"Faire un trait" sur 2020 ou "rejouer dès que possible" : le monde du tennis divisé sur la poursuite de la saison malgré le coronavirus

Le tournoi de tennis de Wimbledon n’aura pas lieu cette année en raison de l’incertitude liée à la propagation du coronavirus. Le tournoi londonien sur gazon devait avoir lieu du 29 juin au 12 juillet. Avec l’annulation de cette épreuve ancestrale, le spectre d’une suppression de la saison est désormais évoqué.

En raison de la crise du coronavirus, le tournoi de Wimbledon a été annulé. Ici, une photo montrant une suspension de match en raison de la pluie.
En raison de la crise du coronavirus, le tournoi de Wimbledon a été annulé. Ici, une photo montrant une suspension de match en raison de la pluie. (SVEN SIMON / SVEN SIMON)

Seules les deux guerres mondiales (1914-1918 et 1939-1945) avaient eu raison de Wimbledon. C'est donc la première fois que le tournoi londonien crée en 1877 est annulé en tant de paix. Wimbledon est le berceau et le temple du tennis. Un monument de l’histoire du sport au même titre que les Jeux Olympiques, la Ryder Cup de Golf, la Coupe Davis, l’América Cup de voile ou le Tour de France cycliste. "Annuler Wimbledon, c’est comme supprimer du calendrier le Tour de France. C’est invraisemblable", soutient Nicolas Mahut.

Wimbledon est avec l’Open d’Australie, Roland-Garros et l’US Open l’un des 4 piliers qui soutient toute la structure "tennis". Sans Wimbledon, la saison est privée de son plus prestigieux symbole. Et c’est tout le tennis qui vacille sur ses vieilles fondations.

33% des tournois de la saison ont déjà été annulés

Hommes et femmes confondus, 31 tournois dont l’Open d’Australie ont été disputés depuis le début de l’année, 44 ont été annulés dont Wimbledon, soit 33% des épreuves prévues au calendrier. Il en reste 55 avant la fin de la saison dont l’US Open (du 24 août au 13 septembre) et Roland-Garros (du 20 septembre au 4 octobre). Les joueurs ne participent plus à aucun tournoi depuis le 9 mars. Et ils doivent maintenant attendre, dans le meilleur des cas, le 13 juillet pour retrouver le chemin de la compétition, mais là encore sans aucune garantie que les tournois prévus à partir de cette date puissent bien avoir lieu car à ce jour, personne ne peut dire quelle sera la situation sanitaire à travers les pays du monde entier.

Maintenir des tournois sans savoir s’ils auront bien lieu ou mettre fin à une saison qui aujourd’hui est amputé d’un tiers de ses tournois ? C’est à cette question que les dirigeants du tennis mondial vont devoir répondre et si possible, au plus vite, pour ne pas laisser les joueurs dans l’expectative. En coulisse, les dirigeants du tennis mondial (ATP et WTA) évoquent l’annulation de la saison. Les joueurs y pensent déjà à l’image de Richard Gasquet, confiné à Sérignan où il soigne une blessure au pied : "Si on doit reprendre l’année prochaine, on reprendra l’année prochaine. Il ne faut surtout pas prendre de risque. On suivra les recommandations mais aujourd’hui, étant donné la situation, le tennis est largement secondaire. Le plus important c’est la santé de chacun.

Il va peut-être falloir se faire une raison et se dire qu’il faut tirer un trait sur la saison 2020 et se projeter sur 2021.Richard Gasquetà franceinfo

Richard Gasquet n’est pas le seul à évoquer l’annulation de la saison. Gérard Tsobanian, l'organisateur du Masters 1000 de Madrid est du même avis. Son tournoi sur terre battue était programmé au mois de mai et comme tous les autres, il a été annulé. Et quand il s’agit d’évoquer la suite de la saison, Gérard Tsobanian est catégorique : "C’est une année noire et il faut accepter l’idée de faire un trait dessus et regarder déjà vers 2021. Je suis vraiment sceptique pour la suite de la saison."

Des conséquences économiques considérables pour les joueurs et les tournois

Les conséquences d’une annulation seraient économiquement considérables non seulement pour les organisateurs de tournoi dont certains pourraient se trouver en très grande difficulté financière mais aussi pour les joueurs qui depuis le 9 mars n’ont plus de source de revenu. Ceux classés au-delà de la 50ème place mondiale gagnent leur vie, plus ou moins bien, en fonction des résultats qu’ils obtiennent. Mais, pour l’heure, sans tournoi pas d’entrer d’argent et ça… ça risque de durer. C’est pour cette raison notamment que Pierre-Hugues Herbert préfère temporiser sans écarter l’idée d’une annulation : "Pour moi c’est encore trop tôt pour annuler l’intégralité de la saison. Mais c’est certain qu’il faut être prêt à cette option. Il faut être prêt aussi à ce que ce confinement soit encore plus long. Maintenant, il faut voir comment la situation évolue, voir si il y a encore une fenêtre pour jouer en fin d’année. Mais pour prendre une décision aussi grave, il vaut mieux appliquer la technique du 'wait and see'."

Et puis il y a ceux qui ne veulent pas entendre parler d’une suspension de la saison. Benoît Paire, le numéro 2 français, en fait partie : "Je suis vraiment contre une annulation de la saison. Une annulation complète serait vraiment catastrophique. Dès que ce sera possible, il faudra rejouer au tennis même si c’est en octobre ou en novembre. Essayer de caser un maximum de tournois."

Dès que c'est possible, il faut montrer que c’est reparti, que ce n’est pas la maladie qui va nous arrêter. J’espère sincèrement que la saison ne sera pas blanche.Benoît Paireà franceinfo

A l’image de Benoît Paire, les joueurs, dans leur grande majorité, souhaitent que la saison reprenne, à un moment ou à un autre, dès que la situation sanitaire le permettra. Nicolas Mahut y est favorable. "C’est vrai qu’on peut se permettre de douter en ce moment. Même si on était amené à ne jouer qu’un mois, il faudrait mettre tous les tournois possibles durant cette période. Il faut travailler sur cette possibilité et puis s’adapter, en espérant que la situation sanitaire se soit arrangée partout dans le monde."

Les dirigeants du tennis mondial et les organisateurs de tournois multiplient les réunions en visio-conférence. Et pour eux, il est crucial de rejouer, "Dès que ce sera possible, il faut reprendre", affirme sans retenue Jean-François Caujolle, le directeur du tournoi de Marseille. "Chaque semaine disponible devra être occupée par un maximum de tournois. Il n’y a pas de raison d’arrêter la saison parce que Wimbledon a été annulé."

Le leitmotiv en ce moment dans les réunions, c’est 'Dès qu’on peut, on joue et dès qu’on joue, on joue le plus possible'.Jean-François Caujolle, organisateur du tournoi de Marseilleà franceinfo

De son côté, même s’il est pessimiste sur la suite de la saison, Gérard Tsobanian espère malgré tout pouvoir organiser le Masters 1000 de Madrid du 14 au 19 septembre entre l’US Open et Roland-Garros : "La saison est compromise mais il y a encore la possibilité de voir du tennis cette année. Les dirigeants de l’ATP et de la WTA vont devoir être réactifs. S’ils m’accordent le droit d’organiser le Tournoi de Madrid au mois de septembre, il faut qu’on me le dise au plus tard fin juin. Après ce sera trop tard. Mais en juin, où en sera la pandémie ? Personne ne le sait."