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En Argentine, un numéro gratuit pour dénoncer ceux qui ne respectent pas le confinement

Mis en place par le gouvernement, ce numéro a reçu plus de 100 000 appels en un mois et demi. Les récalcitrants s'exposent à des peines de 3 à 15 ans de prison pour “propagation d’une maladie dangereuse et contagieuse”.

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Désinfection dans une gare à Buenos Aires, le 24 avril 2020, en pleine épidémie de coronavirus covid-19.
Désinfection dans une gare à Buenos Aires, le 24 avril 2020, en pleine épidémie de coronavirus covid-19. (RONALDO SCHEMIDT / AFP)

Depuis le début de la pandémie, le gouvernement argentin a mis en place un numéro de téléphone gratuit pour dénoncer ses voisins qui ne respectent pas le confinement imposé par la crise du coronavirus covid-19.  Ce numéro a reçu de très nombreux appels. 110 152 appels exactement ont en effet été reçus par le Ministère de la sécurité argentin, depuis le 17 mars. Le 134 est ainsi un numéro gratuit mis en place au départ pour dénoncer les gens revenant de l’étranger et ne respectant pas la quarantaine obligatoire de 14 jours.   Les appels restent anonymes et chaque dénonciation est vérifiée. Différentes agences de l’Etat partagent et comparent leurs informations, notamment avec la Direction des Migrations en cas de retour de l’étranger. Si la transgression est avérée, un groupe d’experts appelé le “Commando unifié” se met au travail. Ministère de  la Sécurité, police, gendarmerie, renseignements et préfecture sont chargés d’interpeller les récalcitrants.

Les récalcitrants interrogés par visioconférence

On fait passer à ces derniers un interrogatoire par vidéoconférence, pour éviter les risques de contagion, et des policiers les raccompagnent à leur domicile. Ces personnes peuvent être accusées de “propagation d’une maladie dangereuse et contagieuse” et présentées à un juge. Elles sont alors passibles de 3 à 15 ans de prison.  Des personnes ont déjà été arrêtées par la police argentine : c’est le cas, par exemple, d’une Argentine revenue d’Espagne fin mars et qui, au lieu de respecter la quarantaine est immédiatement sortie faire ses courses avant d’aller rendre visite à sa mère. C’est une voisine qui a appelé le 134. Son appartement a été perquisitionné, elle a été arrêtée et mise en examen pour délit grave contre la santé. Autre exemple, cet homme qui sortait de chez lui, une valise à la main… prestement dénoncé par un voisin. Dans sa valise, la gendarmerie a découvert 4 kg de cocaïne et de l’argent liquide. Il a été placé en quarantaine, avant d’être envoyé en prison en attendant sa condamnation.

1 000 personnes arrêtées à Buenos Aires

Ces appels sont-ils toujours aussi concluants ? Connaît-on la proportion de "vraies-fausses" dénonciations ? Selon le ministère de la sécurité, seuls 7% des appels ont été transmis au Commando. Donc sur les 110 000 appels reçus, à peine 8 000 étaient de réelles dénonciations. La ville de Buenos Aires a également mis en place son propre numéro. On peut y dénoncer son voisin sorti faire du sport, alors que c’est interdit, ou qu’on a vu monter dans sa voiture alors qu’il n’a pas d’autorisation de circuler. En un mois, la police de la capitale a arrêté près de 1 000personnes, en a raccompagné 12 000 chez elles et confisqué 236 véhicules. Face à ce succès, la mairie a rajouté un motif de dénonciation : on peut  signaler toute personne qui ne porte pas le masque, désormais obligatoire. Un nouveau motif, pour le plus grand plaisir des voisins respectueux de la loi … à moins qu’ils ne soient blagueurs ou mal intentionnés.

Désinfection dans une gare à Buenos Aires, le 24 avril 2020, en pleine épidémie de coronavirus covid-19.
Désinfection dans une gare à Buenos Aires, le 24 avril 2020, en pleine épidémie de coronavirus covid-19. (RONALDO SCHEMIDT / AFP)