Face à la solitude en Ehpad, "les réactions anxieuses et la dépression" sont les principaux risques selon un psychiatre

Le psychiatre spécialiste en géronto-psychiatrie Frédéric Limousin alerte sur les risques liés à l'isolement et à la solitude des personnes âgées en Ehpad pendant le confinement.

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Radio France
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L'intérieur d'une maison de retraite en janvier 2020 (illustration). (CÉCILE SOULÉ / RADIOFRANCE)

Avec 5140 décès depuis le début de l'épidémie en France dans les Ehpad et les établissements médico-sociaux, les personnes âgées sont particulièrement exposées au Covid-19. Mais nos aînés sont aussi, en cette période de confinement, confrontés à la solitude et à l'isolement. "Le risque qui va après la dépression, c'est de se laisser aller, ne plus s'alimenter et là, le risque vital est très important.", prévient Frédéric Limousin, psychiatre spécialiste en géronto-psychiatrie.

franceinfo : Il y a vraiment un risque pour certains, les plus anciens, de mourir de solitude ?

Frédéric Limousin : C'est une façon de résumer les choses mais le risque est bien réel. Je crois que la solitude, l'isolement, sont très préjudiciables pour nos aînés. Il faut absolument privilégier les prises de contact autres, les appels téléphoniques, les tablettes, les réseaux. Il faut vraiment privilégier ces contacts et ne pas laisser ce sentiment d'isolement total, qui peut déboucher sur des réactions anxieuses très importantes. Il faut être très attentif.

On sait que parfois, certaines de ces personnes âgées sont dans un état de santé dégradé et ont peut-être un peu de mal, parfois aussi, à comprendre la situation. Il y a des mots pour réparer ?

Bien sûr il faut expliquer, être présent, donner des détails, dans la limite de la compréhension de personnes âgées qui peuvent avoir des troubles cognitifs importants, mais il faut toujours expliquer les choses. L'autre point très important, c'est que l'on intervient également par télémédecine. Au niveau de l'hôpital Corentin-Celton on a un service de géronto-psychiatrie, on intervient auprès des Ehpad et on peut faire des téléconsultations, aider aussi les équipes à soutenir leurs résidents qui sont très fragiles.

Quel est le risque principal des patients que vous téléconsultez en ce moment ?

Principalement ce sont les réactions anxieuses et la dépression. Ce sont les deux principales complications. Parfois, les patients sont identifiés comme à risque, ayant déjà eu des dépressions ayant déjà des traitements psychotrope, mais parfois, il n'y a aucun facteur de risque. On assiste à des tableaux anxieux, dépressifs, parfois très intenses, et bien sûr, le risque qui va après la dépression, c'est de se laisser aller, ne plus s'alimenter et là, le risque vital est très important.

Qu'est ce qu'il faut dire quand on peut les avoir au téléphone, par exemple ?

Il faut les rassurer, leur parler. Il faut aussi les rassurer sur votre propre état de santé. Je crois que les personnes en Ehpad s'inquietent beaucoup pour leur entourage et pas uniquement pour eux. II faut leur parler de la situation, être clair avec eux et leur dire que, bien sûr, ces mesures vont prendre fin à un moment ou un autre, rester positif. Bien sûr, il ne faut pas échanger sa propre angoisse avec son sujet âgé à ce moment là. Ce sont des moments de soutien, de support et on essaie de remonter l'autre.

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