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En Suisse, l’inventeur du gel hydro-alcoolique s'est battu pour le faire reconnaître d'utilité publique

Rencontre avec le créateur de l’un de nos meilleurs alliés dans la lutte contre le coronavirus : Didier Pittet, ce médecin épidémiologiste suisse qui a imaginé il y a une trentaine d'années le gel hydroalcoolique pour faire face aux infections nosocomiales dans les hôpitaux.

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Le professeur suisse Didier Pitter, le 30 mars 2020.
Le professeur suisse Didier Pitter, le 30 mars 2020. (SALVATORE DI NOLFI / KEYSTONE)

Vous ne connaissez pas son nom. Encore moins son visage. Pourtant Didier Pittet a inventé quelque chose qui fait désormais partie de notre quotidien : le gel hydro-alcoolique. Ce médecin épidémiologiste suisse l'a imaginé il y a une trentaine d'années aux Hôpitaux universitaires de Genève. Et son bureau est envahi de bouteilles : "Celui-là, c'est un flacon qu'on a sorti au moment où on a lancé la campagne de l'OMS. Et puis ensuite, vous avez des flacons comme celui-là qui est celui de la campagne de la Journée mondiale de l'hygiène des mains de l'an dernier. Celui-là, c'est pour mes 60 ans. On m'a fait une étiquette spéciale, décrit-il ému. J'ai des bouteilles numérotées... Voyez ! J'ai de la chance !"

Les infections nosocomiales tuent chaque année encore 135 000 patients

Didier Pittet est fier de son invention. Et c'est normal. Chaque année, Elle sauve plusieurs millions de personnes d'une infection nosocomiale. Ces infections tuent encore 135 000 patients tous les ans en Europe. Dans les années 1990, c'était pire. Et la raison est simple : le personnel soignant ne se lave pas assez les mains, tout simplement parce qu'il n'en a pas le temps, explique le professeur Pittet : "D'aller au lavabo, de mettre de l'eau sur vos mains, de savonner vos mains pendant 30 secondes, de rincer vos mains, de sécher vos mains et de revenir au pied du lit de votre patient, eh bien il s'est passé entre une minute et une minute et demie".

Une infirmière devrait passer plus de 30 minutes chaque heure de soin, uniquement à se laver les mains, ce qui est totalement impossible.

Le Pr Didier Pitter, inventeur du gel hydro-alcoolique

à franceinfo

Avec le pharmacien des hôpitaux de Genève William Griffiths, Didier Pittet met donc au point une solution à base d'alcool, d'eau et de glycérine. Rien de plus. Et c'est fait exprès : aucun ingrédient ne peut être breveté. Didier Pittet a fait don de sa création à l'OMS et il n'a jamais touché un centime sur la vente d'un flacon. Effectivement, le grand public, les professionnels et même des religieux ne voulaient pas entendre parler du gel hydro-alcoolique. 

Très rapidement, on a eu les syndicats d'infirmières aux États-Unis qui sont venus en disant : 'Mais cet alcool va détériorer mon vernis à ongle !'

Pr Didier Pittet

"Il a fallu aller rencontrer ce qu'on appelle les 'fire marshalls' aux États-Unis qui disaient : 'Mais il n'est pas question de mettre de l'alcool contre les murs dans les hôpitaux parce que l'alcool c'est 'flammable', raconte Didier Pittet. On a eu toute la question de l'utilisation de l'alcool par les musulmans. Je suis allé à Riyad [Arabie saoudite] à peu près tous les deux mois pendant environ 18 mois pour obtenir une fatwa positive pour l'utilisation de la solution hydro-alcoolique par les soignants musulmans."

Aujourd'hui la situation a bien changé. Le gel hydro-alcoolique fait même partie des kits distribués aux pèlerins à La Mecque. Environ 20 000 hôpitaux dans 180 pays utilisent le gel hydro-alcoolique dans leurs enceintes. La crise actuelle pourrait même avoir un effet positif de ce point de vue. En remettant au premier plan la question de l'hygiène dans les centres de soins et dans les communautés en général. 

Le professeur suisse Didier Pitter, le 30 mars 2020.
Le professeur suisse Didier Pitter, le 30 mars 2020. (SALVATORE DI NOLFI / KEYSTONE)