontières : depuis que l'ONG a ouvert un centre dans le cœur de Port-au-Prince en Haïti mi-mai, le nombre de cas positifs au coronavirus s'est envolé passant de 100 cas à des milliers. À cette augmentation des cas s'ajoutent d'autres problèmes comme le manque de moyens ou encore le fait que les malades arrivent souvent trop tard pour se faire soigner. 

Hassan Issa est chef de mission de Médecins sans frontières en Haïti"On voit quand même de plus en plus des malades qui viennent tardivement, explique-t-il. Qui dit arrivée tardive, dit mortalité élevée. L'inquiétude, c'est par rapport à l'accès aux soins qui est très, très fragile. La difficulté, c'est que les malades risquent plus de mourir d'autre chose que du Covid-19."

Des mesures de précaution non appliquées

Dans un pays dominé par l'économie informelle, le confinement de la population est impossible. Et imposer une distanciation physique dans les marchés bondés de la capitale est illusoire. Même faire respecter un port correct des masques, obligatoires dans les lieux publics depuis le 11 mai, est difficile. Et le personnel médical craint une aggravation de l'épidémie.

Pour comprendre la situation particulière d'Haïti, il faut ajouter que plusieurs choses s'y mélangent, comme la honte de se déclarer malade, la mauvaise distribution des masques, la méfiance vis-à-vis des politiques et de l'État. Par conséquent, la prise de conscience de la gravité de la pandémie a du mal à se faire."Il y a un déni en quelque sorte, explique Pascal Adrien, habitant de Port-au-Prince. Dans la réalité, les mesures ne sont pas appliquées."

Il y a une frange de la population qui ne croit pas vraiment que le coronavirus est une maladie qui existe.Pascal Adrien, habitant de Port-au-Princeà franceinfo

Enfin, il faut dire aussi l'importance des croyances qui poussent certains à préférer se soigner avec des plantes locales plutôt que de se rendre dans les hôpitaux.