Fête de la musique : "Il est très probable que les risques [de coronavirus] en extérieur soient bien inférieurs à ce qu’ils sont en intérieur", rassure un spécialiste

Le professeur Éric Caumes, chef du service des maladies infectieuses et tropicales de la Pitié-Salpêtrière à Paris, ne s'inquiète pas non plus de la recrudescence de cas en Allemagne qui gère très bien, selon lui. En revanche en France, il n'est pas sûr qu'on soit "aussi proactifs dans le dépistage qu’on devrait l’être".

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Des jeunes réunis au jardin Villemin dans le 10e arrondissement de Paris pour la Fête de la musique, le 21 juin 2020. (ABDULMONAM EASSA / AFP)

"Après près de trois mois de confinement, on comprend qu’on ait envie de se laisser aller", concède lundi 22 juin sur franceinfo le professeur Éric Caumes, chef du service des maladies infectieuses et tropicales de la Pitié-Salpêtrière à Paris, alors que des jeunes ont célébré la Fête de la musique dans les rues dimanche soir, sans forcément respecter les gestes barrières pour empêcher la propagation du coronavirus. Le spécialiste se veut rassurant en rappelant "qu'il est très probable que les risques [de contamination] en extérieur soient bien inférieurs à ce qu'ils sont en intérieur".

franceinfo : Certains personnes ont célébré la fête de la musique dans la rue dimanche soir sans respecter les gestes barrière. Est-ce que cela vous inquiète ?

Éric Caumes : Je comprends en même temps. Après près de trois mois de confinement, on comprend qu’on ait envie de se laisser aller. Après, je rappelle quand même que c'est à l'extérieur que ça se passe et qu'il est très probable que les risques en extérieur soient bien inférieurs à ce qu'ils sont en intérieur. Je crois qu'il faut clairement distinguer les deux situations, intérieure et extérieure. Stigmatiser ces jeunes pour leur comportement, c'est délicat. C'est sûr que s'ils étaient à l'intérieur en boîte, ça ne serait pas possible, ça ne serait pas admissible.

J'aurais envie de leur rappeler l'exemple de la Corée du Sud, où vous avez une seule personne qui en a contaminé 150 après avoir fréquenté cinq boîtes de nuit dans la même soirée, avec 1 500 contacts. Donc, dans un milieu clos, c'est une attitude à haut risque.

Pr Éric Caumes, chef du service des maladies infectieuses et tropicales de la Pitié-Salpêtrière

à franceinfo

Dans un milieu extérieur ouvert en plein air, on ne connaît pas les conséquences exactes de ce genre de comportement. Je m'interroge vraiment sur un deux poids, deux mesures. Je pense qu'il faut faire attention. C’est à l’intérieur, c'est dans les lieux clos que se passe la transmission. Les possibilités de transmettre le virus à l'extérieur, même en étant très proches l'un de l'autre, ne sont pas très bien connues, voire ne sont même pas connues du tout. La plupart des transmissions se font dans les lieux clos.

En Allemagne, un malade peut contaminer entre 2 et 3 personnes. Faut-il s’en inquiéter ?

On sait que le taux de reproduction de base de ce virus est de 2 à 3 contaminations. On le sait depuis des mois donc il n'y a aucune nouveauté est là-dedans. En Allemagne, c'est dû au fait qu'ils ont identifié deux énormes clusters, notamment dans un abattoir, un autre dans une résidence. Ça nous montre au contraire l'exemple à suivre, qui est de tracer des contacts pour remonter des chaînes de transmission et pour identifier des gros clusters qui font plusieurs centaines de personnes. C'est vraiment à ça qu'il faut s'attaquer et c'est très bien fait par les Allemands. Je ne suis pas inquiet au contraire je trouve ça plutôt rassurant. (…) C'est plus difficile de dire ce qui en est en France. On sait qu'on identifie des clusters donc c’est plutôt une bonne nouvelle. Après, je ne suis pas sûr qu'on soit aussi proactifs dans le dépistage qu’on devrait l’être. Par exemple, je ne suis pas sûr que tous les employés des abattoirs sont dépistés, que les personnes dans les hôpitaux soient dépistées.

Devons-nous toujours craindre une deuxième vague de Covid-19 ?

Oui, on doit craindre une deuxième vague de l'épidémie. Il faut tout faire pour qu'on n'ait pas de deuxième vague de l'épidémie. Je crois qu'on est absolument tous d'accord là-dessus. Des deuxièmes vagues, on en voit apparaître dans des pays qui ont déconfiné trop tôt ou bien qui ont déconfiné sans prendre les précautions qu'il fallait prendre au niveau de la prévention. 

À l'échelle individuelle, il faut rappeler l'importance des gestes barrières et notamment du port du masque qui est absolument fondamental et sur lequel je trouve que l’on n'insiste plus assez. 

Pr Éric Caumes

à franceinfo

Et sur le plan collectif, il faut rappeler l'importance de la tactique de tester, tracer, isoler pour casser les chaînes de contamination. Si on fait ça très bien, on n'aura pas de deuxième vague. Si on ne fait pas ça bien, on aura une deuxième vague. Il y a des pays où il y a déjà eu une deuxième vague qui est apparue comme l'Arabie saoudite ou des régions comme la Guyane française.

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