Fin de l'interdiction de déplacement à plus de 100 kilomètres : "La SNCF est comme punie puisqu'elle ne peut pas vendre plus d'un siège sur deux"

Le président de la Fnaut dénonce une inégalité avec les autres modes de transports. En pleine crise du Covid-19, il réclame un plan pour le ferroviaire, comme il y en a eu annoncés pour l'aviation ou l'automobile.

Un siège sur deux condamné dans ce train TER, en gare de Valence (Drôme).
Un siège sur deux condamné dans ce train TER, en gare de Valence (Drôme). (NATHALIE RODRIGUES / RADIO FRANCE)

"La SNCF est comme punie puisqu'elle ne peut pas vendre plus d'un siège sur deux", alors que l'on "autorise les avions à vendre tous leurs sièges" et que les déplacements "en voiture au-delà de 100 kilomètres" seront bientôt autorisés, estime ce vendredi 29 mai sur franceinfo Bruno Gazeau. Le président de la Fédération nationale des associations d’usagers des transports (Fnaut), réagit notamment à la levée de l'interdiction de se déplacer à plus de 100 kilomètres, à partir du 2 juin.

franceinfo : À partir de mardi, on va retrouver une liberté totale de mouvement, mais sans finalement pouvoir avoir véritablement les moyens de se déplacer ?

Bruno Gazeau : Ce qui est très choquant dans cette affaire, c'est qu'on autorise les gens à se déplacer en voiture au-delà de 100 kilomètres, on autorise les avions à vendre tous leurs sièges, mais la SNCF, elle, est comme punie puisqu'elle ne peut pas vendre plus d'un siège sur deux. On ne comprend pas cette inégalité qui va lui coûter de l'argent au moment où le gouvernement fait des plans de sauvetage de l'aviation, de relance de la voiture, mais aucun plan pour le ferroviaire. On l'empêche de faire du chiffre d'affaires et on lui fait perdre des parts de marché, mais on ne vole pas à son secours, comme on vole au secours des autres secteurs prioritaires. C'est absolument incompréhensible et nous allons interroger le gouvernement sur cette différence de traitement. Il y a deux poids, deux mesures clairement entre le ferroviaire et les autres modes de déplacement. Ce n'est pas acceptable.

Cette règle d'un siège sur deux dans les trains, vous avez bon espoir qu'elle soit supprimée ?

Il faut impérativement qu'elle le soit. Ce n'est pas admissible qu'elle ne le soit pas si elle l'est pour les autres modes. Sinon, on met la SNCF dans une position extrêmement difficile sur le plan financier et sur le plan de sa compétition avec les autres modes que ce soit l'avion ou la voiture. Je comprends d'autant moins qu'on invite les Français à prendre leurs vacances en France, et donc à bénéficier des conditions et des possibilités qu'offre le train pour voyager en France, qui est quand même un mode de vacances extrêmement agréable. Il y a plein de contradictions dans ce système qui consiste à bloquer le développement de la SNCF.

Est-ce que vous avez des craintes que, finalement, cela se répercute aussi sur le prix des billets ?

J'ai les plus grandes craintes, pas que cela se répercute sur le prix des billets, mais que cela empêche la SNCF d'investir dans son parc de voitures, de renouvellement de TGV. Ça empêche la SNCF de régénérer son réseau, de le mailler. Ça empêche le réseau SNCF de faire de nouveaux investissements pour permettre, par exemple, l'accès au Lyon-Turin, dont les travaux continuent. Ça met en péril beaucoup de petites lignes qui sont très importantes au plan régional. Il faut vraiment que l'Etat se pose la question de la nécessité d'un plan de soutien de la SNCF et même d'un plan de développement, puisqu'avec l'horizon climatique, c'est autour du ferroviaire que peut s'organiser la mobilité durable.

Est-ce que vous dites aux usagers de limiter pour l'instant leurs voyages ?

Les usagers ont montré depuis un mois et demi qu'ils étaient extrêmement raisonnables puisque ils ont limité leurs déplacements pendant tout ce temps. La remontée de la fréquentation est assez lente. Les gens se sont montrés très bons citoyens. Ils ont observé les consignes du gouvernement et donc maintenant, où on commence à libérer l'activité, l'activité économique a besoin du train. Les usagers les plus modestes ont besoin du train. Le pouvoir d'achat a besoin de l'aide que le train apporte. Bref, il est vraiment indispensable de relancer le train. J'espère qu'on pourra vendre toutes les places et pas seulement une place sur deux. Les Français aiment le train, ils veulent du train. La croissance était extrêmement forte avant la crise du coronavirus. Il faut absolument retrouver cette croissance. Les gens ont bien compris qu'avec le changement climatique, il faut utiliser davantage le train, être moins dépendant de la voiture. Vraiment, le train est une nécessité.