Discothèques encore fermées malgré le déconfinement : "On est à bout de souffle", se plaint le syndicat des établissements de nuit

Le secteur compte quelque 6 000 entreprises, 100 000 salariés et deux milliards d'euros de chiffres d'affaires, selon Thierry Fontaine, président de l'UMIH nuit France, représentant des établissements de nuit.

Un bar fermé à Aix-en-Provence, dans les Bouches-du-Rhône, le 20 mars 2020.
Un bar fermé à Aix-en-Provence, dans les Bouches-du-Rhône, le 20 mars 2020. (CLEMENT MAHOUDEAU / AFP)

On a eu "les attentats, les gilets jaunes, la réforme des retraites, on est à bout de souffle", déplore sur franceinfo dimanche 18 mai Thierry Fontaine, président de l'UMIH nuit France [union des métiers des industries de l'hôtellerie] représentant des établissements de nuit. Les clubs et les discothèques ne savent pas quand ils vont pouvoir rouvrir dans le cadre du déconfinement. "On demande à pouvoir travailler", insiste-t-il. "Ce n'est pas possible la distanciation physique en boîte de nuit. On nous demande de diviser par 5 nos capacités d'accueil. On ne serait plus rentable", explique Thierry Fontaine qui représente un secteur qui compte "6 000 entreprises 100 000 salariés et 2 milliards d'euros de chiffres d'affaires".

franceinfo : Les restaurants, les cafés en zone verte pourraient rouvrir début juin. Est-ce que du côté des boîtes de nuit, une date est évoquée ?

Thierry Fontaine : Non, on n'a pas encore de date évoquée ce qui nous chagrine un peu. On a établi des protocoles sanitaires au gouvernement et on attend des réponses. Aujourd'hui, c'est l'incompréhension. Il y a des villas, des propriétés, des appartements, où aujourd'hui il y a plus de gestes barrières et où on peut faire la fête à 100, 200, 300 et 400 personnes si on veut, on peut louer le château d'un copain pour faire une grande fête, un barbecue, une soirée, mettre un DJ. Mais, nous, on continue à nous dire que chez nous c'est dangereux et qu'on ne peut pas ouvrir. Chez nous on surveillera que les mesures barrières sont bien respectées. Les clients porteront des masques.

La distanciation physique en boîte de nuit, comment la mettre en œuvre ?

Ce n'est pas possible la distanciation physique en boîte de nuit. On nous demande de diviser par cinq nos capacités d'accueil. Une discothèque avec une capacité de 650 personnes tomberait à 125 clients. Ce serait pareil dans les salles de spectacle, dans les concerts. On ne serait plus rentable. Il y a un seuil de rentabilité. Si vous demandez à Renault qui fabriquait 6 millions de véhicules par an d'en fabriquer 1 250 000 en gardant les mêmes emplois, les mêmes charges. Renault vous dirait non. Nous, c'est pareil. On veut ouvrir dans des conditions acceptables de sécurité, qu'on ne nous demande de diviser par quatre, par cinq notre clientèle, ce n'est pas réaliste. On s'est tapé les attentats, on a eu les "gilets jaunes", la réforme des retraites, on est à bout de souffle et à bout de nerfs.

Il y a combien de discothèques en France, quel est leur poids économique et que risquent tous ces établissements ?

Ce ne sont pas que les discothèques qui sont touchées, c'est tout le secteur de la nuit, c'est aussi bien des cafés, des restaurants qui ont une activité nocturne et qui ferment au-delà de minuit. Ce sont 6 000 entreprises qui représentent 100 000 salariés, 2 milliards d'euros de chiffres d'affaires. Les 100 000 emplois, il ne va plus en rester beaucoup. Il y a plein de restaurants qui vont être emportés par cette crise. Ces restaurants ont une activité complémentaire de nuit. La nuit, c'est un marché énorme. Ça touche des restaurants, des cafés, des bars. Tout le monde est touché aujourd'hui. On ne demande à pouvoir travailler, le chômage partiel ne suffit pas. Nos fonds de commerce perdent leur valeur. On perd tout alors que dans le même temps, il y a des soirées qui s'organisent où rien ne sera respecté et que les gens seront infectés. Le seul point positif c'est que dans trois semaines quand il y aura une hausse de l'épidémie on ne pourra pas nous mettre ça dessus. Tout le monde demande à travailler. Un café ou un bar si on lui impose 4m2 par client il ne pourra pas ouvrir; ce ne sera pas rentable. On va faire des propositions au conseil scientifique, on veut juste qu'il nous écoute. Qu'on impose une liste de mesures qu'on ne peut pas mettre en œuvre, ce n'est pas bien. Il ne faut pas qu'on nous impose les choses comme des enfants. Dans ces conditions on ne va pas rouvrir.