Fermeture de Tati Barbès : "L'épidémie de la Covid-19 a été malheureusement, pour beaucoup, le coup de grâce", estime l'Alliance du commerce

Le directeur général de l'organisation professionnelle de l'habillement et de la chaussure rappelle que le secteur est en difficulté depuis dix ans du fait d’Internet, de la concurrence sur les prix et de l'émergence de très nombreux acteurs.

Le magasin Tati du boulevard Barbès, dans le 18e arrondissement de Paris.
Le magasin Tati du boulevard Barbès, dans le 18e arrondissement de Paris. (LP/ CHLO? BARBAUX / MAXPPP)

"L'épidémie de la Covid-19 a été malheureusement pour beaucoup le coup de grâce", a estimé sur franceinfo, mardi 7 juillet, Yohann Petiot, le directeur général de l'Alliance du commerce, après l’annonce de la fermeture du célèbre magasin Tati Barbès dans le 18e arrondissement de Paris. Selon Yohann Petiot, le secteur de l’habillement doit absolument être présent sur deux fronts : la vente en ligne et la mode responsable.

franceinfo : Comment expliquer la fermeture de ce magasin historique parisien ?

Yohann Petiot : Au-delà même de Tati, c'est un secteur, celui de l'habillement, qui connaît un marché en difficulté depuis maintenant dix ans du fait d’Internet, de la concurrence sur les prix et de l'émergence de très nombreux acteurs. C’est vrai que, ces trois dernières années, nous avons connu crise sur crise avec les grèves contre la SNCF, les "gilets jaunes", puis les grèves et manifestations contre la réforme des retraites. L'épidémie de la Covid-19 a été malheureusement, pour beaucoup, le coup de grâce.

Le modèle de Tati est-il dépassé ?

Je ne sais pas. C'est vrai que d’autres acteurs aujourd'hui ont à peu près le même modèle : des achats avec des volumes importants et une clientèle massive. Ce qui est vrai, c’est que nous avons connu plusieurs crises importantes qui ont impacté les flux de clientèle en magasin. Ça a été très difficile pour Tati, mais aussi pour d'autres magasins.

Les enseignes d'habillement tombent les unes après les autres. Où cela a-t-il pêché avant même toutes ces crises ?

Ça a pêché par un marché qui, depuis dix ans, est en transformation. Il faut bien comprendre qu'aujourd'hui, le commerce en ligne représente 15% de notre secteur. Donc c'est une transformation profonde de notre marché. Il a fallu que les entreprises, depuis dix ans, se transforment, investissent. C'est vrai que lorsque votre marché se retourne, c'est d'autant plus compliqué de pouvoir investir massivement. Il y a aussi le fait, qu’aujourd'hui, le client recherche un produit un peu plus particulier qu’il ne peut pas trouver chez un autre acteur. Et vu la concurrence très forte aujourd'hui, il y a aussi un intérêt pour l'ensemble des marques de se différencier et d'aller vers un produit peut être plus spécifique et qui apporte une plus-value à son client.

Dans quels domaines faut-il investir ? Le numérique ?

On voit bien aujourd'hui les deux grandes tendances qui se sont accélérées avec la crise sanitaire, c'est d'abord le "online" puisque les clients ont pris aujourd'hui l'habitude d’acheter en ligne avec une certaine facilité, et ça s'est accéléré ces dernières semaines. Donc, il faut aujourd'hui véritablement être en ligne. Ce n'est pas une option, c'est une obligation. Donc, il faut investir dans des outils informatiques, dans une logistique efficace pour pouvoir répondre aux attentes. Et puis, on voit bien qu'il y a un autre mouvement de fond aussi, celui de la mode responsable. Celle-ci demande peut-être un peu plus de temps puisque les chaînes de production, vous savez, sont mondiales dans notre secteur. Cette transformation-là a commencé. Il y a aujourd'hui de nombreuses enseignes qui ont des plans de transformation, qui ont déjà une offre responsable. Ça va s'accélérer, mais il faut laisser du temps à cette transformation également.