"Donner confiance aux électeurs", "on contamine la démocratie" : la classe politique divisée sur la date du second tour des municipales

La classe politique a vivement réagi après les annonces du gouvernement concernant le second tour des élections municipales, prévu le 28 juin prochain.

Le Premier ministre Edouard Philippe lors de son intervention à Matignon, le 22 mai 2020.
Le Premier ministre Edouard Philippe lors de son intervention à Matignon, le 22 mai 2020. (BENOIT TESSIER / AFP)

"La vie démocratique" doit reprendre "tous ses droits" : le second tour des élections municipales aura finalement lieu le 28 juin prochain dans près de 5 000 communes, ont annoncé le Premier ministre Edouard Philippe et le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner, vendredi 22 mai, depuis l'hôtel de Matignon. Au total, 16 millions d'électeurs seront appelés aux urnes. "Chaque électeur devra porter un masque de protection qui pourra être un masque grand public", a détaillé Christophe Castaner. Les membres du bureau de vote devront porter "un masque chirurgical tout au long de l'opération de vote", tout comme "les scrutateurs au moment du dépouillement".

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Mais les inquiétudes demeurent parmi la classe politique. Si certains élus se rangent du côté du gouvernement, d'autres fustigent le choix de la date et l'impossibilité de faire campagne.

"Il faut que les institutions soient en fonction pour la relance"

Certains candidats, à l'image de Martine Vassal, candidate Les Républicains à la mairie de Marseille, pensent que la vie doit reprendre malgré le virus. "Si les conditions sanitaires sont respectées", cette date ne lui semble "pas prématurée". "Il faut que chacun puisse s'exprimer. La France s'est arrêtée pendant deux mois et il faut que les institutions soient en fonction pour la relance. C'est important que ce deuxième tour ait lieu", a affirmé la candidate LR sur franceinfo. 

C'est aussi ce que souhaite Anne Vignot, candidate EELV-PS-PC à Besançon qui se dit prête à s'adapter. "On va faire en sorte d'être très scrupuleux, rigoureux et tout mettre en œuvre pour que les choses se passent au mieux", a réagi la candidate écologiste sur franceinfo. Lors du premier tour, le taux de participation a été très bas à Besançon. "On a encore un mois à vivre avec le virus, j'espère qu'on va passer en zone verte à Besançon. J'espère qu'on saura donner confiance et envie" aux électeurs de venir voter.

Il est normal que la vie démocratique reprenne son cours.l'Association des maires de France

Sur franceinfo, la porte-parole de l’AMF et maire de Morlaix Agnès Le Brun a estimé que "les analyses scientifiques montrent bien que les choses s'améliorent, donc que le danger, d'une certaine façon, s’éloigne". Pour autant, l'élue attend "le soutien plein et entier de l'Etat", notamment pour améliorer les conditions de vote par rapport au premier tour.

"Il n'y a aucune raison qu'on soit plus inquiets d'aller 20 minutes dans un bureau de vote faire son devoir de citoyen que de de passer des heures dans des files aux supermarchés ou dans des magasins", a jugé Louis Aliot, député RN des Pyrénées-Orientales et candidat à Perpignan. Le député a appelé tous les candidats en lice au second tour à "rassurer" les électeurs pour "éviter trop d'abstention".

Voter à distance ?

Qu'en est-il du vote électronique ? Pourrait-on le mettre en place en France ? C'est un souhait de Martine Vassal, tout comme du maire UDI de Nancy Laurent Hénart. "Il faut qu’on soit innovant" en expérimentant le vote par correspondance "pour permettre à tous les citoyens de participer", a clamé l'élu sur franceinfo, qui souhaite que l'on expérimente de nouvelles méthodes de vote.

Si le délai semble trop court pour organiser un scrutin entièrement par correspondance dans les 5 000 communes concernées, le président du Parti radical propose de l’expérimenter au moins dans les collectivités volontaires : "On est plusieurs maires de grandes villes à être disponibles pour expérimenter, le 28 juin, le vote par correspondance pour permettre à tout le monde de participer."

Un second tour "sans réelle campagne", s'alarment des élus

"Nous ne voulons pas d'une élection au rabais", proteste le député La France insoumise de Seine-Saint-Denis Éric Coquerel. Interrogé par franceinfo, il considère que le respect des règles sanitaires n'est pas compatible avec l'organisation d'une campagne et dénonce donc le choix de cette date. "Une campagne, par essence, et surtout une campagne de proximité comme les municipales, c'est un endroit où l'on doit pouvoir argumenter, débattre, voir les gens, les rencontrer."

Comme à l’Assemblée, avec eux, la démocratie c’est pour la forme. Le report est la plus sage décision.Adrien Quatennens, député LFI

Pour mener cette campagne, Louis Aliot, député RN des Pyrénées-Orientales et candidat à Perpignan, propose "le boîtage et le phoning, les coups de téléphone". L'accent peut être mis sur une campagne numérique, même rapide, car, pour lui, "la campagne électorale sur le fond des choses, c'est-à-dire le bilan des maires sortants et le projet de ceux qui aspirent à être maire de la mandature qui arrive, a déjà eu lieu, les débats ont eu lieu, les professions de foi ont eu lieu".